ÉVOLUTIONS ÉCONOMIQUES RÉCENTES: La reprise de l’Afrique subsaharienne est restée atone

La Banque mondiale a abaissé ses prévisions de croissance pour l’Afrique subsaharienne.

AP- L’activité économique s’est développée à un rythme plus lent que prévu sur l’ensemble de l’Afrique subsaharienne au premier semestre 2019, dans un contexte d’environnement externe de plus en plus difficile. Le ralentissement de la croissance mondiale, la chute des prix des produits de base, les tensions commerciales accrues et une incertitude qui s’intensifie, couplés à un faible rythme des réformes nationales pèsent sur l’activité de la région.

Le fléchissement de l’activité économique a principalement reflété des investissements fixes et des exportations nettes plus faibles. Tandis que la contribution de la formation brute en capital fixe envers l’activité économique était positive, elle a visiblement décliné, dans la mesure où les investissements ont ralenti dans de nombreux pays, tandis que les exportations nettes y contribuèrent de façon négative. Le rebond dans les exportations, suite au déclin de 2018, a été plus faible que prévu, reflétant une demande externe moindre dans un contexte d’incertitude mondiale en termes de politiques (Figure 1.6).

Au niveau de la production, la croissance dans les secteurs miniers et manufacturiers a été modérée en raison des tensions commerciales internationales et des contraintes nationales, notamment une performance plus faible du secteur de l’énergie. Le secteur des services a perdu un peu de son élan, reflétant probablement certaines retombées des affaiblissements du secteur manufacturier.

La croissance du secteur agricole a diminué, en partie en raison des préoccupations à l’égard des phénomènes de sécheresse et de la sécurité, qui ont affecté la production dans certains pays. Le rythme lent de la reprise au niveau régional masque des écarts importants en termes de performance entre les pays à fort coefficient de ressources et à faible coefficient de ressources.

Parmi les pays à faible coefficient de ressources, l’investissement fixe a continué à un rythme solide, étayé par les investissements dans les infrastructures publiques. En revanche, la croissance était plus faible que prévue parmi les pays à fort coefficient de ressources, dont le Nigéria, l’Afrique du Sud et l’Angola—les trois plus importantes économies de la région (Figure 1.7).

Au Nigéria—le plus important exportateur de pétrole de la région—la croissance réelle du produit intérieur brut (PIB) a chuté, passant de 2,1% en glissement annuel (y/y) en 2019s1 à 1,9% en 2019s2 (Figure 1.8). Tandis que la production pétrolière s’est stabilisée, la croissance a fléchi dans les principaux secteurs non pétroliers, notamment l’agriculture et la production manufacturière.

En Afrique du Sud, une combinaison de coupures électriques, d’une faible confiance des entreprises et d’une incertitude politique a prolongé le déclin des investissements et freiné la croissance de la consommation et des exportations. Le PIB réel s’est resserré d’un trimestre à l’autre (q/q) ajusté de manière saisonnière selon un taux annuel désaisonnalisé (SARR) de 3,1 % au premier trimestre (Figure 1.9).

Le PIB a rebondi à 3,1% (q/q SAAR) en 2019t2, inversant le rétrécissement du premier trimestre, la distribution en électricité s’améliorant et la production minière se redressant. Une augmentation de l’investissement et des dépenses pour la consommation publique a contribué au rebond du côté de la demande.

Toutefois, même si l’Afrique du Sud a évité une récession, la hausse tendancielle est demeurée faible à 0,9% y-y (glissement annuel) en 2019t2, décollant de 0,0% en 2019t1. Au cours du premier semestre de l’année, la croissance réelle du PIB se chiffrait à 0,4%. Le taux de chômage officiel a augmenté pour atteindre 29% (y/y) en 2019t2, alors qu’il était de 27,6% en 2019t1.

En Angola—le deuxième pays le plus important des exportations de pétrole de la région—le PIB s’est resserré de 0,4% (y/y) au premier trimestre, après avoir augmenté à la fin de 2018, en raison de nets déclins de la production pétrolière. Après un léger rebond, la production pétrolière a chuté à nouveau en juin, suggérant que la croissance était restée faible au second trimestre (Figure 1.10).

Dans les autres pays à fort coefficient de ressources, une croissance modérée s’est poursuivie parmi les plus petits exportateurs de pétrole de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC)— notamment le Tchad, le Gabon et la République démocratique du Congo—soutenue par une production pétrolière renforcée.

Au Cameroun, la plus importante économie de la CEMAC, le secteur des services s’est développé, dynamisant la croissance du PIB. Parmi les exportateurs de métaux, la performance était mitigée. Dans certains pays (Botswana, République démocratique du Congo, et Zambie), la croissance s’est ralentie en raison de la chute des prix des métaux et du déclin de la production minière ; dans d’autres pays (Guinée et Niger), la croissance est demeurée solide, soutenue par les investissements dans les infrastructures.

