Groupe de Lima: comment sortir de l’inefficacité face à la crise au Venezuela?

Discours du président Nicolás Maduro, lors d’un défilé militaire organisé à l’occasion de l’anniversaire de la mort de Simón Bolívar, le 17 décembre 2018 à Caracas.

AP- Ce mercredi 19 décembre 2018, les vice-ministres des Affaires étrangères de 14 pays latino-américains, caribéens et du Canada se retrouvent à Bogotá, la capitale colombienne. Ensemble, ils forment le Groupe de Lima, constitué en août 2017 pour trouver une issue démocratique et pacifique à la grave crise qui secoue le Venezuela. Force est de constater qu’un an et demi plus tard, la situation vénézuélienne ne fait que s’aggraver.

Le Pérou proposera ce mercredi aux autres pays membres du Groupe de Lima de rompre collectivement leurs relations diplomatiques avec le gouvernement vénézuélien. « Ils essayent de créer des conditions pour isoler le plus possible le président vénézuélien Nicolás Maduro et son gouvernement », explique Isabelle Rousseau, professeure et coordinatrice du programme de l’Energie au Colegio de Mexico.

C’est la toute première fois qu’une initiative comme la rupture collective des relations diplomatiques avec Caracas sera soumise au débat au sein du Groupe de Lima. « Pour le Venezuela, c’est quand même embêtant d’avoir ses pays frères qui sont contre lui », souligne encore Isabelle Rousseau.

Contrairement aux Etats-Unis ou encore à l’Union européenne, qui ont imposé des sanctions contre le Venezuela pour rupture de l’ordre démocratique et atteintes aux droits de l’homme, les voisins latino-américains ont en effet longtemps hésité à entrer en action. Plusieurs raisons à cela, fait savoir Paula Vásquez, chargée de recherches au CNRS.

Il y a entre autres le principe de non-ingérence en vigueur entre les pays latino-américains. « Personne ne veut être accusé d’ingérence dans les affaires intérieures » du Venezuela, constate cette spécialiste du pays. « Mais lorsque la crise est devenue une crise migratoire et qui touche désormais plusieurs pays du continent, le système d’alarme s’est déclenché. Parce que désormais, il ne s’agit plus d’une crise interne mais d’une crise qui touche toute la région. »

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Selon les estimations du Haut Commissariat pour les réfugiés, en moyenne, 5 500 Vénézuéliens fuient chaque jour la grave crise dans leur pays. 2,3 millions depuis 2015. L’ONU parle de la pire crise migratoire que le continent n’ait jamais connue.

Au sein de la communauté internationale, nombreux sont désormais ceux qui voudraient initier une transition démocratique au Venezuela. Mais deux questions principales se posent. Premièrement, quel est le meilleur moyen pour y parvenir ? Sanctions et isolement du régime Maduro ou dialogue ? Et deuxièmement : qui pourrait représenter une possible transition au Venezuela ?

Ce qu’il restait de l’unité entre les différents courants de l’opposition au gouvernement vénézuélien a volé en éclats au printemps dernier, quand la coalition d’opposition s’était montrée incapable de tenir une position commune face à une élection présidentielle qui s’annonçait anti-démocratique. La communauté internationale manque donc cruellement d’interlocuteurs.

Sans oublier que certains pays de cette même communauté internationale soutiennent, au contraire, le gouvernement de Nicolás Maduro. C’est notamment le cas de la Russie et de la Chine, deux pays qui ont concédé d’importants prêts au Venezuela – on parle de plusieurs dizaines de milliards de dollars – pour maintenir le régime à flot.

Mais ce n’est pas tout, explique Isabelle Rousseau : « Ils ont aussi des entreprises mixtes dans les gisements de pétrole du bassin de l’Orénoque. Et ils se disent que si jamais le gouvernement de Maduro était renversé, l’opposition qui arriverait au pouvoir pourrait ne pas reconnaître tous ces intérêts. Donc ils soutiennent bien entendu Maduro. »

Fort de cet appui aussi bien financier que diplomatique, le président vénézuélien ne montre pour l’instant aucun signe de faiblesse. « La position de Nicolás Maduro, c’est : après nous le déluge », constate Paula Vásquez. « Il est complètement braqué sur sa position. Il n’assume même pas, ni ne reconnaît qu’il y a une crise humanitaire. On est dans le déni le plus total. »

Selon les experts, l’exode des Vénézuéliens devrait encore s’intensifier après le 10 janvier, date à laquelle Nicolás Maduro va prêter serment pour un deuxième mandat.

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