Indonésie: internet bloqué en Papouasie, renforts militaires déployés

Quelque 1200 policiers et militaires ont été envoyés en renfort dans la province indonésienne de Papouasie secouée par des émeutes depuis le début de la semaine.

AP- Le gouvernement indonésien a confirmé jeudi avoir bloqué l’accès à internet dans sa province de Papouasie secouée par des émeutes depuis le début de la semaine,  craignant que la propagation de contenus racistes en ligne n’alimente les troubles.

Plusieurs villes connaissent depuis le début de la semaine des manifestations qui ont dégénéré par endroits en émeutes avec des bâtiments officiels incendiés et des heurts avec la police dans cette région pauvre située à l’extrême est de l’archipel indonésien. L’arrestation pendant le week-end à Surabaya, sur l’île de Java, de 43 étudiants papous et des injures à caractère raciste dont ils ont été la cible ont provoqué un mouvement de colère en Papouasie.

L’Indonésie présente la coupure des communications comme une mesure préventive, alors que les manifestations continuent. Les autorités ont commencé par demander aux opérateurs mobiles un ralentissement des réseaux internet, invoquant le besoin de combattre les « infox » ou les commentaires provocateurs et racistes contre les Papous, issus de plusieurs ethnies mélanésiennes, avant de bloquer la fourniture internet mobile.

Ce jeudi matin, l’accès internet était complètement bloqué a indiqué Ferdinandus Setu, porte-parole du ministère des Télécommunications. « Il y avait un très grand nombre de contenus racistes et provocateurs en ligne (…) qui est devenu viral », a-t-il expliqué. Les trois opérateurs desservant la région ont coopéré au blocage de l’internet mobile, même s’il était toujours possible de se connecter par le wifi ou par d’autres moyens.

Le calme semblait revenu jeudi dans la province après l’arrivée de renforts de quelque 1 200 policiers et militaires. Quarante-cinq manifestants ont été arrêtés et le ministre chargé de la Sécurité Wiranto est arrivé sur place mercredi soir avec les commandants en chef de la police et de l’armée.

Surveillance constante des services de renseignement indonésiens

Dans la capitale Jakarta, une manifestation en faveur de l’indépendance de la Papouasie a rassemblé plus d’une centaine de manifestants. La région qui abrite quelque 3 millions d’habitants est riche en ressources naturelles.

Les Papous dénoncent depuis des années la politique discriminatoire du gouvernement de Jakarta. Avec leur peau plus foncée que la majorité des Indonésiens, ils sont tous les jours victimes de mépris et de moqueries, traités de singes, de moins que rien, d’étrangers, de pestiférés. Sans parler de la présence militaire dans l’ensemble de la région, du fait de la rébellion indépendantiste active en Papouasie depuis des années. Les Papous vivent presque à huis-clos sous surveillance constante des services de renseignement indonésiens qui empêchent la presse de travailler librement.

La Papouasie s’est déclarée indépendante en 1961, mais l’Indonésie en a pris le contrôle par la force en 1963 et l’a officiellement annexée en 1969 après un référendum d’autodétermination controversé. De nombreux Papous réclament l’indépendance, à l’instar de la Papouasie Nouvelle-Guinée, autre moitié de cette grande île qui l’a obtenue en 1975 après avoir été une colonie australienne.

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