Haïti: l’enjeu de la sensibilisation de la population aux séismes

28 janvier 2010: à Jacmel, une petite fille consomme son repas distribué par le PAM (Programme alimentaire mondial).

AP- Dix  ans après le tremblement de terre meurtrier qui a frappé Haïti le 12 janvier 2010, le risque sismique reste très élevé. C’est ce qu’indique le BME, le Bureau haïtien des mines et de l’énergie. À Jacmel, ville côtière dans le département du Sud-Est qui a également été ravagée par le séisme de 2010, la population est consciente de la menace d’une nouvelle catastrophe. Mais ce n’est pas pour autant qu’elle connait les attitudes à adopter en cas d’un tremblement de terre. Reportage.

« Je ne sais pas quoi faire. Si c’est possible, je sors. Sinon, Dieu seul sait ! » explique une habitante. « Il ne faut pas sortir sur le coup. Il faut d’abord repérer une sortie sûre. Une fois à l’intérieur, on est livré à la fatalité » complète un homme.

Dix ans après le séisme à Jacmel, certains ignorent encore quelle attitude adopter pendant un tremblement de terre. Pourtant, selon Ronald Délice, coordonnateur du bureau départemental de la protection civile, beaucoup a été fait pour informer la population : « Nous réalisons des exercices de simulation auprès de la population. Dans les écoles, nous diffusons des vidéos et nous distribuons des dépliants. Nous donnons des points presse, nous diffusons des annonces. Nous réalisons aussi des campagnes de sensibilisation. Et depuis un an, il existe une émission de radio interactive où l’accent est mis sur les tremblements de terre ».

Cependant, cette campagne de sensibilisation n’arrive pas à atteindre l’ensemble des habitants du sud-est d’Haïti. « Certaines personnes n’écoutent pas la radio, d’autres ne regardent pas la télé. La majorité de la population vit dans des zones reculées. Les antennes de diffusion radiophoniques ne permettent pas d’émettre jusqu’à eux » regrette Ronald Délice.

Beaucoup reste donc encore à faire pour que les gestes qui sauvent soient connus de tous.


► 12 janvier 2010: les Jacméliens se souviennent

Le séisme meurtrier du 12 janvier 2010 n’a pas seulement dévasté la région de la capitale haïtienne, Port-au-Prince, mais aussi la ville côtière de Jacmel. Ce chef-lieu du département du Sud-Est a été détruit à 80% par le tremblement de terre, faisant 700 morts, 5 000 blessés et de la quasi-totalité des 55 000 habitants des sans-abri. Dix ans après la catastrophe, les Jacméliens se souviennent et racontent à RFI comment ils ont vécu le tremblement de terre du 12 janvier 2010.

« Je pensais qu’il s’agissait d’un bulldozer qui passait dans la rue. J’étais à l’intérieur de la maison en train de repasser des vêtements. J’ai ouvert la porte pour voir le bulldozer. Mon mari est apparu au même moment et nous a dit : ‘C’est un tremblement de terre !’’ ll nous a demandé de sortir et de venir dans la cour. C’était la première fois que je vivais une chose pareille. Après, j’ai encore eu des vertiges, l’impression que la maison tournait avec moi » confie une femme.

« J’étais dans mon lit, en train de lire quand j’ai senti le lit bouger. J’étais étonné. Je suis sorti précipitamment et j’ai vu l’église d’en face s’effondrer avec les fidèles qui priaient à l’intérieur. Ensuite, les gens ont couru de partout, affolés. Il y avait de la poussière. Moi, je pensais que c’était quelque chose de mystique, car le livre que je lisais parlait de mysticisme » se souvient un homme.

« Nous étions sur la terrasse, ma mère, mon frère, une tante, deux cousines et moi. Quand on a ressenti les secousses, on s’est réfugiés sous les fleurs dans la cour et on s’est serré les uns contre les autres. Nous ne savions pas ce que c’était. Ensuite on a vu beaucoup de poussière. Quand on est sorti, on a vu qu’une maison du voisinage s’était effondrée » raconte une jeune fille.

« Je travaillais à la morgue. Je m’occupais d’une dépouille lorsqu’une partie du mur est tombée sur mon bras. J’ai été opéré et j’ai passé 9 jours à l’hôpital » relate un homme.
S.T

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