DJIBY NDIAYE, DIRECTEUR GENERAL DE L’AGENCE NATIONALE POUR LES ENERGIES RENOUVELABLES : « On peut avoir de l’énergie en abondance dans tout le Sénégal»

 

Djiby Ndiaye, le Directeur Général de l’Agence nationale des énergies renouvelables (Aner)

Djiby Ndiaye, le Directeur Général de l’Agence nationale des énergies renouvelables (Aner)

AP- Djiby Ndiaye, le Directeur Général de l’Agence nationale pour les énergies renouvelables (Aner), reste d’avis que la mission principale de sa structure est de promouvoir les énergies renouvelables, dans les différents secteurs d’activités. L’Aner, créée au mois de mars 2013, retient-il, travaille sur toutes les formes d’énergies renouvelables, telles le solaire, l’énergie éolienne, la marémotrice, la biomasse etc.

L’Agence se voit assigner l’objectif d’atteindre 20% en 2017 de part d’énergie renouvelable dans le mix. Il faudra intégrer les énergies renouvelables dans les habitudes de consommation énergétique des sénégalais. Elle a fait des réalisations dans le domaine de l’éclairage public et, a fait bénéficier d’un accès à l’électricité à des bâtiments administratifs des zones enclavées et reculées. L’ingénieur polytechnicien trouve que les conditions de vie des sénégalais se sont beaucoup améliorées dans tous les domaines…

Afrique Presse : La création d’une Agence nationale pour les énergies renouvelables, est-elle, un impératif pour le Sénégal ?

Djiby Ndiaye : Permettez-moi d’abord de revenir un peu en arrière. Lorsque le Président de la République, Macky Sall est arrivé au pouvoir en 2012, il a fait un diagnostic du secteur de l’énergie et identifié trois principaux problèmes. D’abord le coût de l’électricité qui était très élevé, environ le coût était à 140 Fcfa/kwh. Ce qui nécessitait une subvention de l’Etat pour permettre aux sénégalais d’y accéder à un prix de 115 FCFA/KWH.

Une subvention qui à un moment donné atteignait 120 milliards de FCFA. Le deuxième problème est la dépendance à outrance aux énergies fossiles à hauteur de 90% de la consommation énergétique national. La plupart des énergies produites et consommées sont à base de produits pétroliers, estimés à plus de 90% et moins de 10% en provenance de l’hydro-électricité. Le troisième problème était le déficit de production. Il n’y avait pas suffisamment de production pour couvrir l’ensemble des besoins en énergie. Le taux d’électrification nationale  était relativement faible et mal distribué entre les zones rurale et urbaine.

En effet, le taux d’électrification rurale était d’environ 25%  et au niveau urbain autour de 80%. Après toutes ces analyses, le Président a décidé de prendre des mesures  correctives. Il fallait réduire le coût de production, améliorer l’accès aux services énergétiques modernes, réduire la facture pétrolière et réduire voire supprimer la subvention. L’une des solutions retenues à ce niveau était de promouvoir une diversification des sources de production pour aboutir à un mix énergétique.  Cela va augmenter le taux d’électrification, aussi bien urbain que rural.

Dans ce mix il ya l’introduction du gaz, du charbon mais principalement des énergies renouvelables. Le Sénégal dispose d’un énorme potentiel dans ce domaine ; on peut avoir de l’énergie renouvelable en abondance dans tout le Sénégal. On s’est dit qu’il faut faire de sortes que les énergies renouvelables soient beaucoup plus présentes dans les habitudes de consommation énergétique des sénégalais. Un objectif de 20% d’électricité d’énergie renouvelable a été fixé pour 2017 et une indépendance énergétique de 15% en2025. Voilà ce qui a principalement motivé la création de l’ANER.

Quel est l’apport des énergies renouvelables dans le processus de développement du Sénégal ?

 La part des énergies renouvelables dans la puissance installée en 2012 était à moins de 1%. Avec les réalisations de ces dernières années,  ce taux avoisine les 20%. Nous avons déjà, réceptionné deux grandes centrales de 20 mégawatts chacune. Il y a également trois autres centrales en construction. A terme, il y aura une centrale éolienne de 150 mégawatts qui sera construite en trois phases de 50 mégawatts. Sa construction va démarrer bientôt. Même, les travaux de terrassement ont déjà démarré. A terme, on va dépasser les 20%.

Est-il possible d’avoir un aperçu sur les différentes réalisations de l’Aner ?

