Miryam Haddad, l’artiste syrienne derrière l’affiche du Festival d’Avignon 2019

L’artiste syrienne Miryam Haddad à Avignon.

AP- L’affiche officielle du 73e Festival d’Avignon, créée par la jeune Syrienne Miryam Haddad, est une invitation à la découverte. Plein de couleurs et personnages, ses toiles s’apparentent parfois à des pièces de théâtre. Rencontre avec l’artiste-peintre pour qui « la peinture est quelque chose de sacré qu’on ne peut pas vraiment expliquer ».

RFI : Pourquoi avez-vous caché un crocodile dans l’affiche du Festival d’Avignon 2019 ?

Miryam Haddad : Ce n’était pas exprès un crocodile [rires]. C’est ma manière de travailler. Je ne veux jamais donner des informations très faciles aux spectateurs pour qu’ils puissent prendre leur temps devant les œuvres, s’arrêter, découvrir ce qui se passe.

En tant que peintre, vous avez réussi à entrer au Festival d’Avignon. Quelle est votre relation avec le théâtre ?

Tous les dimensions de l’art sont très liées, pas seulement la peinture et le théâtre, mais la peinture et le théâtre sont depuis très longtemps très proches. Je travaille également mon imagination, je crée des personnages, je les déguise, je les mets en scène. Pour moi, ils sont comme des acteurs.

Vous vous sentez proche de l’univers de Soutine, James Ensor ou Oskar Kokoschka.À première vue, vos peintures semblent abstraites. Pour vous, une couleur est-ce un personnage ?

Pas vraiment un personnage, plutôt une sensation. La question de l’abstraction s’est toujours posée dans ma peinture. Ce que m’intéresse, c’est vraiment jouer sur cette ligne qui lie et sépare en même temps la figure et l’abstrait. Depuis mes débuts, la couleur est très présente dans la peinture. D’abord, c’était de manière instinctive, après, j’ai découvert que c’est très intéressant de travailler sur des extrêmes des couleurs, comme dans des extrêmes de la matière, des personnages, des expressions.

Sauriez-vous retrouver le crocodile caché dans « Agonia », le tableau de Miryam Haddad, qui est devenu l’affiche officielle du Festival d’Avignon ?Siegfried Forster / RFI

Par rapport à la couleur, j’essaie de donner aux spectateurs cette impression que la peinture qu’ils voient est vraiment très joyeuse, très gaie, avec beaucoup d’énergie et donnant beaucoup d’espoir. Et quand ils passent plus de temps devant l’œuvre, les mêmes couleurs deviennent plus dures et plus violentes, au point de fatiguer l’esprit. Pour moi, c’est très intéressant de créer ce sentiment chez les gens.

Vous êtes née en 1991, en Syrie, à Damas. Où et comment avez-vous appris la peinture ?

Très petite, déjà, je savais que c’est ça que je voulais faire. C’est étrange, mais j’ai commencé à dessiner quand j’étais très jeune, je n’avais même pas dix ans. Après, j’ai pris plein de cours, j’ai continué à dessiner, à faire beaucoup d’aquarelles et de dessins à fusain. Pour moi, c’était évident d’aller à l’université de Damas.

En 2011, j’y ai commencé vraiment à peindre, mais la peinture là-bas est très différente de la peinture ici en France ou ailleurs. A l’université là-bas, ce sont toujours des projets très académiques, très classiques, très réalistes. Chaque semaine, il y a des projets : la nature morte, des portraits, des modèles vivants… Du coup, j’ai appris la base de la peinture là-bas. Quand je suis arrivée en France, c’était l’inverse. Aux ateliers des beaux-arts à Paris, c’était la liberté totale. Et c’est là où j’ai commencé à chercher et à construire ma propre peinture.

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