Akéré Muna: au Cameroun, une «majorité» d’anglophones est pour l’indépendance

Akéré Muna.capture d'écran / Facebook Akere Muna

Akéré Muna.capture d’écran / Facebook Akere Muna

AP-Les affrontements entre les forces de l’ordre et indépendantistes qui ont éclaté dimanche dernier dans le Cameroun anglophone ont fait au moins 17 morts, selon Amnesty International. Les heurts se sont produits lors de manifestations organisées à l’occasion du 56e anniversaire de la proclamation de la République fédérale du Cameroun, après la réunification des zones françaises et britanniques créées à la fin de la Première Guerre mondiale, lors du démantèlement de l ‘ ancienne colonie allemande. Régulièrement, le Cameroun anglophone, «l’Ambazonie» pour les indépendantistes, le théâtre de manifestations et de violences. Le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, a demandé aux autorités camerounaises «une enquête». L’unité du Cameroun est-elle en péril? Que «pèsent» les indépendantistes? Commentaire Paul Biya peut-il reprendre la main? Akéré Muna est ancien bâtonnier, ancien vice-président de Transparence internationale, il est aujourd’hui à la tête du Conseil de la Conférence anticorruption.

RFI: Les velléités indépendantistes sont-elles largement partagées par la population anglophone, anciens et jeunes?

Akéré Muna   Les plus jeunes se trouvent dans une situation qui ne sont pas sans problème et que l’indépendance serait une solution. Tandis que nous recherchons les deux générations au lieu des arguments de contexte. C’est ce que je pense.

Peut-on évoquer là un fossé trainnel  ?

Il ya un fossé trainnel, c’est sûr.

Faisons de la politique fiction, un référendum poserait la question: êtes-vous oui ou non pour l’indépendance  ? Quelque le résultat?

70% de la population plus proche une population jeune, donc moins de 30 ans. Vous avez une majorité qui dirait «oui» pour l’indépendance.

Qui sont plus précisément les indépendantistes en 2017 ? Sont-ils structurés pour une partie d’entre eux, voire armés ?

Armés, je ne pense pas du tout. Structurés ? Encore moins. Ce genre de mouvement, on a vu qu’ils sont spontanés, que les personnes tentent de captiver pour être dans la tête. On l’a vu en Tunisie, on l’a vu au Burkina dernièrement, on l’a vu en Egypte. C’est un mouvement de foule qui exprime un ras-le-bol. Il y a des gens qui par la suite ont décidé de se présenter comme le visage du mouvement, qui ont été adoptés par les uns et les autres.

Que sait-on justement sur celui qui se présente comme le président de l’Ambazonie, Sisiku Ayuk ?

Moi, je ne sais absolument rien. Je ne le connais pas, je ne l’ai jamais rencontré. Je ne sais pas ce que c’est.

C’est une personne autoproclamée ?

Autoproclamée, ou bien proclamée par un groupe qui n’est pas ici au Cameroun. Mais il est clair que dans le fonctionnement et dans les réclamations, beaucoup de gens ont adopté le fait qu’il serait le leader de ce mouvement. Il n’y a pas à redire.

Une question que tout le monde se pose aussi : ce mouvement a-t-il des racines ethniques ?

Pas du tout. C’est un mouvement qui est né d’une frustration. C’est aussi simple que cela.

Le Front social démocrate (SDF) de John Fru Ndi ne canalise plus cette colère dans le pays anglophone depuis que le parti a fait sa mue en quelque sorte de parti anglophone. Il se positionne aujourd’hui comme un parti national ?

Il est un parti national. Et c’est l’embarras du leadership du SDF, qui est clairement anglophone, qui doit gérer ce problème.

Vous êtes vous-mêmes né en terre anglophone et votre carrière, vous l’avez faite à Yaoundé. D’aucuns ont parlé de vous comme un pont entre le Cameroun anglophone et francophone ?

Je suis plus ou moins le Camerounais qu’on aurait souhaité. C’est faisable de gérer les deux en respectant l’un et l’autre. Mais à cause de la médiocrité des autres, on pense qu’on gagne plus dans une division.

Mais êtes-vous pessimiste ? Dans un de vos écrits, vous dîtes : « Si nous continuons à nier l’histoire alors nous ne serons jamais unis, les divisions persisteront et nous perdrons la paix qui nous est si chère ».

Exactement. C’est un non-sens. Quand je suis rentré de Londres en 1978, j’ai mis trois ans pour être avocat alors que j’étais avocat à Londres parce que je suis anglophone. Je pense que la mauvaise gouvernance a donc créé ce problème. Les gens se croient des laissés-pour-compte.

Je pense que les problèmes dans l’extrême nord, tout le monde est d’accord pour le  dire, ont une racine économique. Je suis sûr que les gens de l’Est ont des problèmes énormes. Ces gens-là sont des laissés-pour-compte. Mais au Sud, le problème est que l’on a quelques oligarques qui ont complètement capturé l’Etat et tout le monde en souffre. Il est temps que les Camerounais se rendent compte que notre unité est garantie par la naissance d’une nouvelle République. Ce climat de transition commence à s’avérer assez nocif.

Paul Biya peut-il réagir ? N’est-il pas trop tard ? Et quel geste politique pourrait-il faire aujourd’hui ?

Je pense que la personne qui est dans la meilleure position d’apaiser les Camerounais et d’aller de l’avant, c’est le président de la République. Parce qu’il a tous les outils qui lui permettent de le faire. Je le connais personnellement et je pense que c’est quelqu’un de modéré. Mais je pense qu’il gagnerait à écouter au-delà des gens qui sont autour de lui, qui font une analyse complètement tronquée de la situation, qui pensent qu’en disant que le président est un renfort et fait ce qu’il faut, sa façon d’y aller, pas du tout.

Je pense que lemin finalement, c’est de donner l’espace aux Camerounais pour ceux puissent prendre en main le dialogue parce que ceux qui sont là sont montrés leurs limites, ils ont un seul outil à mettre , c’est le marteau. Tous les problèmes apparaissent comme un clou. Et je pense que la personne est le mieux placée maintenant pour ouvrir vers un dialogue, pour prendre les choses en principal, et pourquoi pas une conférence nationale. Je peux dire qu’on a presque l’impression qu’on est dans une logique suicidaire, pour un pays avec autant d’atouts.

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