Tunisie: le regain d’intérêt des jeunes pour voter

De jeunes Tunisiens attablés à un café. Plus de 7 millions d’électeurs inscrits sur les listes électorales sont appelés à choisir parmi 26 candidats le chef de l’État tunisien dimanche 15 septembre. (Image d’illustration)FETHI BELAID / AFP

Tunis, AP- Au printemps dernier, l’instance en charge des élections a mené une grande campagne pour inciter les non-inscrits à rejoindre le corps électoral. Plus d’un million de personnes, dont plus de 60 % de jeunes de moins de 25 ans, se sont inscrites. Un phénomène surprenant à l’heure où l’on disait la jeunesse tunisienne désintéressée de la politique.

Dans ce quartier populaire d’une petite ville côtière, Khaled est fier de s’être inscrit sur les listes électorales. Cet étudiant qui sirote un café en terrasse veut être acteur du changement : « Bien sûr que je vais voter. On espère que ça change un peu. C’est pour ça qu’il faut vraiment qu’on aille voter parce que là tout de suite au pays, il n’y a plus rien qui nous force à avoir espoir dans les lendemains. Donc on espère vraiment avoir un bon président et des gens qui veulent changer les choses. C’est tout, faut vraiment qu’on bouge, faut vraiment qu’on aille de l’avant, qu’on essaie de faire bien les choses cette fois. »

Un enthousiasme que ne partage pas Ahmed, la vingtaine : « Moi personnellement je ne vais pas voter, ce n’est pas mon truc. » Même s’il reconnait qu’il n’était pas loin de s’inscrire pour faire comme ses amis.

« Un changement lié à l’ouverture de l’espace public »

Huit ans après la révolution, ce phénomène d’inscription massive des jeunes Tunisiennes et Tunisiens est encourageant selon Foued Ghorbali. Ce sociologue spécialisé sur la jeunesse tunisienne s’interroge tout de même sur les bénéficiaires des nouveaux votants. « Je pense que c’est un changement lié à l’ouverture de l’espace public. Mais ce qui nous étonne, c’est cette orientation, surtout de la jeunesse populaire, celle qui souffre de problème d’insertion sur le marché de l’emploi. Leurs orientations vont vers des personnes populistes parce que cette jeunesse cherche des réponses à ses problèmes. Mais le système traditionnel et les personnes politiques traditionnelles n’ont pas réussi à présenter d’offres crédibles. »

Sans rejeter complètement le système en place, Sirine ne cache pas sa détermination à changer les choses. Inscrite depuis mai sur les listes électorales, pas encore vingt ans, la jeune femme a conscience du pouvoir de sa voix : « Oui, je vais aller voter parce que ça va changer mon avenir, ça va toucher tout mon futur, ça va l’influencer. On commence à croire en notre pays pas en la politique et surtout en les nouvelles personnes qui sont sur le territoire parce qu’il y a beaucoup de nouveaux, beaucoup de volontaires pour changer le pays et beaucoup de personnes sont optimistes, on voit vraiment quelque chose qui va changer », martèle-t-elle.

De l’élan démocratique à la force politique

Puis Sirine ajoute :« Améliorer l’éducation et la santé, c’est la priorité. Si un peuple n’est pas bien éduqué, il ne peut pas avancer ; et surtout s’il n’est pas en bonne santé, s’il n’est pas bien physiquement il ne peut pas avancer. Comment une personne peut travailler et fournir de l’effort physique ou intellectuel quand elle touchée physiquement ? »

Il faudra encore quelques années, selon Foued Ghorbali, pour que cet élan démocratique qui touche les jeunes se transforme en force politique. « Mais la jeunesse tunisienne ne s’est pas encore transformée en un mouvement politique pour changer le système. Nous sommes encore dans l’effervescence. Les jeunes ne sont pas vraiment un acteur politique historique qui peut changer la donne pour le moment. »

Dimanche, plus de 7 millions d’électeurs inscrits sur les listes électorales sont appelés à choisir parmi 26 candidats le chef de l’État tunisien.

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