Mort de Khashoggi: les explications de Riyad ne font pas l’unanimité

Vue aérienne du consulat d’Arabie saoudite à Istanbul.

AP- Après les explications officielles de l’Arabie saoudite, les réactions continuent d’affluer dans l’affaire de la mort du journaliste Jamal Khashoggi. Un communiqué du ministère français des Affaires étrangères publié ce samedi réclame une enquête exhaustive et condamne ce meurtre. A Washington, si l’explication saoudienne semble avoir convaincu Donald Trump, certains élus du Congrès en revanche la remettent ouvertement en cause. Pour Angela Merkel, l’idée selon laquelle le journaliste serait mort après une violente bagarre dans le consulat saoudien à Istanbul, comme l’affirme Riyad, est une explication « insuffisante ».

Adam Schiff ne croit pas du tout à la version fournie par l’Arabie saoudite pour justifier la mort de Jamal Khashoggi. « S’il a eu à se débattre dans le consulat à Istanbul, c’est qu’il essayait de sauver sa peau face à des gens qui voulaient le capturer ou le tuer », a expliqué l’élu démocrate. Et ce ne sont pas des paroles en l’air : membre du Comité du Renseignement de la Chambre, il a reçu un rapport détaillé et encore confidentiel sur le sujet.

Ainsi, si les agences spécialisées américaines ne se sont pas encore prononcées publiquement sur la disparition du journaliste dissident, elles ne valident pas la thèse de l’accident finalement proposée par Riyad, et qui semble satisfaire Donald Trump.

Le Washington Post affirme entre autres que la CIA a déjà pu écouter des enregistrements fournis par les autorités turques qui prouveraient que Khashoggi est bien tombé dans un guet-apens et qu’il a ensuite été démembré. Car non seulement il a fallu plus de deux semaines à l’Arabie saoudite pour reconnaître son implication, mais on n’a toujours aucune information sur ce qu’est devenu le corps.

Donald Trump va-t-il alors, comme dans le dossier russe, continuer de privilégier les explications fournies par les dirigeants étrangers incriminés plutôt que de croire ses propres agences de renseignement ?


Paris appelle Riyad à la transparence

La France condamne « avec la plus grande fermeté » le « meurtre » de Jamal Khashoggi et réclame que la lumière soit faite sur les circonstances de son décès afin d’établir « l’ensemble des responsabilités », a annoncé samedi soir le ministère des Affaires étrangères dans un communiqué.

Si « la confirmation de la mort de M. Jamal Khashoggi est un premier pas vers l’établissement de la vérité », les autorités françaises estiment qu’une « enquête exhaustive et diligente » est nécessaire « pour établir l’ensemble des responsabilités et permettre que les responsables (…) répondent de leurs actes ».

La France attend des autorités saoudiennes « qu’elles agissent en ce sens » et « ces attentes sont d’autant plus fortes que nos deux pays sont liés par un partenariat stratégique qui implique franchise, exigence et transparence », est-il précisé.

Paris souligne également que les circonstances du décès de Jamal Khashoggi  « rappellent la nécessité de protéger les journalistes et tous ceux dont la liberté d’expression concourt au débat public partout dans le monde ».
RFI


La réaction tardive d’Angela Merkel

Angela Merkel fait part de sa « profonde sympathie » à la famille de Jamal Khashoggi et estime que les responsables de sa mort devront rendre des comptes. Aux yeux de la chancelière, les informations fournies par Riyad sont « insuffisantes ».

Avec notre correspondante à BerlinNathalie Versieux

Le communiqué commun signé par la chancelière et son ministre social-démocrate des Affaires étrangères est la première réaction officielle de Berlin, près de 3 semaines après la disparition du journaliste.

En Allemagne, ce désaveu de la chancelière fait monter un peu plus la pression sur le patron de Siemens, Joe Kaeser. Le groupe allemand est l’un des principaux sponsors de la conférence de Riyad. Les intérêts économiques de Siemens dans la région sont considérables dans le domaine de l’énergie, du métro sans chauffeur ou encore des appareils médicaux.

Un ancien patron de Siemens, Klaus Kleinfeld, est conseiller personnel du prince héritier ben Salman. Joe Kaeser maintient pour l’instant sa participation à la conférence du 23 octobre. Une participation jugée « irresponsable » par le parti libéral FDP, proche des milieux d’affaires, et qui a à plusieurs reprises occupé le poste des Affaires étrangères à Berlin.

Share
afriquepresse

Add your Biographical Info and they will appear here.

Leave a Reply

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *