Le cinéaste algérien Malek Bensmaïl: «La bataille d’Alger, un film important»

L’affiche (détail) du documentaire de l’Algérien Malek Bensmaïl montre une scène du film culte «La bataille d’Alger» de Gillo Pontecorvo.

AP- C’est un film sur une œuvre culte à destinée exceptionnelle, des maquis d’Afrique aux Blacks Panthers. Le nouveau documentaire de Malek Bensmaïl, 50 ans, revient sur « La bataille d’Alger », de Gillo Pontecorvo, Lion d’or au Festival de Venise en 1966. Le réalisateur algérien sera présent ce vendredi 6 avril lors de la projection de son film « La Bataille d’Alger, un film dans l’Histoire » au Panorama des cinémas du Maghreb et du Moyen-Orient à Saint-Denis. Entretien.

Le film La bataille d’Alger représente quoi en Algérie, aujourd’hui ?

Malek Bensmaïl : La bataille d’Alger est un film très important. Je dirais, c’est un film fédérateur. Il a à la fois renforcé le mythe guerrier en Algérie et c’est le film de la révolution algérienne. Si, aujourd’hui, on doit effectivement donner un ou deux films, je pense que c’est La bataille d’Alger ou Le vent des Aurès de Mohammed Ladkdar-Hamina. Mais La bataille d’Alger reste au-dessus parce que toute la jeunesse algérienne s’identifie totalement à Ali la Pointe [un combattant algérien du FLN, NDLR]. Il y a quelque chose autour de ce personnage qui ne vient de rien, qui est un pauvre, qui vit dans la casbah…

Qui est un Robin des Bois…

Totalement, et qui porte une révolution jusqu’à la mort. Donc il devient un mythe.

Comment le film La bataille d’Alger a été produit ?

C’est un film qui a été produit essentiellement par les fronts algériens sous Ahmed Ben Bella, une guerre des pouvoirs en 1962 entre pas mal de clans.

Entre autre, Boumediene et Ben Bella ?

Et à ce moment-là, l’idée vient de produire assez vite un film fédérateur sur ce mythe guerrier. Et donc Gillo Pontecorvo dit : ça m’intéresse parce que j’avais déjà un projet là-dessus. Et à partir de là, le film est enclenché.

Le tournage se fait dans une ambiance absolument extraordinaire, puisque la réalité et la fiction se confondent. On tourne dans les lieux mêmes de la bataille d’Alger.

On tourne à la Casbah, Dans la prison Serkadji, c’est-à-dire « Barbe rousse », avec les acteurs mêmes de La Bataille d’Alger. Et les membres de l’équipe technique pour la plupart ont vécu cette période-là, c’est-à-dire ont été arrêtés ou torturés, etc. Je ne vous raconte pas l’émotion qu’il peut y avoir dans les rues d’Alger et au sein même de l’équipe algérienne.

Ne serait-ce que pour cela, il faut voir votre documentaire. Beaucoup de protagonistes sont morts, mais vous en avez quand même retrouvé énormément. Vous racontez aussi l’extraordinaire fortune de ce film qui va être présenté par l’Algérie à la Mostra de Venise en 1966. Contrairement à toute attente, il rafle le Lion d’or, ce qui déclenche d’ailleurs un véritable scandale en France. Le film va être interdit, mais il va avoir aussi une vraie fortune internationale.

Oui, le film obtient le Lion d’Or et va donc jeter la lumière sur un pays qui a eu quand même 130 années de colonisation et 7 années de guerre derrière lui. Mais derrière, il faut savoir que la délégation française à Venise quitte le festival. La critique allume totalement le film, insulte absolument le film. Par contre le film va avoir une résonance très importante, d’abord en Algérie, bien sûr, puisque très vite il est montré en Algérie, parce qu’il faut donner l’image d’un héros aux Algériens. Boumediene va utiliser aussi ce film pour renforcer l’image du héros algérien.

Le film va avoir aussi une aura extraordinaire en Afrique, en Amérique latine, aux États-Unis, entre autres chez les Black Panthers.

Absolument. Aussi bien du côté des révolutionnaires, c’est-à-dire qu’ils vont l’utiliser. Du côté de l’Amérique latine même les populations qui sont contre les militaires fachos utilisaient ce film. Mais aussi, effectivement, les Black Panthers. On aura aussi les franges de l’armée américaine qui vont utiliser ce film pour l’invasion en Irak.

Est-ce que c’est cela qui vous fascine dans ce film La bataille d’Alger ?

Oui, l’Algérie c’est mon pays, c’est-à-dire qu’on est en train de raconter notre propre histoire et que cette histoire-là, elle n’est pas binaire. Il y a quelque chose de complexe, il y a des strates. C’est d’une complexité inouïe. C’est cette dimension humaine qui me plait beaucoup, c’est-à-dire que les choses s’entrechoquent. On n’est pas dans le noir et blanc, on est dans des palettes de couleur, dans des palettes de gris. Les choses ne sont pas simples et moi c’est ça qui m’intéresse. Il y a des éléments beaucoup plus complexes qui sont liés à la fois à une identité, à une culture, à des langues, à une guerre qui a été vraiment complexe, à une décolonisation aussi, à la question de la liberté. Aujourd’hui, qu’est-ce que la liberté ? Le film en parle très bien, mais sommes-nous véritablement libres aujourd’hui ? La question se pose aujourd’hui.

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