Dans les pays à faible coefficient de ressources, la croissance a été plus marquée, soutenue, du côté de la demande, par le développement de la consommation publique et des investissements, et du côté de l’approvisionnement, par une activité robuste dans les secteurs industriels et de services.

Toutefois, la performance a été variable selon les pays (Figure 1.11). L’activité économique dans les pays de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) a continué de progresser à un rythme rapide au premier semestre 2019, soutenue par une forte demande au niveau national. Le Bénin et la Côte d’Ivoire ont enregistré une croissance de 7%, compensant un ralentissement au Sénégal en raison d’un besoin de recourir à une politique fiscale plus stricte.

La croissance a été solide et stable parmi les pays de la sous-région de l’Afrique de l’Est. Cependant, la croissance a quelque peu ralenti en Éthiopie et au Kenya en raison, en partie, de la sécheresse. La croissance s’est davantage accélérée au Rwanda en raison des solides activités de construction.

Ailleurs, l’activité est restée sous pression dans plusieurs pays. Au Soudan, le PIB s’est resserré davantage, le sentiment vis-à-vis des investissements se détériorant en raison d’une incertitude politique accrue. Au Mozambique et au Zimbabwe, la croissance est demeurée faible, les pays continuant de faire face aux impacts des cyclones tropicaux ayant fragilisé leurs économies plus tôt cette année.

Malgré un certain recul, la croissance du PIB dans les pays à faible coefficient de ressources de la région—notamment la Côte d’Ivoire, l’Éthiopie et le Rwanda—s’est classée parmi les plus rapide au monde (Figure 1.12). Les derniers indicateurs économiques et résultats d’enquête suggèrent une continuité dans la croissance modeste de la région au second semestre 2019.

Cela reflète non seulement la faiblesse constante du commerce international dans un environnement d’incertitudes prolongées au niveau mondial, mais également les contraintes actives structurelles de la région. Au niveau international, les prix des produits de base ont affiché une tendance à la baisse au troisième trimestre. Les prix du pétrole, qui avoisinaient les 63 USD par baril durant le premier semestre de l’année, ont chuté en dessous des 58 USD par baril en août. Les prix ont bondi à 69 USD par baril en septembre, après une attaque sur les installations pétrolières en Arabie saoudite, mais se sont depuis stabilisés.

Pour la plupart des métaux de base, les prix ont chuté sur fond de tensions commerciales accrues. Les prix des produits de base en dessous de ce qui était anticipé pèsent sur les finances publiques des exportateurs de pétrole et de métaux de la région et entraînent un ralentissement de l’activité économique dans certains pays.

Les données du PMI ont indiqué un ralentissement de l’activité manufacturière dans plusieurs pays au troisième trimestre (Figure 1.13). Les entreprises au Kenya, au Mozambique et au Ghana ont constaté des augmentations moins rapides dans les extrants et les nouvelles commandes en août. En Zambie, les conditions commerciales se sont détériorées, les chiffres du PMI étant bien en dessous de la marque neutre de 50, qui sépare l’expansion de la contraction, sur fond de conditions de liquidité plus restrictives.

En Afrique du Sud, la confiance des entreprises a encore décliné (Figure 1.14). L’indice de confiance des entreprises de la Chambre de commerce et d’industrie sud-africaine a chuté, atteignant son point le plus faible depuis 20 ans au troisième trimestre. Le PMI a chuté, passant de 52,1 en juillet à 45,7 en août puis 41,6 en septembre, signalant de faibles résultats dans le secteur manufacturier (Figure 1.15).

Au Nigéria, des retards dans la constitution du nouveau gouvernement après les élections présidentielles ont contribué à une incertitude concernant la direction des politiques et réformes publiques. Les PMI pour les secteurs manufacturiers et non manufacturiers sont restés supérieurs à la marque de 50 mais ont légèrement chuté, l’activité commerciale et les nouvelles commandes progressant à un rythme ralenti (Figure 1.16).

Toutefois, les réformes structurelles susceptibles de contribuer à l’activité ont progressé dans certains pays. En Éthiopie, le gouvernement a pris des mesures pour ouvrir son secteur financier en émettant la toute première licence à une banque étrangère (Equity Bank of Kenya). Au Ghana, le gouvernement a continué à épurer son secteur financier.

Des exigences plus strictes en termes de capital ont donné lieu à une stimulation de la consolidation réduisant ainsi le nombre de prêteurs. Le principal secteur bancaire est désormais plus stable. Le taux des créances douteuses a chuté depuis son point culminant en 2018 et la croissance des crédits du secteur privé décolle.

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