Elections au Kenya: Kenyatta donné en tête, Odinga dénonce un «piratage»

Des affrontements entre manifestants pro-Odinga et forces de l'ordre ont éclaté ce mercredi 9 août à Kisumu.

Des affrontements entre manifestants pro-Odinga et forces de l’ordre ont éclaté ce mercredi 9 août à Kisumu.

Nairobie, AP- Uhuru Kenyatta est en tête face à Raila Odinga, selon des chiffres encore provisoires publiés par la Commission électorale ce mercredi 9 août, portant sur les résultats de 95% des bureaux de vote. La coalition d’opposition ne reconnaît pas ces chiffres provisoires, Raila Odinga juge que « le piratage a affecté la crédibilité des élections ». Des échauffourées ont éclaté à Kisumu, bastion de l’opposition. Au moins un manifestant a été tué à Mathare, un quartier de Nairobi.

Selon des résultats provisoires disponibles à 15h50 T.U. sur le site de la Commission électorale – et portant sur le dépouillement de 96,53% des bureaux de vote -, le président sortant Uhuru Kenyatta est crédité de 54,32% des suffrages, soit dix points de plus que Raila Odinga (44,80%).

« L’élection kényane 2017 est une fraude et le piratage a affecté la crédibilité de cette élection. Ces résultats sont faux, c’est une imposture », a accusé Raila Odinga lors d’une conférence de presse ce mercredi matin, rapporte l’un des envoyés spéciaux de RFI sur place.

Odinga promet des preuves dans la journée

Selon le chef de l’opposition, le pirate informatique serait rentré dans le système aux alentours de minuit. Il aurait pour cela utilisé les codes d’accès de Chris Msando, directeur du pôle technique de la Commission électorale indépendante (IEBC), retrouvé mort dans des circonstances mystérieuses fin juillet. Les pirates, selon lui, auraient manipulé les données, infiltré des programmes à l’intérieur du système. Tout cela aurait créé une différence de 11% dans les résultats, sachant que le président a environ 10 points d’avance dans le décompte provisoire.

Raila Odinga affirme détenir des preuves, qu’il refuse cependant de rendre publiques afin, dit-il, de « protéger [sa] source ». « C’est une catastrophe, une attaque contre notre démocratie, mais nous avons pu identifier le trucage. « Uhuru Kenyatta doit partir » et la volonté du peuple ne peut être bafouée », a-t-il déclaré.

La coalition Super Alliance Nationale (NASA) a promis de présenter les preuves de ses allégations aux différents observateurs dès cet après-midi. Des observateurs qui n’ont pourtant fait état d’aucune irrégularité. Au contraire, ils se félicitaient comme beaucoup de Kényans hier soir du travail de la Commission électorale.

La Commission électorale répond aux critiques

Le chef de la commission électorale kényane (IEBC) s’est également exprimé en fin de matinée. Wafula Chebukati a rappelé que les chiffres mis en ligne n’étaient pas les résultats officiels et que ceux-ci seront donnés après examen des vrais procès-verbaux – papiers – acheminés depuis hier, rapporte l’un des envoyés spéciaux de RFI au Kenya.

« Le seul problème, qui a été soulevé par l’opposition concerne la transmission des résultats, pas le processus électoral dans son ensemble. C’est pourquoi la commission va aller plus loin et ne se contentera pas des résultats transmis de manière électronique », a précisé Wafula Chebukati au micro de RFI.

« On est en train de faire venir les procès-verbaux originaux pour vérification avant l’annonce des résultats officiels. Il nous reste cinq jours pour le faire et ce sera fait », a-t-il insisté.

Sur les accusations de piratage du système, « Ce ne sont pour l’instant que des allégations », insiste-t-il, promettant par ailleurs une enquête interne. « Des inquiétudes ont été exprimées et nous ne pouvons pas les ignorer. Nous gardons confiance en notre système, mais pour l’instant je ne peux pas vous confirmer ou démentir un piratage informatique », a-t-il également insisté.

Nous gardons confiance en notre système, mais pour l’instant je ne peux pas vous confirmer ou démentir un piratage informatique.
Wafula Chebukati

Affrontements à Kisumu

Bien que Musalia Mudavadi, ancien vice-président et allié de Raila Odinga dans cette élection, a insisté lors de la conférence de presse donnée par le candidat de l’opposition pour demander aux Kényans de « rester calme », des échauffourées ont éclaté dans la matinée.

Des affrontements ont opposé policiers anti-émeute et manifestants à Kisumu, grande ville de l’ouest du pays qui est l’un des fiefs électoraux de l’opposition. Les forces de l’ordre ont tiré des grenades lacrymogènes en direction de plusieurs centaines de manifestants qui avaient érigé des barricades.

Au moins un manifestant a été tué par balles dans le quartier de Matharé, à Nairobi, selon les informations de RFI. D’autres bilans font état de deux personnes tuées. « Ils faisaient partie d’un groupe qui manifestait dans ce secteur et les policiers ont été envoyés sur place pour restaurer l’ordre. On nous rapporte que plusieurs d’entre eux étaient aussi des voleurs qui profitaient de la situation », a déclaré un policier à l’Agence France-Presse, sous couvert d’anonymat.

Situation tendue depuis mardi soir

Depuis mardi soir, le chef de l’État sortant fait la course en tête devant son principal adversaire. Dans la nuit, le camp de Raila Odinga avait déjà reproché à la Commission électorale indépendante (IERC) de ne pas être assez transparente et de ne pas communiquer ses procès-verbaux (PV) qui seraient susceptibles de confirmer les chiffres transmis électroniquement et diffusés en temps réel sur le site internet de la Commission.

Le directeur général de l’institution, Ezra Chiloba, a alors répondu que les résultats affichés étaient bien basés sur les fameux PV et que le décompte allait continuer. « Nous entrons désormais dans la phase la plus critique du cycle électoral », avait alors prévenu le chef de l’IEBC, Wafula Chebukati, en début de soirée, appelant les Kényans à la patience.

La commission électorale a justifié son choix de poursuivre la diffusion régulière des résultats partiels par souci de « transparence envers les électeurs et le peuple kényan ».


Des urnes dans un centre de dépouillement à Mombasa, au Kenya, ce mercredi 9 août 2017. © REUTERS/Siegfried Modola

En 2007, les protestations après les résultats avaient entraîné une terrible crise. Les violences avaient fait plus de 1 000 morts et un demi-million de déplacés. En 2013, Raila Odinga, qui était déjà candidat,  avait contesté et porté l’affaire devant la Cour suprême, mais sans succès.

Le taux de participation n’a pas encore été communiqué par l’IEBC. Six autres petits candidats étaient en lice dans cette élection et leurs voix ne pesaient pas plus d’1% au total, toujours selon les résultats partiels de la Commission électorale.

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