Kenya: 3 victimes américaines dans l’attaque des shebabs contre la base Simba

Un membre des forces de l’ordre kényan dans le comté de Lamu, le 2 janvier 2020. (image d’illustration)

Nairobie, AP- Le bilan de l’attaque des shebabs contre une base militaire dans l’est du Kenya s’alourdit. Plus tôt dans la journée, les autorités ont affirmé que 4 terroristes ont été tués et 5 complices présumés arrêtés. Ce dimanche soir, le commandement américain en Afrique, Africom, a reconnu que l’attentat contre le camp Simba a fait trois victimes américaines. Un soldat et deux contractuels du ministère de la Défense. Deux autres employés du ministère ont été blessés et évacués dans un état stable.

La communication américaine vient de prendre un coup. Durant leur attaque, les shebabs avaient affirmé avoir infligé de lourdes pertes aux troupes américaines et kényanes stationnées sur cette base.

Washington avait accusé les islamistes d’exagérer les faits afin de maintenir leur réputation, tout en précisant qu’une enquête était en cours pour évaluer les dégâts. Les autorités kényanes avaient de leur côté déclaré qu’aucun soldat n’avait été touché.

Finalement, le commandement américain a dû reconnaître les victimes. Six avions ont également été endommagés. « Nous poursuivrons les responsables », a promis le général Stephen Townsend, le commandant d’Africom.

Les shebabs ont attaqué vers 5h30 en visant la piste aérienne accolée au camp Simba, base militaire américano-kényane près de Lamu. Les islamistes ont percé l’enceinte à l’aide d’une attaque suicide à bord d’un véhicule. Une méthode classique que les terroristes ont éprouvée en Somalie. Des réservoirs d’essence ont pris feu, une fusillade a éclaté, et les shebabs ont fini par être neutralisés…

Le camp Simba est dédié au contre-terrorisme et à la formation des militaires kényans. « Alors que nous honorons le sacrifice des victimes, nous devons durcir notre détermination », a déclaré le général Townsend.

Base de surveillance

« Ce camp Simba est important parce qu’il est utilisé pour surveiller le sud de la Somalie et les cotes kényanes, souligne l’analyste militaire américain Andrew Franklin. Il permet de surveiller et localiser sur la région de Jubaland qui se trouve à la frontière entre la Somalie et le Kenya. Ce camp fait partis d’une série de bases militaires que les Américains ont mises sur pied à travers le monde juste après les attentats du 11 septembre afin de lutter contre le terrorisme. Mais aucun drone prédateur ou drone armé n’opèrent depuis cette base. Celle-ci fait partie d’une série de bases dédiées à la surveillance qui sont déployées à travers le continent. Et elle est complémentaire à celle à Djibouti. »

Mais selon l’analyse, « l’attaque sur cette installation ne devrait pas avoir d’impact sur les raids américains en Somalie », car « de nouveaux appareils peuvent y être déployés ». « La première attaque de drone cette année a eu lieu vendredi, l’année dernière il y en a eu 67 ou 68, c’était plus que l’année précédente. Elles visaient des combattants shebabs et des cadres de l’Etat islamique dans le Puntland. L’effet va plutôt être que désormais tout le monde est au courant les États-Unis opèrent une base depuis le Kenya. »

Cette opérations montre clairement qu’il s’agit d’une attaque probablement planifiée depuis des mois, impliquant un certain degré de logistique, d’entrainement, avec un certain nombre de combattants

Andrew Franklin

Les liens flous entre l’Iran et les shebabs

La presse du monde entier a rappelé que l’attaque des shebabs tombait alors que la tension monte entre l’Iran et les États-Unis, trois jours après l’assassinat du général iranien Qassem Soleimani par un drone américain. Même si Téhéran appelle à la vengeance contre Washington, il n’y a pour l’instant aucun lien établi entre l’attentat kenyan et l’assassinat de Qassem Soleimani. Mais certains rappellent des liens parfois flous entre Téhéran et les shebabs.

Pour beaucoup de commentateurs, toute relation entre l’Iran chiite et les shebabs, d’obédience sunnite, est une pure fiction. Mais plusieurs spécialistes ont des avis moins tranchés. Certains rappellent que le secrétaire d’État américain Mike Pompeo avait accusé Téhéran de faciliter le trafic de charbon en Somalie, connu pour être une source de revenus des terroristes.

Rashid Abdi explique, lui, que les services kenyans accusent depuis longtemps les Gardiens de la révolution de chercher à établir des liens avec les islamistes sur la côte kenyane. Le chercheur de l’organisation REF indique d’ailleurs qu’en 2016, deux ressortissants iraniens arrêtés, membres présumés des Pasdaran, avaient été soupçonnés de préparer un attentat contre des intérêts israéliens au Kenya.

Rashid Abdi va même plus loin. Selon lui, « l’attaque d’hier aurait pu être préparée pour signaler à Téhéran qu’une alliance tactique était possible » contre les Américains. Mais d’autres répondent que l’opération a probablement été minutieusement de longue date. Tout lien avec la mort du général Soleiman n’est qu’une coïncidence.

Enfin le journaliste Harun Maruf, spécialiste des shebabs, voit lui un autre lien indirect possible. D’après lui, une partie des armes envoyées par l’Iran au Yémen ont fini en Somalie dans les mains des shebabs, par l’intermédiaire de trafiquants.

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