Le fils de Sophie Pétronin veut discuter «d’homme à homme avec Emmanuel Macron»

Sébastien Chabaud-Pétronin (illustration) lors d’un entretien à l’AFP, RFI et Radio France en novembre 2018.Thomas SAMSON / AFP

AP- « La France n’oublie pas l’otage Sophie Pétronin », a déclaré Emmanuel Macron, ce mardi aux Invalides, lors de l’hommage aux deux soldats français tués la semaine dernière au Burkina Faso. Comment réagit le fils de l’otage française détenue depuis plus de deux ans au Nord-Mali ? Jusqu’à présent, Sébastien Pétronin accusait le chef de l’État français de refuser de négocier avec les ravisseurs de sa mère et d’être prêt à sacrifier celle-ci. Aujourd’hui, au micro de Christophe Boisbouvier, il modère ses propos et demande un rendez-vous à l’Elysée.

RFI : Mardi, lors de l’hommage aux Invalides, Emmanuel macron a déclaré « Je pense, à cet instant, à Sophie Pétronin. Nous ne l’oublions pas. La France ne l’oublie pas, car la France est une nation qui n’abandonne jamais ses enfants », comment réagissez-vous ?

Sébastien Pétronin : J’essaie de ne pas me souvenir de ce qui s’est passé pendant deux ans et quatre mois et je me dis qu’aujourd’hui nous avons des signes très positifs, à la fois de madame Parly, de monsieur Le Drian et maintenant d’Emmanuel Macron en personne. C’est un peu encourageant pour notre affaire.

Ces derniers mois, vous avez accusé Emmanuel Macron de ne pas vouloir négocier avec les ravisseurs de votre mère et donc d’être prêt à sacrifier votre maman. Est-ce qu’aujourd’hui, vous maintenez ces accusations ou pas ?

Ce ne sont pas des accusations. C’est un constat. Il m’a semblé… Depuis pas mal de temps, je dirais en tout cas une année et demie, j’ai expliqué mon sentiment, qui était qu’une opération militaire n’était pas possible dans le cas de ma mère. Je crois que cela a été confirmé récemment par le chef d’État-major des armées. Donc ceci est un fait, maintenant, acté et établi. Pas d’opération militaire possible pour l’affaire Sophie Pétronin. Si monsieur Macron refuse toute négociation, il n’y a plus aucune perspective pour ma mère. Ce ne sont pas des accusations, mais c’est bien factuel. Je crois que l’on peut parler d’abandon et de sacrifice.

Il y a quelques mois, vous avez mis au défi Emmanuel Macron de vous dire en face qu’il ne voulait pas négocier. Est-ce que, ce mardi, aux Invalides, il ne vous a pas répondu, d’une certaine façon ?

Nous sommes beaucoup à penser qu’une réunion pourrait avoir lieu. Je le souhaite. J’ai multiplié les appels et j’essaie, aussi, de m’adresser à lui avec beaucoup de respect, puisqu’il ne faut pas oublier que c’est le chef des armées. C’est lui qui commande. Et ça, c’est indiscutable. Maintenant, je ne sais pas si cela va avoir lieu. Je l’espère. Je me suis, de toute façon, organisé. Je repars au Sahel. Je pense qu’avant de repartir, il serait très bon pour l’affaire Sophie Pétronin que, lui et moi, puissions échanger d’homme à homme. Et sans communication, sans… Je pense qu’une discussion d’homme à homme s’impose. J’espère que cela se fera. Et si cela ne se fait pas, de toute façon, je continue mon chemin.

Ce que vous espérez, maintenant, c’est une réunion, comme vous dites, entre le président de la République et vous ?

