Juan Manuel Santos: «Les FARC n’existent plus en tant que groupe armé»

Capture d'écran de France 24 où l'on voit le président colombien, Juan Manuel Santos, lors de son entretien avec RFI et France 24, le vendredi 23 juin 2017.

Capture d’écran de France 24 où l’on voit le président colombien, Juan Manuel Santos, lors de son entretien avec RFI et France 24, le vendredi 23 juin 2017.

AP- Le président colombien Juan Manuel Santos est en France dans le cadre d’une visite officielle, mais également pour le lancement de l’année de la Colombie en France. L’occasion pour RFI et France 24 de s’entretenir avec celui qui a reçu le prix Nobel de la paix en 2016 pour ses efforts en faveur du processus de paix avec les Forces armées révolutionnaires de Colombie, les FARC. Et c’est justement ce vendredi que pourrait être annoncée la fin du désarmement des FARC, une étape très importante dans le processus de paix. Entretien avec Juan Manuel Santos.

 Est-ce que la fin de cette étape peut être confirmée ?

Juan Manuel Santos: Le désarmement s’est fait en plusieurs phases. La première phase, la remise de 30% des armes, la seconde : encore 30% et la troisième phase, qui a débuté le 20 juin, va s’achever aujourd’hui. Donc c’est aujourd’hui, deux jours avant la date fixée, que les Nations unies doivent annoncer que cette dernière phase est terminée, ce qui signifie que le désarmement est réellement terminé. Les FARC n’existent plus en tant que groupe armé et c’est historique pour la Colombie. C’est à partir de maintenant que l’on peut sentir que commence la paix. »

Vous êtes actuellement en visite en France et vous avez rencontré le président Emmanuel Macron qui a promis 350 millions d’euros pour le financement du post-conflit. Ce financement justement est source de préoccupation. Quelles garanties pouvez-vous donner aujourd’hui quant à la solvabilité du financement du post-conflit ?

Le post-conflit va durer longtemps. On s’est donné 15 ans pour atteindre tous les objectifs que nous nous sommes fixés. Il faut amener le développement dans certaines régions. Il faut construire des infrastructures. Tout ça est en train d’être mis en route avec des plans très précis, très spécifiques, surtout dans les municipalités qui ont été affectées par le conflit. C’est une très grande opportunité pour la Colombie. Il reste la moitié du pays à développer, précisément par ce que le conflit n’a pas permis à l’Etat d’y être présent. Désormais nous serons présents.

Il y a des questions sur le fait que vous ayez verrouillé cet accord de paix. Il y a des gens dans votre pays qui ne sont pas d’accord. Ils souhaitent le modifier, voire l’éliminer.

Cet accord est irréversible. On est arrivé à un point de non-retour. Qui pourrait imaginer que les FARC, après avoir déposé leurs armes, les reprennent pour retourner dans les montagnes et reprendre la lutte, ça n’a aucun sens. En plus cet accord est désormais inscrit dans notre Constitution. Bien sûr qu’il y a des gens qui ne sont pas d’accord. Dans tout processus de paix il y des gens qui auraient préféré davantage pour les uns ou pour les autres, c’est normal. Un processus de paix, par définition, ne peut pas être parfait, il est imparfait. Mais croyez-moi : la paix c’est toujours mieux que la guerre.

Permettez-moi de reprendre une de vos citations : « Une justice parfaite ne permet pas la paix ». Cela signifie qu’une justice transitionnelle implique inéluctablement une certaine impunité ?

Pas une impunité. Il s’agit d’une justice différente par rapport à celle à laquelle nous sommes habitués, c’est-à-dire la justice punitive qui met les gens derrière des barreaux, les enferme pendant 40 ans pour les crimes commis. La justice transitionnelle a été inventée justement pour faciliter les processus de paix. C’est une justice réparatrice. Mais ce qui est important dans ce processus, c’est qu’il n’y aura pas d’impunité pour les plus hauts responsables de crimes de guerre et de crimes contre les droits de l’homme.

Aujourd’hui, c’est une journée historique concernant les FARC, mais il existe une autre guérilla en Colombie, l’ELN, l’Armée de libération nationale. Il y a des négociations depuis plusieurs mois en Equateur, mais peu de progrès. Espérez-vous qu’avec le processus avec les FARC, les négociations vont enfin avancer ?

Je l’espère. Mais je ne peux pas le garantir, car pour négocier il faut être deux. Comme vous l’avez dit, les négociations sont lentes, mais elles doivent s’accélérer sinon l’Histoire laissera derrière elle l’ELN et ils le savent. La Colombie ne mettra pas en place une autre justice transitionnelle, un autre schéma de post-conflit. J’espère qu’ils comprennent qu’ils doivent prendre ce train de la paix, car c’est la solution pour tout le monde.

Monsieur Santos, vous bénéficiez d’une forte popularité au niveau international, vous avez reçu le prix Nobel de la paix. Pourtant votre popularité en Colombie est très basse, à peine 14%. Il y a beaucoup de Colombiens qui n’approuvent pas votre gestion. Il y a des grèves dans beaucoup de secteurs. Des gens se plaignent et disent que vous vous êtes plus occupé de la paix et que vous avez oublié les autres réalités sociales du pays. Que leur répondez-vous ?

Le taux de croissance en Colombie est le plus élevé au monde mis à part la Turquie. Nous avons sorti plus de 5 millions de personnes de la pauvreté, ce qu’aucun gouvernement colombien n’avait fait jusqu’à présent. Les indicateurs sociaux ont grimpé comme jamais en Colombie. Je leur répondrais donc que ce sont des faits, ce ne sont pas des choses qu’invente le gouvernement. Nous sommes en train de moderniser le pays. Et désormais avec la paix nous pourrons aller encore plus loin. Et la popularité m’importe peu. Le capital politique est fait pour être dépensé, pas pour être préservé. Je me dois de faire les choses nécessaires, pas ce qui est populaire. C’est ce que l’histoire retiendra.

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