Présidentielle à Madagascar: la classe politique peine à se renouveler

De gauche à droite: Marc Ravalomanana, Hery Rajaonarimampianina et Andry Rajoelina.

AP- A Madagascar, un face à face entre les deux adversaires de la crise de 2009 aura lieu lors du deuxième tour de l’élection présidentielle. C’est ce qu’il ressort des résultats provisoires du premier tour proclamés samedi par la Commission électorale nationale indépendante (Céni). L’ancien président de la Transition, Andry Rajoelina, arrive en tête avec 39,19 % des suffrages, suivi de Marc Ravalomanana qui obtient 35,29 % des voix. Mais avec un taux de participation de 54%, les Malgaches ont signifié un certain désintérêt pour leur classe politique.

Il y a près de dix ans, Andry Rajoelina succédait à Marc Ravalomanana sans élection, un événement qualifié de « coup d’Etat » par la communauté internationale. Tous les deux interdits de se présenter à la dernière présidentielle de 2013, c’est par les urnes que ces deux adversaires pourront prendre leur revanche, le 19 décembre prochain, date du deuxième tour de l’élection présidentielle.

Lors du premier tour, les régions dîtes côtières de la Grande Ile ont largement voté pour Andry Rajoelina, tandis que les régions des hauts-plateaux, dans le centre, ont plébiscité Marc Ravalomanana.

L’autre gagnante de ce scrutin, c’est l’abstention. Seuls 54 % des électeurs inscrits sur les listes électorales se sont déplacés pour aller voter. Un chiffre bien inférieur au premier tour de l’élection présidentielle de 2013 où le taux de participation avait atteint 61 %.

C’est un désintérêt des Malgaches pour une classe politique qui peine à se renouveler car même si le choix était vaste – 36 candidats étaient en lice pour ce premier tour de la présidentielle – ce sont les trois anciens présidents disposant de moyens financiers colossaux qui ont pu se faire entendre pendant la campagne électorale. C’est en effet le président sortant, Hery Rajaonarimampianina qui arrive en troisième position avec un peu moins de 9 % des voix. Les 33 autres candidats sont tous en dessous des 2 %.


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C’est la première fois que les deux protagonistes de la crise de 2009 s’affrontent dans les urnes. Pour Richard, chauffeur de taxi, ce face à face, qui n’avait pas pu avoir lieu lors de la présidentielle de 2013 en partie en raison de pressions de la communauté internationale, sonnait comme une évidence : « Ils auraient dû se présenter en 2013, parce qu’à l’époque on a dit ni Andry Rajoelina ni Marc Ravalomanana et maintenant ce sont bien sûr ces deux têtes qui reviennent. On est en 2018, ils se confrontent enfin. Que ce soit Andry Rajoelina ou Marc Ravalomanana qui gagne, ce sera le président de tous les Malgaches. Tout ce qu’on demande c’est qu’il n’y ait pas de trouble. »

Un retour en arrière dans un pays où la classe politique a dû mal à se renouveler, pour Solomamy, vendeur ambulant : « Quand ils ont annoncé les résultats, j’étais en train de travailler, mais je suis rentré juste pour voir ça. J’ai l’impression qu’on revient en 2009. Sur les 36 candidats, il y avait des ministres, de simples gens que personnes ne connaît, mais pour ces deux candidats qui arrivent au 2nd tour, ils ont déjà dirigé le pays c’est pour ça qu’ils sont très populaires .Donc c’est normal que ce soit eux qui arrivent en tête. »

Cette perspective d’un 2nd tour est un soulagement pour Narindra, 37 ans : « Je suis très contente qu’il y ait un deuxième tour. Cela va permettre à tous les Malgaches de réfléchir dans le calme et de voter. Ce sont des anciens présidents. Ils ont déjà dirigé et ont tous promis beaucoup de choses, mais une fois qu’ils sont à leur poste la plupart du temps ils oublient tout ce qu’ils ont promis. »

C’est maintenant à la Haute Cour Constitutionnelle de proclamer les résultats définitifs du premier tour. Elle a jusqu’au 26 novembre pour le faire.

Ce qui explique la situation actuelle, c’est le pouvoir de l’argent…

Analyse de Ketakandriana Rafitoson, directrice exécutif de Transparency International

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