Sénégal : Le Divorce, un moyen d’ascension sociale

Le Divorce, un moyen d’ascension sociale

Dakar, AP- L’Institut de recherche pour le développement (IRD) a analysé l’évolution des rapports de genre dans le mariage et les conséquences du divorce sur le statut socio-économique des individus. Cette étude réalisée à Dakar et Saint-Louis montre que, libérées de la tutelle de leur mari, les femmes peuvent avoir l’opportunité d’une promotion économique et sociale. Mais, la société sénégalaise accepte encore mal le nouveau rôle social que le divorce peut offrir aux femmes. Décryptage…

Le cadre familial constitue le premier lieu de discrimination envers la femme au Sénégal. Avec la crise économique, l’urbanisation et l’augmentation du niveau de scolarisation, le rôle des femmes dans la société change et les fondements du mariage se modifient. Ainsi, il a été constaté dans la société sénégalaise que le mariage prime sur toute autre forme d’union, car lui seul permet à l’individu de former une famille de manière légitime.

De plus, le mariage légalise les rapports sexuels dans la société. La population sénégalaise, à 95 % musulmane, attache une grande importance aux recommandations de l’Islam sur le mariage qui instaurent l’inégalité des rapports entre homme et femme. Et, l’obéissance de la femme à son mari est un devoir religieux et un gage pour entrer au paradis.

Toutefois les changements actuels dans la société sénégalaise se répercutent sur les relations conjugales et le divorce, longtemps considéré comme un risque social, devient de plus en plus fréquent. Une enquête récente montre qu’à Dakar, au moins un tiers des unions se termine par un divorce.

Une équipe de l’IRD a analysé le devenir social et économique des individus après la rupture d’union en s’appuyant sur deux enquêtes conduites auprès de femmes et d’hommes divorcés. La première enquête a été menée sur un échantillon de femmes légalement divorcées entre 1994 et 1997 et appartenant aux classes moyennes de Saint-Louis. La seconde enquête conduite à Dakar en 2000, auprès d’une quarantaine d’hommes et de femmes ayant connu au moins un divorce, a permis d’actualiser une enquête biographique, menée en 1989 et de connaître le devenir des divorcés.

Les rapports inégalitaires qui s’exercent au sein du couple résistent mal à l’évolution de la société sénégalaise. La moitié de la population vit en ville, où le niveau de scolarisation des femmes a nettement progressé. En 1992, 30 % des femmes avaient le niveau primaire et 21 % le niveau secondaire. En 1999, ces proportions sont respectivement de 36 % et 26 %.

En même temps, le milieu urbain est durement touché par la crise économique : entre 1961 et 1991, le revenu par tête a baissé de 48 %. Pour subvenir aux besoins du ménage, de plus en plus des femmes sont conduites à exercer une activité rémunérée. Dans bien des cas, elles assurent à elles seules les revenus du couple, tout en restant sous l’autorité de leur mari. De ce fait, nombreuses sont celles qui souhaitent se libérer de la tutelle de leur conjoint.

Ainsi, plus de la moitié des femmes interrogées à Dakar comme à Saint-Louis ont rompu le lien conjugal pour défaut d’entretien de leur époux. Les deux autres causes majeures de divorce sont le manque d’amour et les problèmes avec la belle-famille.

Le divorce est encore mal perçu dans la société sénégalaise. Comme le mariage, il est réglementé par une juridiction musulmane qui n’assure pas l’équité entre l’homme et la femme. En 1972, le droit civil sénégalais a réaffirmé dans le code de la famille la légitimité du divorce. Cette reconnaissance légale permet à la femme de divorcer et d’obtenir des réparations quand les torts du mari sont reconnus.

À Dakar, dans plus de 80 % des cas, le divorce se fait à l’initiative de la femme. C’est pourquoi les femmes ont plus souvent recours au divorce judiciaire que les hommes. Ceci ne traduit pas forcément la recherche d’avantages financiers, mais plutôt un souci de « légaliser » leur divorce et d’avoir des perspectives de remariage. À Saint Louis, sur quatre-vingts cas de divorces judiciaires, cinquante-cinq ont été intentés par la femme.

À Dakar, moins de la moitié des divorcés font appel à la justice moderne et ce sont essentiellement des femmes instruites, appartenant à des catégories sociales moyennes ou aisées. Pour les chercheurs, si les femmes n’engagent pas systématiquement de procédure judiciaire, c’est qu’elles ne connaissent pas suffisamment leurs droits.

OW/AP

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