Le patriarcat de Constantinople reconnaît une Eglise ukrainienne indépendante

Le patriarche Filaret Denisenko, à la tête de l’Eglise orthodoxe en Ukraine, lors d’une conférence de presse à Kiev le 11 octobre.

AP- Le patriarcat de Constantinople a reconnu, ce jeudi 11 octobre, une Eglise orthodoxe indépendante en Ukraine. Une décision prompte à susciter l’ire de Moscou, à l’issue d’un saint-synode de deux jours à Istanbul.

Dans un communiqué publié à l’issue de ce synode, le patriarcat a annoncé « renouveler la décision déjà prise et selon laquelle le patriarcat oecuménique procède à l’octroi de l’autocéphalie à l’Eglise d’Ukraine ». Le saint-synode a également décidé de « rétablir dans sa fonction hiérarchique » le patriarche Filaret Denisenko, après avoir examiné un appel qu’il avait présenté contre son excommunication par Moscou.

Après l’indépendance de l’Ukraine en 1991 et la chute de l’URSS, Filaret, ancien hiérarque du patriarcat de Moscou, a créé une Eglise orthodoxe ukrainienne dont il s’est autoproclamé patriarche, ce qui lui a valu d’être excommunié par Moscou.

Lors du synode, qui s’était ouvert mercredi, deux émissaires de Constantinople dépêchés en Ukraine en septembre ont exposé les résultats de leur mission et les contacts qu’ils ont eus sur place, a-t-on appris auprès du patriarcat. La mission de ces deux émissaires à Kiev avait été interprétée comme le préambule d’une reconnaissance par Constantinople d’une Eglise orthodoxe ukrainienne indépendante.

L’un des deux émissaires, l’archevêque américain Daniel, avait d’ailleurs affirmé sur place le 17 septembre que la création d’une Eglise orthodoxe ukrainienne indépendante, voulue par Kiev et reconnue hors de l’Ukraine, était d’ores et déjà « décidée », malgré la vive opposition du patriarcat de Moscou.


«Catastrophe» pour l’Eglise russe, «Victoire du bon sur le mauvais» pour Porochenko

Le président ukrainien Petro Porochenko s’est félicité jeudi de la décision du patriarcat de Constantinople, saluant la fin des « illusions impériales et des fantaisies chauvinistes » de Moscou. « La décision d’octroyer l’autocéphalie à l’Ukraine a été prise (…) Nous avons obtenu l’autocéphalie aujourd’hui », a déclaré M. Porochenko lors d’une retransmission en direct à la télévision ukrainienne. Il s’agit de « la victoire du bon sur le mauvais, de la lumière sur les ténèbres », a-t-il assuré.

Cette décision historique, qui met fin à 332 ans de tutelle religieuse russe en Ukraine, n’a pas manqué de provoquer la colère de Moscou, qui a déjà rompu une partie de ses liens avec le patriarcat de Constantinople en septembre. L’Eglise orthodoxe russe a dénoncé une « catastrophe » et un « schisme ». « Le patriarcat de Constantinople a pris aujourd’hui une décision catastrophique. En premier lieu pour lui-même et en général pour l’ensemble du monde orthodoxe », a déclaré le porte-parole du Patriarche russe Kirill, Alexandre Volkov, cité par l’agence de presse russe Ria Novosti.


 ANALYSE

Il reste encore beaucoup à faire pour concrétiser la décision du synode oecuménique orthodoxe de Constantinople – qui chapeaute 14 Eglises orthodoxes nationales – de créer une Eglise indépendante d’Ukraine.

Avec notre correspondant à KievSébastien Gobert

Ce sont plusieurs siècles d’histoire qu’il faut démêler depuis les rives du Bosphore à Istanbul. Ce 11 octobre, le synode a révoqué une décision datant de 1686 qui étendait la juridiction du patriarcat de Moscou sur les paroisses de Kiev. Pour les Ukrainiens, c’est donc un signe de plus d’affranchissement par rapport à la Russie.

Pour le président Petro Porochenko, c’est la fin de l’illusion impériale du Kremlin. Le patriarcat de Moscou pourrait perdre son influence sur 30 millions de chrétiens orthodoxes. Tout en remerciant l’esprit saint, Petro Porochenko a espéré une concrétisation rapide de cette indépendance. Il faut dire qu’il a misé en partie sa réélection sur cette entreprise religieuse.

Il n’empêche que le synode de Constantinople a besoin de temps. On ne sait rien de la structure de la future Eglise indépendante ukrainienne, ou même de son chef potentiel. Le sort des quelque 12 000 paroisses et centres de pèlerinage relevant du patriarcat de Moscou est très incertain. Il faudra des mois, voire des années, pour voir sous quelle forme sera appliquée cette décision historique.

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