Gabon: de nombreuses questions en suspens après le putsch avorté

Des gendarmes gabonais patrouillent dans le quartier aux abords de la Radio Télévision Gabonaise, dont des militaires se sont emparés, le 7 janvier 2018.

Libreville, AP- Au Gabon, une tentative de coup d’Etat a échoué ce 7 janvier. Des militaires ont mené une tentative de putsch alors que le chef de l’Etat, Ali Bongo, est convalescent depuis plusieurs semaines au Maroc.

Peu d’informations ont filtré à ce stade sur le putsch avorté de ce 7 janvier au Gabon. Une vidéo qui a tourné en boucle sur la Radio Télévision Gabonaise (RTH) entre 4h et 7h30 lundi matin montre trois soldats coiffés d’un béret vert. L’un d’eux, le lieutenant Kelly Ondo Obiang, prend la parole. Il se présente comme un commandant adjoint de la garde républicaine, l’équipe chargée de la protection de la présidence. Dans cette vidéo, ce responsable militaire fait part de sa frustration suite au message prononcé par le chef de l’Etat à l’occasion du Nouvel An.

Les mutins ont pu prendre le contrôle de l’antenne en neutralisant les gendarmes en faction.

« Sauver le Gabon »

Dans leur message diffusé en boucle, le mouvement affirme vouloir « sauver le Gabon ». Dans la déclaration lue lundi matin à la radio, le lieutenant Kelly Ondo Obiang critiquait les institutions qu’il juge « illégitimes et illégales ». Ce groupe de militaires espérait pouvoir mettre en place un « conseil national pour la restauration ». Il a appelé les citoyens à rejoindre l’Assemblée nationale et cité des noms, notamment celui du général Jean Rémi Ntumpa Lebani, un haut gradé originaire du Haut-Ogooué et qui a purgé une peine de prison suite à un autre de putsch avorté en 2009.

D’autres personnalités ont été citées telles que le colonel Rapontchombo, officier de l’armée de terre, les syndicalistes Jean Rémi Yama et Marcel Libama ainsi que des responsables politiques tels que Laurence Ndong, proche de Jean Ping, et l’ex-député du PDG (Parti démocratique gabonais), Bertrand Zibi.

(Ré)écoutez notre édition spéciale consacrée aux événements de ce 7 janvier à Libreville :

Tentative de coup d’Etat au Gabon: décryptage et analyse dans notre édition spéciale

Arrestations

De son côté, le ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement, Guy Bertrand Mapangou, précise que cette tentative de coup d’Etat a été menée par cinq militaires qui font partie de la « compagnie d’honneur ». Il assure par ailleurs que la situation est maîtrisée. Guy Bertrand Mapangou minimise l’impact de cet événement. Il appellait ce matin la population à ne pas suivre le mot d’ordre lancé par « ce groupuscule ».

Au regard de la situation politique, nous pouvions redouter cette situation que nous avons vue ce matin.(…) J’ai constaté des frustrations de tous les côtés. (…) Le gouvernement a bien compris qu’il y a un ras-le-bol vécu par tous les Gabonais. Que ce ras-le-bol se fasse sentir au niveau même des corps de la garde républicaine, il faudrait qu’on se penche sur le cas du Gabon au niveau international.

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Dès 8h, la Maison de la radio est bouclée. A 10h, des soldats loyalistes pénètrent dans la radio pour déloger les putschistes, qui s’enferment dans une pièce. A 11h, la plupart des éléments du commando sont arrêtés. D’abord introuvable, Kelly Ondo Obiang, le porte-parole du mouvement est interpellé à la mi-journée. L’intervention se solde par deux morts parmi les mutins.

Des habitants des environs ont bien tenté de converger vers la radio, déclenchant des échauffourées avec la police. Des poubelles et un véhicule ont été incendiées sur le boulevard Triomphal. Des civils auraient également été interpellés.

La santé de Bongo en question

Cette tentative de coup d’Etat survient une semaine seulement après le discours du président Ali Bongo censé rassurer les Gabonais. Le chef de l’Etat apparaissait en public pour la première fois depuis son hospitalisation le 24 octobre en Arabie Saoudite.

Dans son message à la Nation, Ali Bongo avait pourtant abordé son état de santé. Il avait reconnu avoir « traversé une période difficile », tout en adoptant un ton rassurant. Cependant, explique l’analyste Mays Mouissi, « le discours du président n’a pas atteint son objectif : c’est la forme physique du président que les gens ont retenu. Cela a plus inquiété qu’autre chose ».

Face à cette absence prolongée, la société civile, tout comme les partis politiques, expriment ponctuellement leur impatience, voire même leur scepticisme sur la manière de gérer les affaires courantes. Comment les décrets adoptés en Conseil des ministres peuvent-ils être mis en application sans la signature du chef de l’Etat ? Par ailleurs, la semaine prochaine, une nouvelle Assemblée nationale doit être installée et le gouvernement doit démissionner suite aux législatives d’octobre dernier.

Une information judiciaire a été ouverte. Les enquêtes seront menées jusqu’au bout et devront déterminer le niveau de ramification au sein de l’armée mais peut-être aussi dans le monde politique. Certains applaudissent des deux mains alors qu’on doit être désolé quand une situation pareille se produit dans un pays.

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De son côté, Laurence Ndong, porte-parole à Paris de l’opposant gabonais Jean Ping, candidat malheureux face à Ali Bongo de la présidentielle de 2016, a dit comprendre les raisons qui ont mené à cette tentative de coup d’Etat sans cautionner la forme.

Le Gabon n’a pas l’habitude des coups d’Etat militaires mais il a l’habitude des coups d’Etat militaro-électoraux. Depuis 2016, ces militaires qui ont pris le pouvoir n’ont tué personne. Mais ceux qui sont aujourd’hui au pouvoir n’ont jamais été élus et la crise électorale de 2016 n’a jamais pris fin. Ceux qui sont au pouvoir aujourd’hui sont assis sur le sang et la misère des Gabonais qui, à chaque fois qu’ils veulent exprimer leur désir de changement, parce que cela fait 50 ans qu’une même famille, qu’un même système prédateur, kleptocrate, humilie toute une nation, pille les richesses d’un pays parce qu’une oligarchie a choisi de s’enrichir. Le peuple aujourd’hui en a marre. Je ne cautionne évidemment pas la forme mais je la comprends.

Putsch avorté au Gabon: Laurence Ndong, porte-parole de Jean Ping, dit en comprendre les raisons

Une question reste également en suspens, à savoir le nombre de personnes réellement impliquées dans cette tentative de coup d’Etat.

Putsch avorté au Gabon : condamnations unanimes à l’international

La première réaction au putsch avorté des militaires gabonais ce 7 janvier a été celle de l’Union africaine (UA). En fin de matinée, le président de la Commission de l’UA, le Tchadien Moussa Faki Mahamat, a fermement condamné cette tentative de coup d’Etat. Il a réaffirmé le rejet par l’UA de tout changement anti-constitutionnel.

Cette condamnation a été suivie par celle de la France qui ajoute que la stabilité du Gabon ne peut être assurée que dans un strict respect des dispositions de sa Constitution.

Dans l’après-midi, au Tchad, le président Idriss Déby Itno a qualifié cette prise de pouvoir d’« aberration ». Le président burundais Pierre Nkurunziza a félicité les forces loyalistes qui ont vite rétabli l’ordre.

L’ancien président nigérian Goodluck Jonathan a appelé à un retour au calme.
Enfin, le secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, a rappelé qu’il était opposé à tout changement anti-constitutionnel par la force.

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