Niger: nouvelles arrestations de membres de la société civile

L’entrée de la prison de Koutoukalé, près de Niamey, au Niger.

Niamey, AP-Au Niger, la manifestation de la société civile prévue ce dimanche 15 avril contre la loi de finances 2018, et interdite par la municipalité de Niamey, n’a pas eu lieu. Plusieurs membres de la société civile ont toutefois été arrêtés dans la soirée.

Ce dimanche 15 avril, les organisateurs étaient invisibles sur les principales places où devaient se tenir la marche et le meeting. Dans la soirée, trois leaders de la société civile ont été arrêtés. Ibrahim Diori de l’Association Alternative espace citoyen, a été arrêté chez lui par des policiers en civil qui sont venus sonner à sa porte. Maïkou Zodi, du mouvement Tournons la page, lui, été interpellé dans la rue, alors qu’il était en voiture. Abdourahamane Idé, membre de la Jeunesse pour une nouvelle mentalité, s’est quant à lui rendu de son propre chef au commissariat, vers 22h30, après avoir été appelé par la police.

Ces arrestations ont eu lieu en marge des manifestations. A l’heure actuelle, les trois hommes n’ont toujours pas été déférés devant le Parquet. Leurs avocats ont néanmoins été notifiés des chefs d’inculpation retenus contre eux : participation à une manifestation interdite et dégradation de biens publics. Pourtant, ils n’ont pas été interpellés durant les rassemblements.

Ce lundi matin, Mohamed Bazoum, le ministre de l’Intérieur a expliqué au téléphone qu’ils avaient pu être arrêtés, en tant que responsables de la manifestation. Comme ce sont eux qui ont déposé auprès des autorités, la demande officielle, par conséquent, ils sont « comptables », selon le ministre, de tout ce qui advient durant le rassemblement. Il s’appuie pour cela, sur la loi de 2004, qui régit le droit de manifester.

22 militants en détention

En l’occurrence, la manifestation de ce dimanche était interdite, pour des raisons de sécurité, car elle était prévue de nuit. Pour Mamane Kaka Touda, responsable de la jeunesse d’Alternative espace citoyen, tout est cela est une interprétation un peu tordue de la loi de 2004 : « La loi 2004 exige aux autorités de prendre une décision, un arrêté motivé. Nous pensons que le fait de dire que dans l’après-midi, vous n’avez pas le droit de marcher, ce n’est pas une motivation parce que, quand la Constitution du Niger qui est la loi fondamentale, reconnaît la liberté de manifestation, nulle part dans la Constitution, il n’est écrit qu’il faut manifester le matin et non l’après-midi. On a fait six manifestations pacifiques à Niamey, c’est la discipline des organisateurs qui a fait en sorte que la sécurité a été assurée. Ils n’ont jamais mis même cinq ou dix policiers pour régler la marche. Ça, c’est un des  arguments juste pour, de manière systématique, tuer la démocratie. Et je pense que c’est peine perdue parce qu’ils vont continuer à arrêter les gens parmi nous et nous allons nous battre ».

Le mouvement de mobilisation a pris du plomb dans l’aile. Depuis le 25 mars, la plupart de ses leaders ont été arrêtés. Avec les dernières arrestations, cela porte à 25 le nombre d’interpellations. Les principaux dirigeants du mouvement de contestation sont derrière les barreaux depuis près de 15 jours, dispersés dans des centres de détention en dehors de Niamey. Et ils le resteront jusqu’à la fin de l’instruction de leur dossier, a confirmé Mohammed Bazoum qui rappelle que le gouvernement est droit dans ses bottes. « Nous sommes un Etat et nous avons des lois, a-t-il conclu. Rappelant que toutes les manifestations de jours depuis le mois de janvier ont été autorisées ».

Pour le moment, j’ignore ce qu’il leur est reproché. Mais tout est parti de cette interdiction opposée par la délégation spéciale de la ville de Niamey par rapport à la tenue de la manifestation.

Yinoussa Djimraou, secrétaire général du Mouvement patriotique pour une citoyenneté responsable (MPCR)

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