Madagascar: les sénateurs entérinent la loi de gouvernance par ordonnances

Les sénateurs ont adopté à leur tour le projet de loi permettant au président de la République de gouverner par ordonnance, durant toute la durée de vacance de l’Assemblée nationale, le 5 février 2019.

Antananarivo, AP- Quelques jours après les députés, les sénateurs ont eux aussi entériné le projet de loi permettant au nouveau président de la République de légiférer par voie d’ordonnance jusqu’à la mise en place de la nouvelle Assemblée nationale. Récit d’une matinée étonnante.

Jusqu’au dernier moment, face au ministre de l’Intérieur, les sénateurs qui le souhaitent vantent les mérites du projet de loi déléguant le pouvoir de légiférer au chef de l’Etat ou, au contraire, alertent leurs collègues quant aux dispositions très floues du texte.

Puis vient l’heure du vote, à main levée. « Qui est pour ? »

Les 52 sénateurs présents dans la salle lèvent tous la main. En quelques secondes, le texte est adopté, à l’unanimité. Applaudissements. Bien que le Sénat soit acquis à l’ancien président, les proches d’Andry Rajoelina avaient annoncé que ce vote ne serait qu’une formalité. Il en a effectivement été ainsi.

Olga Ramalason, sénatrice TIM, le parti de Marc Ravalomanana, a pris la parole juste avant le vote pour émettre des doutes sur le texte. Questionnée sur son choix, elle se justifie : « Ecoutez, tout à l’heure on s’est dit que comme le président de la République est le père du pays, on doit avoir confiance en lui », explique-t-elle.

Thierry Raveloson, chef du groupe parlementaire HVM, qui détient 55 des 63 sièges, explique lui aussi sa décision : « Nous, nous sommes du parti de l’ancien président de la République, mais nous n’avons pas encore déclaré que nous sommes de l’opposition. Le président de la République actuel a fait beaucoup de promesses lors des élections. Donc, donnons-lui au moins la chance de commencer ; nous ne sommes pas là pour aller contre le développement de ce pays », justifie-t-il.

« Accorder la confiance », « donner une chance ». En filigrane, une faveur accordée au nouveau président dans l’espoir d’un retour d’ascenseur : durant sa campagne, Andry Rajoelina a promis à ses électeurs de supprimer le Sénat, « institution inutile et trop coûteuse pour l’Etat ».

En attendant, avec ce vote, le chef de l’Etat est le grand gagnant : il bénéficie d’un horizon législatif dégagé jusqu’à l’entrée en fonction de l’Assemblée nationale, prévue mi-juillet au plus tard. Les ordonnances seront cependant contrôlées dans leur constitutionnalité par la Haute Cour constitutionnelle, et devront surtout être ratifiées a posteriori par la nouvelle Assemblée.

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