Moussa Ag Acharatoumane, secrétaire général du MSA : «Cette guerre, personne ne peut la réussir à notre place»

Moussa Ag Acharatoumane, secrétaire général du MSA

AP- En guerre contre les groupes terroristes dans la région de Ménaka, et en alliance avec le Gatia, le secrétaire général du Mouvement pour le salut de l’Azawad (Msa), Moussa Ag Acharatoumane, a la ferme conviction que personne ne fera la guerre à la place des Maliens. Il en veut pour la preuve la région de Ménaka qui stabilise grâce au concours de toutes les bonnes volontés. Les différentes communautés, jeunes et femmes, travaillent pour barrer la route à l’insécurité internationale qui n’est autre que le terrorisme. Dans cette interview, Moussa Ag Acharatoumane réagit par ailleurs à l’attaque terroriste contre le super camp de la Minusma à Tombouctou.

Cela fait deux mois que vos combattants plus ceux du Gatia mènent des patrouilles mixtes dans la région de Ménaka et plus précisément, à la frontière Mali-Niger. Comment les choses se passent ?

Moussa Ag Acharatoumane : Effectivement, nous menons ensemble des opérations. D’abord, on fait des patrouilles mixtes à l’intérieur de la ville de Ménaka avec les forces armées et de sécurité maliennes. Ce qui fait qu’aujourd’hui, la ville de Ménaka est stable. On a aussi lancé des offensives contre une organisation criminelle qui a rendu la vie impossible aux armées régulières, aux populations locales et à tout le monde dans cette région. C’est-à-dire tous les gens qui sont affiliés à Adnan Abu Walid El Saharaoui. Aujourd’hui, après deux mois d’opérations, les résultats sont assez satisfaisants. Parce que la plupart des bases de cette organisation criminelle ont été soit détruites, soit prises par nos éléments. Un bon nombre de leurs combattants ont été soit éliminés, soit fait prisonniers. Je tiens à préciser que ces opérations se font en coordination avec les forces maliennes et nigériennes, et bien évidemment, leur partenaire, c’est-à-dire la force Barkhane, qui agit dans le même domaine.

Pouvez-vous nous parler de votre alliance avec le Gatia et quels en sont les résultats sur le terrain ?

Vous savez, le Gatia et le Msa, ce sont deux communautés qui ont vécu ensemble contrairement à ce que beaucoup de gens pensent. L’exemple le plus frappant, c’est le général Elhadji Gamou et moi, nous sommes comme un grand-frère et un petit-frère, puisque nos familles ont toujours vécu ensemble. Donc c’est une alliance naturelle puisque nous sommes dans le même espace, nous vivons le même problème ; on a les mêmes objectifs. C’est pour ça qu’aujourd’hui, cette alliance est en train de remporter des résultats très importants pour nos différentes communautés et nos différentes populations. Pas seulement Imghads ou Dossaks, mais toutes les populations qui vivent le long de cette région. Cette entente entre les deux organisations est en train de faire en sorte que la région de Ménaka prenne une certaine forme d’autonomie. Elle est en train de réaliser certaines choses qu’on ne retrouve pas ailleurs.

Que sous-entend votre collaboration avec Barkhane ?

Barkhane a un ennemi qui est connu de tous ; Barkhane est au Mali pour lutter contre le terrorisme. L’armée malienne et celle du Niger ont les mêmes objectifs. Il se trouve que les mêmes criminels s’en sont pris à nos communautés. Aujourd’hui, nous sommes dans une logique de légitime défense. Nous sommes obligés de protéger nos populations et nos communautés. C’est dans ce cadre que nous avons lancé des offensives. Barkhane a saisi l’opportunité de s’associer de temps à temps à nos offensives, c’est-à-dire à nos opérations. Mais elle est toujours accompagnée soit de l’armée malienne ou de l’armée nigérienne. C’est à travers la présence de ces armées que Barkhane intervient, parce qu’elles combattent toutes le terrorisme. Parce que cette organisation est identifiée comme terroriste, c’est ce qui justifie l’intervention de Barkhane.

Si Ménaka se stabilise, les populations vaquent à leurs occupations, le reste du territoire est sous l’emprise des terroristes. Illustration : l’attaque contre le super camp de la Minusma à Tombouctou. Comment expliquez-vous cela ?

Aujourd’hui, il faut que les Maliens sachent que ce n’est ni à la France, ni à la Minusma de faire la sécurité et de ramener la paix à nos populations à notre place. D’abord, nous, notre devoir, notre mission, c’est de se donner la main dans un premier temps, se réconcilier. Dans un deuxième temps, essayer de contrer cette menace et nous en sommes les premières victimes. Cette guerre, personne ne peut la réussir à notre place, et personne ne peut la faire mieux que nous.

La preuve, c’est qu’aujourd’hui, les zones dans lesquelles les populations se sont engagées, ce sont des zones dans lesquelles on a des résultats. Ce sont des zones dans lesquelles on est en train de respirer. Et les zones dans lesquelles les populations restent les bras croisés, elles restent dominées par ces organisations totalitaristes. Malheureusement, même si Barkhane est là, même si l’armée est présente, si la population ne collabore pas, c’est quelque chose qui ne va jamais aller de l’avant. C’est la raison pour laquelle, on insiste sur le fait qu’aujourd’hui, il est extrêmement important que les Maliens sachent que cette mission c’est la leur, c’est leur devoir. C’est à eux de sécuriser leur espace, les partenaires sont là pour les aider, les accompagner. Mais en aucun cas pour faire la sécurité à leur place parce qu’ils ne peuvent même pas le faire. Quand vous ne connaissez pas ces populations nomades, quand vous ne connaissez pas nos espaces, vous ne pourrez même pas faire la différence entre qui est bon, qui est mauvais. Ce travail-là, cette distinction ne peut être faite que par les locaux.

Est-ce à dire que vos hommes ne rencontrent pas de difficultés ?

C’est une mission qui n’est pas du tout facile. Nous, par exemple, ce qu’on fait à Ménaka, contrairement à ce que d’autres gens pensent, personne ne nous soutient. C’est vraiment des efforts des populations, des mouvements et des locaux, qui sont en train de se battre contre une menace internationale. Ce qui fait qu’on a des difficultés parce que toute cette organisation coûte cher sur le plan financier et logistique. Il n’y a aucun accompagnement. C’est quelque chose qui n’est pas facile. Mais jusqu’à présent, on tient. Mais il est extrêmement important que la machine étatique et celle de la communauté internationale s’activent pour venir en aide à cette dynamique-là. Elle n’est pas facile, on a des difficultés, mais on continue à les surmonter.

Propos recueillis par Kassim TRAORE

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