Mozambique: l’ex-ministre des Finances Manuel Chang inculpé aux Etats-Unis

L’ancien ministre des Finances du Mozambique, Manuel Chang, le 21 avril 2012, à Washington.

Maputo, AP- L’ancien ministre des Finances du Mozambique Manuel Chang a été inculpé jeudi aux Etats-Unis dans une vaste affaire de corruption, un montage financier frauduleux qui a permis de lever 2 milliards de dollars. Manuel Chang est accusé, entre autres, d’avoir touché 7 millions de dollars en pots-de-vin. En contrepartie, il aurait approuvé des prêts secrets devant permettre la construction de navires de pêche français. Un projet qui n’a jamais vu le jour. Quatre autres personnes ont également été inculpées, dont trois anciens banquiers du Crédit Suisse.

Les faits – des prêts cachés de 2 milliards de dollars – remontent à 2013. Des responsables mozambicains, notamment le ministre des Finances de l’époque, Manuel Chang, proposent à des investisseurs de s’associer au gouvernement de Maputo. Il est question d’acheter 30 bateaux aux chantiers navals des Constructions mécaniques de Normandie pour relancer la pêche au thon. Sauf que, selon le département américain de la Justice, la transaction visait aussi et peut-être surtout à verser des pots-de-vin de 200 millions de dollars.

Des responsables mozambicains et des banquiers internationaux seraient parmi les bénéficiaires. Cette affaire est assurée de faire grand bruit à Zurich, au siège du Crédit Suisse, mais aussi à Maputo, car ces prêts secrets, garantis par l’État mozambicain, ont conduit le pays au bord de la faillite. Le Fonds monétaire international a dû intervenir et le Mozambique vit désormais à l’heure de l’austérité.

« Un pays est quasiment ruiné », souligne Mark Pieth, président de l’Institut de Bâle sur la gouvernance auquel le Mozambique a fait appel pour tenter de récupérer sa mise. « On a poussé le Mozambique vers la faillite qui se retrouve avec six milliards de dettes à l’étranger,commente-t-il. Et des banques, surtout le Crédit Suisse, ont permis cela. »

L’ancien ministre, trois banquiers et un homme d’affaires franco-libanais sont inculpés dans cette affaire. Mais d’autres arrestations pourraient avoir lieu. L’acte d’accusation a été caviardé par endroits pour cacher les noms des suspects qui n’ont toujours pas été ni arrêtés ni inculpés.

Alex Vines de l’Institut royal des Affaires internationales a pris connaissance de l’acte d’accusation. « L’ex-ministre est accusé de corruption et de blanchiment d’argent en vertu d’une loi fédérale américaine sur la corruption d’agents publics à l’étranger, décrypte-t-il. Des citoyens américains, qui avaient investi dans ces fonds souverains, ont été lésés dans cette affaire, ce qui explique pourquoi ils ont pu porter plainte aux Etats-Unis. Evidemment, l’ancien ministre et ses co-accusés, s’ils sont extradés, pourraient vouloir négocier avec la justice américaine. En clair, ils pourraient donner les noms d’autres personnes impliquées en échange d’une réduction de peine. Cette « affaire » a bien entendu des répercussions politiques au Mozambique même. Ces prêts cachés ont eu lieu sous le président Armando Guebuza. A l’époque, l’actuel président Filipe Nyusi était ministre de la Défense. On ne peut pas exclure que d’autres responsables mozambicains aient été au courant des faits auxquels les tribunaux s’intéressent aujourd’hui. »

Le Credit Suisse assure qu’il va coopérer avec les autorités américaines pour faire la lumière sur ces emprunts frauduleux.

Aux Etats-Unis, la première audition dans le cadre de cette affaire a été fixée au 22 janvier au tribunal de Brooklyn, à New York. L’ex-ministre des Finances et actuel député du parti au pouvoir Manuel Chang est actuellement en détention provisoire en Afrique du Sud, dans l’attente de l’examen d’une demande d’extradition présentée par les autorités américaines. Il a été arrêté à l’aéroport de Johannesburg alors qu’il s’apprêtait à prendre une correspondance pour Dubaï. Manuel Chang doit comparaître devant un tribunal sud-africain le 8 janvier prochain et son avocat a déjà indiqué qu’il va contester la demande d’extradition.

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