Les Congolais appelés aux urnes pour les élections législatives et locales

Un panneau à l'entrée de Kinkala, dans le Pool. Dans cette circonscription comme dans sept autres de la province, les scrutins n'auront pas lieu.

Un panneau à l’entrée de Kinkala, dans le Pool. Dans cette circonscription comme dans sept autres de la province, les scrutins n’auront pas lieu.

Brazza, AP – Les quelque 2 millions d’électeurs congolais sont appelés à voter ce dimanche 16 juillet. Les bureaux sont ouverts de 7h, heure locale (6h TU) à 18h (17h TU) pour ces scrutins législatif et local, couplés pour la première fois. En revanche, ces élections sont reportées dans plus de la moitié des circonscriptions du Pool en raison de l’insécurité et du déplacement massif des populations.

Samedi, les autorités congolaises ont finalement décidé de reporter les opérations de vote dans 8 des 14 circonscriptions de la province du Pool, affectées par le conflit qui dure depuis plus d’un an. L’insécurité y est toujours de mise et près d’un tiers des habitants de ce département est déplacé.

« Le vote, dans ces localités, malheureusement, n’aura pas lieu en raison de ce que nous avons pu y constater des mouvements importants de populations déplacées. Nous rendons compte de cela dans les termes qui conviennent et dans un rapport circonstancié au gouvernement », a expliqué Henri Bouka, président de la Commission électorale indépendante.

Dans le reste du pays, 81 319 candidats sont en lice sur 1 189 listes pour les locales qui se déroulent à un tour. 1 158 sièges sont à pourvoir.

Les législatives se jouent à deux tours en revanche. Suite au nouveau découpage électoral, 151 circonscriptions sont en jeu. 711 candidats se disputent les sièges de la future Assemblée nationale, dont près des trois quarts sont considérés comme proches de la majorité présidentielle.

En tout, plus de 33 000 agents électoraux ont été mobilisés.

La date du second tour n’a pas été fixée pour le moment. Elle le sera une fois que les résultats officiels du premier tour auront été validés et proclamés, explique une source gouvernementale. Probablement en fin de semaine prochaine.

Les enjeux

Pour les autorités, ces élections doivent « finaliser l’installation de la nouvelle République » instaurée par le référendum de 2015. Un an après la réélection contestée par certains du président Denis Sassou-Nguesso, Brazzaville pourrait aussi en profiter pour tenter clore un éventuel débat en légitimité en s’assurant une majorité confortable à l’Assemblée. D’autant qu’en l’absence de plusieurs coalitions de l’opposition, le parti au pouvoir et ses alliés représentent l’immense majorité des candidats.

Résultat, c’est peut-être au sein même de la majorité présidentielle que la véritable bataille va se jouer avec quelques duels fratricides en perspective.

Les observateurs attendent en particulier de voir quelle place sera réservée dans la future Assemblée aux candidats soutenus par Denis Christel Sassou-Nguesso, le très influent fils du chef de l’Etat dont on dit le poids grandissant dans le paysage politique congolais.

L’autre bataille qui se joue, c’est celle pour le nouveau poste de chef de l’opposition, créé par la nouvelle Constitution, puisqu’il reviendra à la principale force d’opposition de la future Assemblée.

Autre inconnue déterminante pour la crédibilité du scrutin : le taux de participation, alors qu’une partie de la société civile appelle les Congolais à bouder le scrutin et à rester chez eux dans un climat général de défiance vis-à-vis de la classe politique, et tandis que le pays traverse une crise économique et sociale profonde.

Les forces en présence

Principale force en présence donc, et de loin, le Parti congolais du travail (PCT), majoritaire dans l’actuelle Assemblée. Le parti au pouvoir est le seul à aligner des candidats dans les 151 circonscriptions du pays et pourra en plus compter sur des indépendants proches du pouvoir ainsi que plusieurs formations alliées, RDPS, MAR ou encore MCDDI, désormais dirigé par Landry Kolelas, depuis que son frère Guy-Brice Parfait Kolelas a quitté la majorité.

Face à eux, l’opposition se présente en ordre dispersé. La coalition créée pour la présidentielle de 2016 s’est effritée. D’un côté, le camp du refus avec notamment Claudine Munari et Charles Bowao, toujours regroupés au sein de la coalition IDC-FROCAD-CJ3M. A leurs yeux, le contentieux électoral de l’an passé n’est pas soldé et le conflit qui sévit dans le Pool aurait justifié un report du scrutin pur et simple. Ils ne présentent donc pas de candidats. Tout comme l’ancien ministre, Mathias Dzon, qui plaide lui pour un boycott pur et simple.

Dans l’autre camp, il y a les opposants qui ont choisi la realpolitik. Même s’ils ne seront pas présents partout, Guy-Brice Parfait Kolelas aligne une trentaine de candidats. Lui-même candidat dans le district de Kinkala, dans le Pool, ne pourra être élu puisque le vote est reporté dans cette circonscription. Quant à Pascal Tsaty Mabiala, son parti, l’UPADS, est le seul à avoir un groupe parlementaire dans l’actuelle Assemblée et compte bien le conserver, même s’il ne présente que 43 candidats contre 70 en 2012. La faute, entre autres selon lui, au montant de la caution réclamée à chaque candidat et fixée cette année à 1 500 000 de francs CFA (près de 2 300 euros).

Tension dans le nord-ouest

La campagne électorale s’est déroulée sans heurts notables. A signaler, tout de même, cette tension dans la circonscription électorale de Kellé dans la Cuvette ouest (nord-ouest du pays). Samedi soir, plusieurs centaines des jeunes électeurs ont convergé vers la résidence du sous-préfet, qui est le président local de la commission d’organisation des élections. Ils lui reprochaient d’avoir publié une liste de responsables des 45 bureaux de vote du secteur constituée uniquement de représentants du Parti congolais du travail, le parti au pouvoir. Les six autres candidats, tous des indépendants, exigent une représentation plus équilibrée et menacent de bloquer le vote ce dimanche.

Des duels à surveiller

Si à Tchikapika et à Oyo, dans la Cuvette, les candidats du PCT – au pouvoir – Jean-Jacques Bouya et Denis Christel Sassou-Nguesso sont assurés de l’emporter à 100% ou presque dès le premier tour, tout comme Hugues Ngouélondélé à Gamboma 1 dans les Plateaux, le duel paraît plutôt rude à Gamboma 2 entre le jeune Antoine Bienaimé Obam’Ondon investi par le PCT et l’indépendant Emmanuel Obami dit « Sayo », le directeur général de la fonction publique.

Dans la Cuvette ouest, notamment à Kellé, Grégoire Léfouoba, ministre de l’Agriculture sous le régime du président Pascal Lissouba (1992-1997), et son ancien directeur de cabinet Thierry Obié ne vont pas se faire cadeau. Le premier a bravé le PCT qui ne l’a pas investi alors que le second l’a été.

Dans la commune de Kinkala, dans le Pool où le scrutin est reporté pour le moment, le match semblait en tout cas loin d’être joué d’avance entre l’indépendante Andréa Carole Sassou-Nguesso, Nick Fylla, ministre de l’Enseignement technique et le candidat de l’Union des démocrates humanistes (UDH-Yuki), Fidèle Kandza.

Au nombre de ces duels, on peut encore citer celui qui va opposer Jérémy Lissouba à Dolisie 1, à Juste Bernardin Gavet de la Force montante congolaise affiliée au PCT. De tous ces prétendants, personne ne s’avoue vaincu. Aux électeurs de les départager.

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