SpaceX accuse son rival européen Arianespace de concurrence déloyale

Une fusée Falcon 9 de la firme SpaceX transportant un satellite d’observation.

AP- La société d’Elon Musk SpaceX a envoyé une lettre à Edward Gresser, le haut fonctionnaire américain du département du Commerce, dans laquelle elle accuse Arianespace, ses subventions françaises et européennes, de concurrence déloyale, et demande à l’État américain d’inclure l’industrie spatiale dans les négociations commerciales avec l’Union européenne. Xavier Pasco, directeur de la Fondation pour la recherche stratégique, spécialiste de la politique spatiale américaine, explique pourquoi la requête de SpaceX passe mal en Europe.

RFI : Pourquoi cette lettre a suscité d’aussi vives réactions chez les acteurs européens et français de l’industrie spatiale ?

Xavier Pasco : SpaceX a pris son essor grâce à de forts soutiens de la NASA, en étant l’une des sociétés retenues pour effectuer les transports de fret vers la station spatiale. Cette manne publique s’est chiffrée en milliards de dollars et a permis l’équilibre économique de SpaceX. Elle a débuté en 2006, avec les Commercial Orbital Transportation Service, et puis ensuite d’autres contrats auxquels SpaceX a postulé sans avoir beaucoup de concurrents. Pour une société comme SpaceX en train de se construire, ça a été la condition même de son essor.

On comprend donc aujourd’hui la réaction d’Européens qui sont un peu outrés : SpaceX reproche la subvention publique vers Ariane mais en réalité la firme d’Elon Musk existe que parce qu’elle a eu elle-même des subventions publiques. Ça n’est pas du tout choquant ou inhabituel comme scénario, la même chose s’est passée pour Boeing par exemple, avec l’effort de guerre. Mais du coup, la critique envers l’Europe et la France peut sembler surprenante.

Pourquoi le groupe d’Elon Musk a-t-il envoyé cette lettre ?

Je pense qu’il y a une double raison qui explique la prise de position de SpaceX : il y a une discussion en ce moment en Europe sur le financement des lanceurs et de l’industrie spatiale. Il va notamment y avoir un Conseil de l’Agence spatiale européenne à la fin de l’année pour discuter de l’avenir de ce financement. Pour SpaceX c’est un moyen de faire monter la pression sur cette discussion, avec des états membres qui peuvent avoir des vues différentes sur le niveau des financements.

Et puis SpaceX, à la fin de l’année dernière, a fait une levée de fond qui n’a pas été un grand succès. Sur les 500 millions qu’ils ont essayé de lever, ils en ont levé qu’un peu plus de la moitié. SpaceX est sur le plan économique une société qui se cherche un peu aujourd’hui. SpaceX est une société qui cherche à s’installer comme un acteur dominant dans le secteur spatial et d’une certaine manière. C’est une société qui a fait le plein sur le marché gouvernemental américain, qui est de loin le plus gros marché, et qui cherche maintenant à compléter son activité en regardant de plus près les conditions d’accès au marché commercial.

L’Europe est une cible assez molle, car il n’y a pas d’accord réel sur une préférence européenne, en matière de lancement, pour que les pays européens utilisent le lanceur Ariane. L’Allemagne par exemple, lance une partie de ses satellites sur SpaceX. Tout ce qui peut, du point de vue de SpaceX contribuer à fragiliser l’édifice européen est donc quelque chose de positif.

Cette lettre aura-t-elle des conséquences, d’après vous ?

Il peut y avoir des conséquences politiques du côté américain, avec l’utilisation de cette lettre, pour faire monter la tension, entre les États-Unis et l’Europe, mais je ne pense pas que ce sera un point de contentieux prioritaire. Cela fait un peu penser à la rivalité Airbus et Boeing, qui ne s’est jamais vraiment terminée mais qui n’a jamais empêché non plus les deux gros producteurs d’avions de faire leurs affaires.

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