En Suisse, une conférence des donateurs pour la RDC… sans la RDC

Kalemie, sud-est de la RDC, au bord du lac Tanganyika. Des déplacés attendent la distribution de vivres le 20 mars 2018.

RDC, AP- Selon l’ONU, au moins treize millions de personnes, dont un tiers de déplacés internes, ont besoin d’une assistance humanitaire d’urgence cette année. Et il faut trouver plus d’1,5 milliard de dollars pour leur venir en aide. Cette conférence, le gouvernement congolais a refusé d’y participer, estimant qu’elle aillait donner une mauvaise image du pays. Kinshasa conteste la gravité de la crise.

L’an dernier, le plan d’action humanitaire de l’ONU n’avait été financé qu’à hauteur de 60%. Et ce désintérêt pour la crise en RDC semble se confirmer en 2018, puisque sur 1,7 milliard de dollars nécessaires pour couvrir les besoins humanitaires du pays, en ce mois d’avril, le plan n’est financé qu’à hauteur de 12%.

« L’an dernier on a remarqué une baisse du financement, le plus bas taux de financement depuis dix ans. Les projections que nous avons faites pour l’appel humanitaire que nous avons lancé cette année montre que les besoins ont doublé depuis 2017, explique Vanessa Huguenin, l’une des porte-paroles à Genève du bureau de coordination des affaires humanitaires de l’ONU (Ocha). C’est vrai qu’il y a beaucoup de crises en ce moment, que ce soit la Syrie, le Yémen, mais on ne peut pas comparer la souffrance humaine et dire qu’une crise est plus importante que l’autre. Des millions de personnes ont besoin d’aide humanitaire vitale en RDC, et nous devons y répondre. »

Rappeler aux éventuels donateurs la gravité de la crise en RDC, tel est donc le but de la conférence et c’est ce qui hérisse les autorités congolaises : de voir la situation au Congo comparée à celle en Syrie ou au Yémen. D’ailleurs pour les provinces du Tanganyika, du Kasaï et du Sud-Kivu, le niveau d’urgence avait été élevé au même niveau que pour ces deux pays.

Devant l’hostilité de Kinshasa, l’ONU a reculé sur ce point et retire dès le 20 avril prochain la classification L3 de ces provinces. Mais sur les chiffres, le différend persiste, même si les discussions se poursuivent. Pour la communauté humanitaire, il y a aujourd’hui en RDC plus de 4,5 millions de personnes déplacées, soit l’une des plus graves crises de déplacement au monde. Mais pour la RDC, ils ne seraient que 230 000.

« C’est vraiment une honte »

Le gouvernement congolais dénonce aujourd’hui une volonté de ternir l’image du pays, parle de comportement inamical ou sectaire de l’ONU et des sponsors de cette rencontre, l’UE, Ocha et les Pays-Bas. Du coup, rares sont les organisations qui osent aujourd’hui communiquer autour de cette conférence. Oxfam et le Conseil norvégien des réfugiés ont appelé les pays donateurs à mettre la main au portefeuille.

Ce dernier est l’une des très organisations à continuer de tirer la sonnette d’alarme, malgré l’hostilité affichée par les autorités congolaises. Son secrétaire général Jan Egeland était il y a quelques semaines au Congo, il a visité plusieurs provinces. Il se dit choqué par l’incapacité des humanitaires à fournir une assistance aujourd’hui à la population, par manque de fonds. « La République démocratique du Congo est parmi les plus importantes, les plus grandes, les plus graves crises au monde. Treize millions de personnes ont besoin d’une assistance humanitaire d’urgence, c’est comparable à ce qui se passe en Syrie ou au Yémen. Mais il y a beaucoup moins d’attention sur cette situation que sur les autres. Du coup, il y a moins d’humanitaires sur le terrain, moins de financement, moins d’aide à distribuer. J’étais moi-même au Congo ces dernières semaines et j’ai été choqué de voir à quel point il y a des gens qui se retrouvaient totalement seuls et souffraient sans personne pour les aider. Quand une mère de cinq enfants voit sa maison brûler et son mari tué par un groupe armé, elle a besoin d’aide. Et si on est incapable de lui fournir par manque de moyens, c’est vraiment une honte. »

Les Emirats arabes unis – qui étaient corganisateurs de cette rencontre avec Ocha, l’UE et les Pays-Bas – ont renoncé après demande de Kinshasa à participer à cette rencontre.

Le Royaume-Uni augmente son apport financier

Et il faut croire que le Royaume-Uni, qui participe à la conférence ce vendredi, a entendu cet appel de l’Ocha à mettre la main au portefeuille. Harriett Baldwin, ministre britannique pour l’Afrique, a en effet annoncé que son gouvernement augmenterait de 31 millions de dollars américains son aide humanitaire pour la RDC.

Après avoir rencontré les autorités congolaises, Harriett Baldwin, est allée à Kananga et Kalemie pour palper du doigt l’ampleur de la crise humanitaire. « La situation humanitaire actuelle est choquante, des millions de personnes ont désespérément besoin de vivres, d’eau, de médicaments et d’un endroit sécurisé pour vivre », a-t-elle rapporté.

L’augmentation de 31 millions de dollars américains de l’aide humanitaire du Royaume-Uni en RDC devra couvrir essentiellement les besoins de base. « Cela assurera à 390 000 personnes l’accès à l’eau potable, à 240 000 personnes des services de santé essentiels », assure la ministre.

Pour elle, pour sortir de l’impasse et de la crise actuelle, il est important que des élections crédibles se tiennent en décembre 2018. Pendant son séjour en RDC, Harriett Baldwin a rencontré notamment le vice-Premier ministre et ministre des Affaires étrangères, le président de l’Assemblée nationale, le vice-président de la Céni, certains dirigeants de l’Eglise catholique et des opposants.

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