Zimbabwe: une journée décisive pour le sort de Robert Mugabe

Des manifestants réclament le départ du président robert Mugabe, à Harare, capitale du Zimbabwe, le 18 novembre 2017.

Des manifestants réclament le départ du président robert Mugabe, à Harare, capitale du Zimbabwe, le 18 novembre 2017.

Harare, AP- Robert Mugabe a surpris tout le monde dimanche soir. En effet, le président du Zimbabwe n’a pas annoncé sa démission comme cela était pourtant attendu vu le contexte. Le plus vieux président en exercice du continent est désavoué par l’armée qui a pris le contrôle du pays la semaine dernière, il est contesté par sa population et a même été démis de ses fonctions par son propre parti.

Les événements de ce dimanche rajoutent de nouvelles questions à la longue liste des interrogations qui s’accumulent depuis presque une semaine maintenant. Il y a d’abord un aspect légal. En effet, comment Robert Mugabe peut-il espérer présider le congrès de son parti au mois de décembre alors qu’il n’en est plus président ?

La Zanu-PF a donc donné un ultimatum au chef de l’Etat en disant que s’il ne quitte pas le pouvoir avant midi, ce lundi, le Parlement prendra les choses en main en lançant une procédure de destitution. L’ultimatum a expiré sans nouvelle du chef de l’Etat. D’après le chef du groupe parlementaire du Zanu-PF, 80% des députés de la majorité seraient prêts à soutenir une destitution de Robert Mugabe. Donc s’il dit vrai, et c’est probable, celle-ci aurait toutes les chances d’aboutir.

Du coup, on attend de voir ce que le Parlement et les députés vont annoncer cet après-midi, mais a priori une procédure de destitution, une motion de censure pourraient être votées dès demain.

Concrètement, la procédure peut être engagée par exemple sur les charges « d’incapacité » ou de « violation de la Constitution » notamment, si la majorité l’emporte au sein des deux chambres, Assemblée et Sénat. Ensuite, une commission mixte issue des deux chambres devra dire si, le président doit être destitué, et motiver sa réponse. Cette commission doit ensuite soumettre sa décision aux parlementaires des deux chambres. Selon l’article 97 de la Constitution, la destitution sera effective qu’une que si les 2/3 des parlementaires votent en sa faveur.

Si elle est effectivement engagée, cette procédure de destitution prendra donc du temps. D’ici là rien n’empêche le président de finalement décider de démissionner de lui-même, même s’il n’en a pas été question un instant hier soir dans son discours télévisé. Pour rappel, Robert Mugabe a même pris tout le monde de cours en indiquant qu’il dirigerait les travaux du Congrès de la Zanu PF le mois prochain.

Les militaires silencieux

L’autre grande inconnue, c’est aussi la position des militaires dans toute cette affaire. Le général Chiwanga était donc présent dimanche au côté de Robert Mugabe. Sa position ainsi que celle de l’armée face à ce qui a été annoncé par le président n’est pas encore connue. Il faut dire que les généraux communiquent très peu depuis leur coup de force. Mais on espère qu’ils vont peut-être en dire un peu plus, ou clarifier leur position. Un communiqué pourrait tomber aujourd’hui.

Enfin dernière interrogation : où est Emmerson Mnangagwa, qui est désormais le président de la Zanu-PF, le président par intérim ? Celui-ci ne s’est pas exprimé non plus depuis plusieurs jours. Du coup, ces ultimes pieds de nez de Robert Mugabe plongent une fois de plus tous les Zimbabwéens dans une nouvelle phase d’incertitude. Mais, selon les témoignages recueillis, ils espèrent vraiment que les choses vont bouger dans les prochains jours, et notamment au Parlement à partir de demain.

Vers une épreuve de force

Si Robert Mugabe résistait après ce vote, on irait vers une véritable épreuve de force et c’est sans doute ce que cherche le président. Il veut obliger l’armée à assumer ce mot qu’elle ne veut pas prononcer depuis le mercredi 15 novembre, le mot « coup d’Etat ». Un mot français qui a eu beaucoup de succès puisque les Anglais disent également « coup d’Etat », en français dans le texte.

Pourquoi les militaires, le général Chiwanga ne veulent pas assumer ce mot de « coup d’Etat » ? Parce qu’il existe une charte de l’Union africaine qui est très claire : dans ce cas-là, les sanctions tombent et le pays, le nouveau régime militaire issu d’un coup d’Etat, est coupé de la communauté internationale. C’est-à-dire qu’il ne reçoit plus d’aide, les auteurs de ce coup d’Etat ne peuvent plus voyager, leurs avoirs sont confisqués. C’est dans ce retranchement que Robert Mugabe essaie de coincer le général Chiwanga et l’ancien vice-président Mnangagwa. Et donc on est dans ce bras de fer à partir de ce lundi matin.


■ Les étudiants zimbabwéens se mobilisent

A l’Université du Zimbabwe, les étudiants sont en train de tenir un sit-in, ce lundi en début d’après-midi. Les examens de fin d’année ont été repoussés ce matin. Ils avaient déjà été annulés la semaine dernière à cause des évènements politiques. Du coup, les étudiants ont commencé à manifester.

Et fait intéressant, c’est dans cette université du Zimbabwe que Grace Mugabe a reçu en 2014 un doctorat alors qu’elle est soupçonnée de n’avoir jamais passé d’examens, ou suivi de cours pour cela. Après les évènements des derniers jours, les étudiants n’hésitent plus à parler, à dénoncer cet évènement en appelant d’ailleurs à la démission du vice-chancelier de leur université. Ils dénoncent la corruption des élites et la dégradation du niveau de leur université.

On voit du coup que l’espoir n’est pas mort au Zimbabwe malgré le discours décevant de Robert Mugabe hier soir. Les étudiants, eux, croient toujours que le président va partir.

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