Internet au Mali- Entre cherté des tarifs, corruption, arnaque dans les offres de promotion, difficultés à se connecter, large écart des prix appliqués, refus de la prise de responsabilité des autorités maliennes …: L’internet reste-t-il, encore un luxe ?

En dépit du blocage, la messagerie n’a pas disparu de l’Internet russe.

Bamako, AP- Les populations maliennes souffrent énormément des sévices d’opérateurs de téléphonie mobile, opérant sur l’étendue du territoire. Lesdits opérateurs, très astucieux, grugent les citoyens maliens, tout en les privant de possibilités d’accès à une connectivité indéfectible avec le reste du monde. Les prix appliqués sont hors de portée. Et, l’Etat indexé par la population, tirant probablement profit des activités de ces opérateurs, préfère garder le silence… Malitribune a fait une petite immersion dans cet univers aux allures d’arnaques injustifiées. Enquête…

Le Mali est le seul pays dans la sous-région ouest africaine, membre de l’Union économique et monétaire ouest africaine où l’internet reste encore un luxe. Contrairement aux autres pays de la zone comme le Sénégal et la Côte d’Ivoire, le coût de la connexion est deux fois plus élevé au Mali. Pourtant, ce sont presque les mêmes opérateurs de téléphonie mobile qui opèrent aussi bien au Mali que dans les autres pays. « Qu’est ce qui justifie alors la cherté de la connexion au Mali ? », se demandent de nombreux maliens qui ont des difficultés à se connecter au reste du monde.

Mariam Keita, commerçante de son état, rencontrée dans une des ruelles de la capitale du Mali, ne pouvant plus supporter les sévices et autres tortures des opérateurs de téléphonie mobile, établis dans son pays, rouspète. D’après cette brave femme, ce qui se passe au Mali avec la connexion est une aberration. Lasse d’entendre, elle interpelle les autorités étatiques sur la nécessité de prendre leurs responsabilités. Car, explique-t-elle, elles sont les seules, habilitées à mettre fin à cette dictature des différents opérateurs de téléphonie du pays.

En réalité, chez l’opérateur français, Orange, le prix du forfait varie selon le nombre de Mo ou de Gigabits. Ainsi, l’opérateur propose des forfaits prépayés ou forfait internet sur sa plateforme de souscription. Pour les forfaits prépayés, l’opérateur propose également deux sous rubriques ou options. Le client a le choix entre les forfaits mobiles prépayés ou le forfait mobile S’cool.

Pour les forfaits mobiles, Orange propose le forfait de 9 900 francs Cfa, de 25 000 francs Cfa et de 50 000 francs Cfa. Tandis que pour le forfait mobile S’cool, il faut attendre les promotions de l’opérateur. En outre, pour le forfait internet, là aussi, l’opérateur français a diversifié les options pour mieux grugés les clients. Ces derniers ont le choix entre le Pass jours ou Pass semaine.

En ce qui concerne la rubrique Pass jour, constate-t-on, le client devra choisir entre 10 Mo à 100 francs Cfa valable quatre jours, 50 Mo à 250 francs Cfa valable quatre jours également, 20 Mo à 100 francs Cfa valable un seul jour et enfin, 100 Mo à 250 francs Cfa valable un jour. Pour la Pass semaine, le client peut surfer sur 200 Mo à 500 francs Cfa, 500 Mo à 1 000 francs Cfa et 1,5Go à 2000 francs Cfa.

Par ailleurs, pour le Pass mois, Orange propose 1 Go à 2 000 francs Cfa, 3 Go à 5000 francs Cfa et 10 Go à 10 000 francs Cfa. Pour les noctambules, Orange Mali propose la Pass nuit de 600 Mo à 500 francs Cfa, 1,2 Go à 900 francs Cfa, 2,5 Go à 1 400 francs Cfa et 4 Go à 2 000 francs Cfa.

Alors que tout près de chez nous, au Sénégal par exemple, la connexion Wifi en illimité est à partir de 12 000 francs Cfa par mois. Pis, le flybox qui est vendu au Sénégal à 10 000 francs Cfa avec abonnement est cédé au Mali à 60 000 francs Cfa. Suffisant pour certains maliens de soutenir que l’opérateur ne contribue aucunement au développement économique du pays. Car, ces mêmes forfaits sont dix fois moins chers dans les autres pays de la sous-région.

Autre constat : cette fois-ci, avec l’opérateur historique dans le pays, Malitel, acheté par Maroc Télécom, c’est encore pire pour les clients. L’opérateur donne des forfaits à des prix exorbitants. Tout comme l’opérateur Orange, Malitel a également diversifié ses offres internet pour gruger mieux ses utilisateurs.

