Guerre au Yémen: auprès des déplacés et blessés

Le conflit au Yémen a fait 2 millions de déplacés, selon l’ONU. Ici dans un camp proche de Sanaa, le 17 mars 2018.

AP- L’ONU organise ce mardi une conférence des donateurs pour le Yemen, qui connait une grave crise humanitaire. Le pays est en guerre depuis plus de 3 ans, séparé en deux. Au nord, des rebelles rebelles chiites, les Houthis, qui tiennent la capitale Sanaa et au sud, les forces gouvernementales qui se sont installées à Aden, après avoir libéré la ville en 2015. Le conflit a fait, selon l’ONU, 10 000 morts et 2 millions de déplacés qui manquent de tout. A écouter et à lire, les reportages de nos envoyés spéciaux à Aden.

Les combats se sont éloignés d’Aden mais la ville portuaire en garde les stigmates. Bâtiments détruits, routes cabossés… dans ce décor délabré, l’hôpital de Médecins sans frontières est un des rares à fonctionner normalement. Il accueille surtout des blessés de guerre qui arrivent des zones de combats plus au nord.

Cecilia Hirata, directrice médicale de l’hôpital, est notre guide. « Ici c’est l’entrée de l’hôpital où arrivent les ambulances qui amènent les blessés… là, c’est la salle d’urgence où l’on fait les premiers soins à nos patients…»

« Ma femme est morte dans le bombardement »

Dans un couloir, Gamel al-Gabari veille sur ses deux enfants de 7 et 9 ans, allongés sur des lits, les corps à moitié bandés. L’homme, coiffé d’un foulard traditionnel, est amaigri. Les yeux hagards, il est visiblement choqué par ce qu’il a vécu. Il vient de Moka, non loin de la ligne de front. « Un bombardement aérien a touché ma maison. J’ai perdu ma femme et un garçon de 5 ans, j’ai tout perdu, mon bétail aussi. Ma femme était enceinte de 9 mois, elle est morte dans ce bombardement. Je sais juste que c’est un avion qui a frappé ; je ne sais pas d’où il venait exactement … Mes enfants ont été blessés par des éclats.  Il y en a un qui va mieux, grâce à Dieu mais l’autre est toujours en convalescence. Je suis là depuis plus de deux semaines. J’ai tout perdu, ma maison, tout. Je ne sais pas ce que je vais faire. Je vais rester à l’hôpital jusqu’à ce qu’on nous libère. »

Un peu plus loin, allongé sur un lit, Ahmed Nabil, un jeune homme de 18 ans, la jambe platrée et brochée. Il est arrivé il y a deux mois et demi après avoir été blessé par balle à Aden. « Nous étions un groupe de jeunes, en train de mâcher du kat. Un garçon qui était avec nous a été la cible d’une vengeance. Un groupe est venu avec des armes, a tiré sur le garçon et nous, nous avons été blessés… Ici j’ai un trou, ici aussi au genou… J’ai pris 4 balles ! »

Au Yémen, l’Etat est désormais quasi inexistant

A Aden, la guerre a laissé place à l’insécurité, tout le monde ou presque est armé, l’Etat quasi inexistant. Des patients comme Ahmed, il en vient tous les jours à l’hôpital de MSF.

« On reçoit des patients qui ne viennent pas que de la ligne de front mais de partout parce qu’on est en plein chaos, se désole Samuel Boulezaz, chirurgien orthopédiste… Il n’y a pas d’Etat fort, de police, d’armée dans la rue. Par endroit, on est proche de la guerre civile ».

Et dans ce chaos, les maladies arrivent vite. L’an dernier, le choléra a touché un million de personnes au Yémen. L’épidémie est terminée à Aden, mais selon Cécilia Hirata, une autre pourrait surgir avec la chaleur et l’hôpital se prépare …
« On a des kits d’urgence au cas où une nouvelle épidémie de choléra arrive. On est prêt au cas où... »

La détresse des réfugiés abandonnés de tous

Nous quittons Aden pour sa périphérie. Là, à même le sable, dans des cabanes construites en feuilles de palmier vivent plusieurs familles de réfugiés. Ahmad Abdallah raconte avoir fui avec sa femme et ses sept enfants les combats dans la ville de Moka, à 200 km plus au nord. C’était il y a deux ans déjà. « Les rebelles houthis nous tiraient dessus, il y a avait des frappes aériennes, des mines aussi, ce n’était pas sécurisé donc on est partis, raconte-t-il. On restera ici jusqu’à ce qu’on enlève les mines autour de chez nous. Récemment, quelqu’un qu’on connaît s’est fait tuer. »

Plusieurs familles vivent à même le sable, dans des cabanes construites en feuilles de palmier en périphérie d’Aden, ce sont des déplacés de la guerre.RFI/Murielle Paradon et Boris Vichith

En attendant, la famille survit comme elle peut. Ahmad Abdallah fait des petits boulots, mais cela ne suffit pas à nourrir ses proches. Sa mère, Rabsha, silhouette amaigrie enroulée dans un long châle noir, crie son désespoir : « Tout le monde en a marre. On était dans nos maisons, maintenant on est obligés de mendier à la mosquée. On dort dans des cabanes, sous des feuilles de palmier, au lieu d’être dans nos maisons. C’est ce qu’on voudrait, être à la maison. Cette guerre est une catastrophe pour tout le monde ! Ce dont on a besoin, nous les déplacés, c’est de manger, c’est tout, on veut à manger ! »

Au repas, il n’y a eu que du riz aujourd’hui, donné par une organisation humanitaire. Une aide rarissime, selon la famille qui se sent totalement abandonnée.

Le Yémen est un des pays les plus pauvres de la planète. La guerre qui dure depuis plus de trois ans n’a rien arrangé, la population est exténuée.

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