Présidentielle à Madagascar: les candidats veulent convaincre les indécis

Un habitant d’Antananarivo observe les titres de la presse, le 6 novembre dernier. La clé pour les deux finalistes: obtenir le vote des indécis.

Antananarivo, AP- A Madagascar, le second tour du scrutin se déroulera le 19 décembre 2018. Andry Rajoelina est arrivé en tête du premier tour le mercredi 7 novembre dernier avec 39,23% des suffrages, devant Marc Ravalomanana (35,35%). Moins de 4% séparent les deux candidats. Le taux de participation le 7 novembre a été de presque 54%. Si les candidats se sont malmenés verbalement, il n’y a pas eu d’incidents. Le président sortant Hery Rajaonarimanpianina avec ses 8,8% de suffrages peut faire la pluie et le beau temps. Mais aussi tout comme la trentaine d’autres candicats recalés qui pèsent presque 13%.

Deux grandes inconnues pour le 19 décembre. La première : quel sera l’écart de voix entre Marc Ravalomanana et Andry Rajoelina ? Les Malgaches espèrent qu’un écart franc, sans contestation possible, séparera les deux hommes. Sinon la Grande Ile retomberait dans une crise politique profonde.

La deuxième : quel sera le taux de participation ? Moins des 54% du premier tour serait un mauvais signal. Si Marc Ravalomana est arrivé en tête dans la capitale, il va centrer sa campagne sur les régions où son score a été médiocre, comme le sud de l’île.

La clef : se mettre dans la poche les grands leaders locaux. C’est le temps des promesses et du marchandage. Ravalomana ne manque pas d’argent, sachant qu’il ne pouvait être élu dès le premier tour il a été économe. Rajoelina, lui, a été plus dépensier pour le 7 novembre mais l’homme est riche. Dès aujourd’hui il va battre campagne dans la banlieue de Tana. L’objectif : se donner une image plus proche des habitants des hauts plateaux. Là où Ravalomana avec un malgache moins élaboré apparait plus proche de l’homme de la rue.

Maintenant les reports de voix : un Hery Rajaonarimampianina ne donne pas officiellement de consignes. Par crainte de pas être suivi, assure-t-on. Pour la trentaine des autres candidats recalés, leurs annonces peuvent changer jusqu’au dernier jour de campagne.

Du riz et de la sécurité : « on sait qu’on n’aura rien de tout cela »

« Convaincre les indécis et les abstentionnistes. » Cette expression qui revient dans la bouche des deux candidats depuis leur qualification pour le 2e tour peine à atteindre les habitants de Manarintsoa Atsinanana, quartier pauvre de la capitale. Tatiana vit avec ses quatre enfants dans une petite habitation faite de taules et de planches de bois… innondée par la pluie qui tombe presque tous les jours à cette période de l’année.

« Je fais partie des personnes qu’ils ne convaincront jamais parce que ce soit Marc Ravalomanana ou Andry Rajoelina, ils ne mettront jamais à manger dans mon assiette, lâche-t-elle. Ils ne se rendent pas compte de la pauvreté des Malgaches. Je n’ai pas d’espoir car ils étaient nombreux à faire des promesses mais c’est toujours pareil. Peu importe qui est élu. On en n’a rien à faire. Nous nous débrouillons seuls. Je ne vais pas les écouter pendant la campagne parce qu’ils ne font que donner de faux espoirs. »

A quelques mètres de là, Joseph vend du charbon. Lui non plus ne veut pas voter : « Comment me convaincre ? Tout ce dont j’ai besoin c’est de vivre en sécurité et que le prix du riz soit abordable. C ‘est très difficile d’avoir de l’espoir quand on sait qu’on n’aura rien de tout cela. »

Quant à Ninah, elle fait partie de ceux qui hésitent à se déplacer le 19 décembre. « Il se peut que je n’aille pas voter. Je réfléchis encore  parce que le candidat auquel je pense a certaines qualités mais il a aussi des défauts. Ces deux candidats ont déjà été au pouvoir donc on sait comment ils sont. »

Face à tous ces témoignages d’incertitude, l’enjeu reste la crédibilité du scrutin.

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