En Italie, le droit à l’avortement est-il sérieusement menacé?

Le pape François a fortement réitéré le point de vue du Vatican sur la question de l’IVG, lors d’une audience générale, mercredi 10 octobre 2018.REUTERS/Tony Gentile

AP- Durant sa traditionnelle audience générale du mercredi au Vatican, il ya deux jours, le pape a comparé l’interruption volontaire de grossesse (IVG) au recours « à un tueur à gages ». Ces mots particulièrement violents, qui ont fait le tour du monde, ravivent le débat en Italie autour des difficultés croissantes pour faire appliquer la loi autorisant l’interruption volontaire de grossesse. Depuis 2017, Bruxelles a d’ailleurs rappelé à l’ordre, à deux reprises, l’Italie pour violation de la loi sur l’IVG.

Le retour en arrière est indéniable, mais la position du pape François est celle de tous les papes. Même s’il a tendance à employer des termes très durs et blessants, sur ce sujet, il n’influence pas plus que ses prédécesseurs, les milieux catholiques. Pour rappel, l’Italie est l’un des pays où le pourcentage d’objecteurs de conscience a toujours été un des plus élevés en Europe. Au niveau national, 70 % des gynécologues et sages-femmes refusent de pratiquer des IVG, pour des raisons d’ordre religieux, personnel ou moral.

Un pourcentage plus élevé dans le sud

Dans ce que l’on appelle le Mezzogiorno, 90 à 95 % des praticiens ont recours à la clause de conscience. Il existe même une région, le Molise, qui ne compte qu’un seul gynécologue pratiquant cet acte. Dans un entretien au journal Il Fatto Quotidiano, ce médecin affirme pratiquer « 400 à 500 IVG par an » et ironise sur ses confrères objecteurs : « Ils iront tous au paradis et moi en enfer ! Mais je ne fais qu’appliquer la loi et j’essaie de rendre le moins douloureux possible un choix qui n’est jamais anodin pour une femme ou un couple. »

Vérone a adopté une motion de la Ligue pour le financement d’associations pro-vie

Vérone est administrée depuis juin 2017 par un avocat, Federico Sboarina, 47 ans, élu grâce au soutien des partis de droite et d’extrême droite. Dans les faits, il n’est pas surprenant que le Conseil municipal décide de financer des associations anti-IVG… Mais ce qui choque beaucoup d’Italiens, c’est que la motion de la Ligue, le parti de Matteo Salvini, qui qualifie l’avortement de « crime abominable », a obtenu le feu vert de la cheffe de groupe du Parti démocrate, Carla Padovani. Or, le Parti démocrate au niveau national a une ligne claire sur la défense la loi autorisant l’interruption de grossesse. Et ce parti (centre gauche à l’opposition) dénonce régulièrement des cas d’avortements clandestins. De plus en plus fréquents dans les régions qui accueillent des migrants. Conséquence : il y a un effet boomerang. Plusieurs manifestations, à l’appel d’associations humanitaires de syndicats et de la gauche, sont prévues courant octobre à Vérone. Pour protester contre la motion, dénoncer les restrictions dans tout le pays pour l’accès à la pilule abortive dont le taux d’utilisation est de moins de 15 %. Et bien sûr, réclamer l’exclusion de Carla Padovani du Parti démocrate et du conseil municipal de Vérone.

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