Margarethe von Trotta: «Le côté sombre d’Ingmar Bergman se voit dans ses films»

Margarethe von Trotta, la réalisatrice du documentaire « À la recherche d’Ingmar Bergman ».

AP- Ingmar Bergman est considéré comme l’un des cinéastes les plus importants de l’histoire du cinéma : le Suédois aurait eu 100 ans en juillet 2018. À l’occasion de son centenaire, la Cinémathèque française va lui consacrer une rétrospective mi-septembre. Une dizaine de ses films vont ressortir en salles en copies neuves. Et cette semaine sort en salles le documentaire « A la recherche d’Ingmar Bergman », réalisé par la cinéaste allemande Margarethe von Trotta. Entretien sur son rapport au maître suédois.

RFI : À la recherche d’Ingmar Bergman est-ce à la fois un portait du cinéaste suédois, mais également un récit très subjectif de votre rapport à ce maître ?

Margarethe von Trotta : Oui, parce que je me suis dit: il y a tellement de choses qui sont déjà dites, écrites et filmées, il faut trouver un autre point de vue. Et puisque je le connaissais et il aimait un de mes films – il me l’a dit… Alors j’ai adopté cette attitude parce que pour moi, c’était quand même le début de mon désir de devenir metteur en scène. Donc il est responsable que je sois metteur en scène, et je sens une dette envers lui aussi.

Et vous l’aviez rencontré ?

Oui. Je l’ai rencontré à Munich quand il a fait du théâtre. Il est venu nous visiter, Volker Schlöndorff [l’ancien mari de Margarethe von Trotta, ndlr] et moi puisqu’on habitait au même moment à Munich. Puis on a été dans un jury ensemble. Lui était président et il a choisi ses propres membres. Il m’a choisie, ce qui m’a donné beaucoup de joie et de plaisir. Et il a choisi par exemple Jeanne Moreau, Theo Angelopoulos, Debora Card… des gens qu’il aimait. Un soir, il m’a dit que je l’ai encouragé après une dépression. Il avait même envie d’arrêter de faire le cinéma, et quand il a vu mon film Les années de plomb [1981], je lui ai donné l’envie de continuer. Après il a fait Fanny et Alexandre [1983].

Ingmar Bergman, vous découvrez son cinéma en arrivant à Paris ?

Oui, c’est ça. C’était au début des années 1960. Je venais d’Allemagne et là, il n’y avait pas encore la Nouvelle vague allemande. Ça a commencé seulement en 1965. Donc je suis arrivée ici complètement innocente. Je n’aimais pas le cinéma, je n’y allais jamais. Jamais, je n’allais dans les expositions, les opéras, etc. Et là, j’ai connu des jeunes gens français qui m’ont amenée dans le cinéma. Eux, ils étaient enthousiastes pour la Nouvelle Vague. Ils disaient : ça, c’est à voir. Il faut absolument que tu les connaisses. Et ils m’ont amenée voir Le septième sceau [d’Ingmar Bergman, 1957]. C’était mon premier vrai film, un film d’art où j’ai tout trouvé.

Le septième sceau est le récit d’une rencontre entre un chevalier et la mort. Un film en noir et blanc. C’est vraiment un film qui a beaucoup fait pour la postérité, la reconnaissance internationale d’Ingmar Bergman ?

Oui, bien sûr. Jusqu’à ce moment-là, il était connu seulement en Suède, mais pas ailleurs. Et ce sont les Français vraiment qui l’ont lancé.

Ingmar Bergman a beaucoup expérimenté. D’ailleurs vous le montrez dans votre documentaire. Il s’est essayé à différentes formes, à des films expérimentaux. Est-ce qu’il y a néanmoins une constante dans son cinéma ?

Oui, mais même, il faut dire que ce que dit son petit-fils dans le film, ce n’était pas un film « snob ». Il a vu tout, il a vu les grandes machines américaines, mais aussi les films d’art, etc. Et il a fait de la télévision aussi. Il a eu un style qui n’était pas à la hauteur des Fraises sauvages [1957]. Il a vraiment pris un style pour la télé.

Avec Scènes de la vie conjugale, sorti en 1973 à la télé ?

Avec Scènes de la vie conjugale. Et je me rappelle quand on était ensemble dans le jury, Angelopoulos et moi, on s’est lamenté que c’est devenu tellement difficile de faire du cinéma, bla-bla-bla… Lui a dit : « Mais pourquoi vous ne faites pas de la télé ? » Nous, on était choqués. Un mec qui a fait vraiment l’histoire du cinéma nous dit de faire de la télévision ! Il nous dit : « vous trouverez tout de suite l’argent et vous aurez beaucoup plus de spectateurs que pour un film ».

C’était un créateur génial, mais il était aussi très torturé. Sa relation avec les autres était difficile ?

Avec les autres, mais surtout avec lui-même parce qu’il faisait des cauchemars terribles. Et ça, c’est son autre côté, son côté sombre, et souvent ce côté sombre se voit dans ses films.

Extrait du documentaire À la recherche d’Ingmar Bergman, réalisé par Margarethe von Trotta.Archives / Epicentre Films
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