Sous ce registre, Malitel propose l’achat de forfaits internet et l’achat de forfait Data nuit. Et, dans la première option, l’opérateur propose 20 Mo à 100 francs Cfa, 50 Mo à 200 francs Cfa, 150 Mo à 500 francs Cfa, 400 Mo à 1000 Francs Cfa, 600 Mo à 2 000 francs Cfa, 1 Go à 2 500 francs Cfa, 2Go à 4 500 francs Cfa, 3 Go à 6 500 francs et 6Go à 12 500 francs Cfa. Pour la seconde option, Malitel propose à ses clients 600 Mo à 500 francs Cfa la nuit, 1,2 Go à 900 francs Cfa/nuit, 2,5 Go à 1 400 francs Cfa et 4 Go à 2 000 francs Cfa.

Pour le troisième opérateur, Télécel qui vient de s’installer dans le pays, il est toujours en promotion sur ses produits. Le nouvel opérateur de téléphonie mobile s’évertue intensément pour grignoter des parts de marché dans le bassin de ses deux autres concurrents. Pour l’instant, ses prix ne sont pas encore stables pour évaluer ou faire une comparaison avec Orange et Malitel.

Toutefois, la connexion reste toujours inaccessible pour les populations. Au Mali, il faut avoir suffisamment, de ressources financières pour avoir le Wifi au bureau et, à la maison. Une situation que Mamadou Diarra ne comprend toujours pas. « Une entreprise qui va chez Orange pour la connexion, on demande 300 000 francs Cfa cash pour bénéficier de cette connexion. Ce qui n’est pas normal », s’offusque-t-il, avec la dernière énergie.

 Pourtant, se connecter de nos jours, poursuit-il, est une nécessité pour être au courant de ce qui se passe dans le monde des affaires. « Dans tous les domaines, la connexion est importante pour toute entreprise. Bientôt, nous serons dans la Zone de libre-échange continentale africaine (Zleca). Donc, les autorités doivent réagir pour faire baisser le prix de la connexion. Ce sera un ouf de soulagement pour les entreprises. Mais aussi, pour la population qui souffre énormément », fait-il remarquer à qui de droit.

Parfum de corruption

 Les étudiants du Mali qui ont plus besoin de la connexion ne savent plus à quel saint se vouer. Ils ont toutes les difficultés du monde pour surfer sur la planète des connaissances. Pour l’étudiante, Fatoumata Coulibaly, l’Etat malien est le seul responsable de la fracture numérique entre le Mali et les pays voisins qui avancent à grand pas grâce au numérique. Le Mali, insiste-t-elle, stagne depuis des années dans le domaine des évolutions technologiques. « Partout dans le monde et en Afrique, la technologie est un enjeu pour le développement économique et social des pays. Mais, les autorités maliennes ne semblent pas l’avoir compris comme celles des autres pays. Tous les pays misent sur la technologie, l’intelligence artificielle et les autres innovations pour booster leur développement. Mais, au Mali, on a l’impression d’être dans les années 60 encore. Rien ne bouge dans ce sens », regrette-t-elle amèrement.

Pour d’autres, cette situation s’explique par la corruption dans le secteur des télécommunications au Mali. Ils soupçonnent un conflit d’intérêt entre ceux qui doivent veiller à une accessibilité grandissante de l’internet au Mali. En clair, ceux qui doivent veiller à ce que la connexion devienne moins chère au Mali ou à égal prix que les autres pays de la zone Uemoa et Cedeao, refusent de fournir des efforts ou faire des sacrifices pour satisfaire une population, loin d’être au diapason des nouvelles technologies. « Avec cette situation, certaines autorités gagnent plus d’argent que quand les forfaits deviendront encore moins chers. De nombreux riches du pays sont actionnaires dans ces sociétés. Donc, ils préfèrent ne rien changer pour gagner plus sur le dos des populations. Sinon, le prix des forfaits sont exorbitants, alors que la qualité est moyenne », confie un interlocuteur sous l’anonymat.

Sur ce, il assure que les opérateurs de téléphonie mobile dans le pays entretiennent certaines autorités, en charge de la régulation et du contrôle du secteur. « Il y a des personnalités dans ce pays qui touchent des milliards par an », soutient-il. Les maliens doivent davantage prendre leur mal en patience. Car, ce n’est pas demain la veille pour les maliens d’avoir une connexion no limit à bas prix.

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