L’Afrique du Sud présente un budget contraint

Une vue de Johannesburg, la capitale économique de l’Afrique du Sud. (Photo d’illustration=©Grabowsky/Photothek via Getty Images

AP- Boucler le budget, c’est un casse-tête dans le contexte européen, on l’a vu avec le cas italien cette semaine. Mais ce n’est pas plus simple pour l’Afrique du Sud qui, hier mercredi, a présenté un budget dans un contexte contraint. En place depuis seulement deux semaines, après la démission inattendue de son prédécesseur sur fond d’affaires de corruption, le nouveau ministre des Finances a résumé sa mission devant les députés : faire des « choix difficiles » dans un contexte économique encore plus difficile.

Tito Mboweni a d’ailleurs cité le romancier anglais Charles Dickens pour atténuer la rigueur du tableau. Il a appelé à choisir la voie de l’espoir. Mais c’est bien dans la récession que continue de se débattre l’Afrique du Sud. La locomotive du continent a révisé sa croissance de moitié: de 1,5 à 0,7%. Les secteurs du commerce, de l’industrie et des transports continuent de souffrir.

Il faut dire que le contexte international y est pour beaucoup. A commencer par le ralentissement des échanges avec la Chine, principale partenaire, prise elle-même dans les tourments de la guerre commerciale avec les Etats-Unis.

Moins d’activité économique, c’est évidemment moins de revenus fiscaux pour l’Etat

500 millions de dollars en moins cette année dans les caisses. En conséquence, le déficit public continue de se creuser. Il est revu à la hausse à 4%. Quant à la dette, c’est LE véritable sujet d’inquiétude. Elle aussi est plus importante que prévue à 55,8% du PIB.

Et d’après les projections du gouvernement, elle ne se stabilisera pas avant 2024. Ces mauvais chiffres du déficit et de la dette ont entraîné hier la chute de la monnaie locale. Aujourd’hui, Moody’s est la dernière agence de notation à ne pas avoir encore placé la dette sud-africaine en catégorie spéculative.

Forcément, la marge de manœuvre de ce gouvernement qui a promis de passer à l’action est réduite

Avec un accès au financement extérieur rendu déjà plus difficile ces derniers mois avec la hausse du dollar, l’opposition sud-africaine ne voit pas comment le gouvernement s’en sortira sans augmenter les impôts.

D’autant que l’exécutif entend mener à bien un ambitieux plan de relance voulu et annoncé le mois dernier par le président Cyril Ramaphosa… Il doit coûter 3,5 milliards $. Avec une priorité qui est de relancer la croissance et de redonner du travail, en particulier aux jeunes.

On estime à 28% le taux de chômage en Afrique du Sud. Un des secteurs visés pour relancer la demande de travail, c’est l’agriculture.

Le gouvernement a aussi promis d’améliorer les infrastructures qui sont devenues obsolètes dans de nombreuses régions du pays. Améliorer aussi les secteurs de la santé et de l’éducation.

Pour atténuer le fardeau de nombreuses familles enfin, le gouvernement va supprimer la TVA de certains produits comme la farine par exemple.

L’autre chantier, c’est la lutte contre la corruption et pour améliorer la gouvernance

Et pour tout dire, cela semble une mission impossible de tout mener de front. Mais là encore, le ministre des Finances, Titi Mboweni, a voulu se montrer résolu hier devant les députés. « Trop d’argent a disparu; Nous devons restaurer la bonne gouvernance et lutter contre la corruption sous toutes ses formes ». Voilà son discours.

Dans les faits, il s’agirait de s’attaquer grâce à une commission mise en place récemment à traquer les malversations opérées sous l’ère du président sortant Jacob Zuma. Comme par exemple les fonds déversés à des fins politiciennes par la banque VBS Mutual Bank qui depuis a fait faillite.

Le gouvernement promet un plan de long-terme pour restructurer la dette de l’électricien Eskom qui plombe les finances et que les entreprises publiques longtemps utilisées comme source de financement pour les politiques se verraient imposées plus de transparence.

Signe encourageant: un tiers du budget du plan de relance doit aller dans le renforcement de l’administration fiscale.

A sept mois des élections générales dans le pays, ce chantier de la lutte contre la corruption est très scruté.

Difficile d’oublier que Nhlanhla Nene, le prédécesseur de l’actuel ministre des Finances, n’a démissionné qu’il y a deux semaines en raison de sa proximité avec les milliardaires de la famille Gupta qui étaient au cœur du système de corruption de la présidence Jacob Zuma jusqu’à l’an dernier.

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