Oui. Je le souhaite sincèrement. C’est vraiment une discussion humaine que je veux avoir avec lui. Parce que je veux valoriser cette idée que j’ai eue, de retourner là-bas, afin de renouer un dialogue et d’établir un pont de communication avec ma mère. Si l’intervention militaire n’est pas possible et si une négociation n’est pas possible, cela ne veut pas dire que nous ne devons rien faire. Cela ne veut pas dire que nous ne pouvons pas l’aider. Donc, j’ai déjà décidé de repartir là-bas. J’essaie de faire comprendre au gouvernement qu’il est important que le fait de lui faire passer des médicaments, des messages, du soutien psychologique, de la présence… J’espère faire comprendre au gouvernement que, ça, c’est important. C’est-à-dire que, s’il n’y a pas négociation et s’il n’y a pas intervention militaire, cela ne veut pas dire que nous ne pouvons pas l’aider et dialoguer avec les gens qui la détiennent pour connaître leur état d’esprit et voir si nous ne pouvons pas envisager d’autres perspectives.

Cette petite phrase d’Emmanuel Macron, ce mardi aux Invalides, n’est-elle pas une petite victoire pour vous, dans la mesure où cela fait des mois que vous demandez au président français de sortir de son silence ?

Eh bien… C’est encourageant. Mais nous avons eu tellement de déboires dans cette affaire et tellement de souffrances, tellement d’attentes… Je parle d’elle, surtout. Et je pense qu’elle a entendu, aussi, les mots [du président]. Cela a dû être très réconfortant pour elle. Mais je pense qu’elle attend, aussi, plus que des mots. Et je pense que, maintenant, il faut que l’on arrive à mettre des actes. Les mots sont révélateurs d’une volonté de faire quelque chose. Maintenant, nous avons besoin de réaliser des actes.

Votre maman doit nous entendre en ce moment. Quel message lui adressez-vous ?

Je vais me répéter, mais je sais que pour elle ce n’est pas un problème. «Ma petite maman, je t’aime de tout mon cœur. Et je t’ai dit que j’allais me rapprocher à nouveau de toi. On était très proches l’un de l’autre au mois de décembre. On va à nouveau être très proches bientôt. Parce que je suis déterminé à t’apporter de l’aide et du soutien. Je te demande de tenir encore et de t’accrocher. Je t’aime ma petite maman ».

Et vous lui dites que, peut-être, des médicaments peuvent lui arriver ?

Pourquoi pas ? D’abord, connaître l’état d’esprit dans lequel se trouvent les gens qui la détiennent. Parce qu’il y a eu cette opération dramatique, mais elle est dramatique dans les deux sens.

Vous parlez de l’opération au Burkina Faso pour la libération de quatre otages, où il y a eu deux soldats français tués ?

Oui, bien sûr. Voilà… Je parle de ce drame. Et il faut, je dirais, calmer un peu les esprits et voir si l’on peut, déjà, reprendre la discussion que nous avons entamée au mois de décembre. Pour l’instant, c’est vraiment le premier objectif. Et à partir du moment où l’on peut recommencer à parler ensemble – j’espère qu’on arrivera à se reparler – nous pouvons, en marge de libération ou de tractations, de négociations… en marge de tout cela, nous pouvons savoir comment elle va. Est-ce qu’elle a besoin de médicaments spéciaux ? Est-ce qu’il est possible de lui faire porter une lettre qui la soutiendra psychologiquement ?

La dernière fois qu’elle s’est exprimée, vous étiez inquiet sur son état de santé.

Oui. Elle a dû faire face à une crise sévère de typhoïde. Et, évidemment, ce n’est pas la même histoire quand on est dans ces conditions-là, en détention, avec ce sentiment d’abandon. Elle a été, véritablement, à deux doigts de sombrer. Jusqu’à preuve du contraire, elle est toujours vivante. Mais il y a une grande interrogation, une grande inquiétude sur son état de santé.

Et vous êtes sûr qu’elle se battra, n’est-ce pas ?

Ma mère est une battante. « Ma petite maman, je sais que t’es un roc ». Et voilà… Mais, c’est dur. Je pense que, même si elle est costaude, je crois qu’elle traverse quelque chose d’incroyablement difficile et il faut que cela s’arrête, maintenant.

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