Les réalisations que je viens de citer ne sont pas forcément celles de l’Agence. Ce sont des centrales réalisées dans le cadre de la production et de la vente de l’électricité par le secteur privé. L’Agence a fait d’autres réalisations dans le domaine de l’éclairage public. Nous avons fait bénéficier à beaucoup de bâtiments administratifs des zones enclavées et reculées, un accès à l’électricité grâce à la source renouvelable. Les bénéficiaires sont des écoles, des cases de santé etc., qui avaient des difficultés à avoir de l’électricité. Quand vous êtes dans des zones enclavées, il est difficile de tirer des lignes d’électricité à basse, moyenne ou haute tension. Le mieux dans ces zones reste l’énergie renouvelable. Même en ville, nous avons également, un programme pour accompagner les ménages à installer des kits solaires. C’est toujours dans le cadre de l’autoconsommation afin de les aider à réduire leurs factures d’électricité. Nous avons également un grand programme pour les bâtiments publics de l’Etat. Il consiste à rendre autonome leur consommation énergétique. Au-delà, nous accompagnons le maraîchage, l’agriculture de manière générale avec le pompage solaire et les femmes transformatrices de produits halieutiques avec le séchage solaire.

Quelles sont les contraintes de l’Agence par rapport à ses projets et programmes ?

Les principales  contraintes sont d’ordre financier. Nous avons des programmes qui nécessitent beaucoup d’argent. J’ai parlé tantôt de l’autonomisation en énergie des bâtiments publics. Cela demande des moyens financiers. Rendre autonomes tous les bâtiments publics ou la plupart des bâtiments publics, épargnerait à l’Etat le paiement des factures d’électricité. Aujourd’hui, ce sont des factures très salées. Nous avons également un programme d’éclairage solaire national. Il s’agit de l’installation de 50 000  lampadaires solaires dans les 45 départements du Sénégal. Un autre projet a pour objet l’accompagnement des maraîchers pour une substitution des motopompes qui utilisent du gasoil ou de l’essence avec des pompes solaires pour réduire les coûts de production. Il ne faut pas oublier non plus les Pme, les Pmi et les ménages. L’Aner est entrain de travailler avec l’Etat pour la mise en place de mécanismes de financement pour permettre à tout un chacun de bénéficier de ce genre de projet.

Qu’en est-il de l’accord de partenariat, signé avec le groupe industriel et énergétique français ?

C’est une convention de partenariat avec Engie pour accompagner le secteur privé, il s’agit des hôtels, des entreprises, des grandes surfaces etc. Souvent, ce sont des entités qui ont une grande consommation d’énergie. Elles peuvent prendre en charge aujourd’hui, une grande partie de leurs consommations, en installant des kits solaires. Engie, est prête à nous accompagner aujourd’hui, pour trouver à la fois des solutions techniques et financières attractives et durables à travers des mécanismes que nous allons développer de concert.

En termes de perspectives, quels sont les projets de l’agence dans son domaine d’intervention ?

Il y a beaucoup de projets. D’abord, il faut faire une étude et mettre en place un atlas pour mieux connaître le potentiel des énergies renouvelables au Sénégal. Un atlas sur la biomasse, sur l’énergie éolienne etc. Egalement, renforcer la formation pour avoir des compétences, des ressources humaines, capables de dimensionner, d’installer et maintenir les installations. Et, pour des infrastructures de qualité, il faut des compétences pour vérifier  et contrôler les équipements que nous importons. Actuellement, on se base seulement sur des certifications. Au-delà, il faut insister pour que les sénégalais installent des kits dans les maisons. Cela va soulager la Senelec et permettre à ce que l’électricité produite par les grandes centrales, puisse servir à autre chose qu’à alimenter des maisons. Pour y arriver, c’est vrai, il faut des moyens. Il faut accompagner ces ménages à accéder aux financements et avoir de bons équipements. Surtout, les aider à avoir des entreprises, capables de réaliser ces travaux.

Les sénégalais vont-ils suivre ?

Je lance un appel aux ménages, aux sénégalais, aux propriétaires des grandes surfaces, aux hôteliers etc., à penser à produire de l’électricité qu’ils consomment. Ils peuvent en acheter, mais, en produire parallèlement. Installer un Kit, ne serait-ce que pour prendre en charge l’éclairage dans une maison permet d’être autonome ou de réduire les factures. Le soleil est là, tout le monde peut en disposer. C’est vrai qu’installer un Kit solaire est un investissement. Mais, il peut s’amortir dans 4 à 5 ans maximum.

Propos recueillis par OW/AC

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