Cameroun: le satisfecit du pouvoir après des élections «calmes et transparentes»

Un électeur camerounais glisse son bulletin dans l’urne, à Yaoundé, le 9 février 2020. AFP

Yaoundé, AP- Les Camerounais ont voté hier pour élire leurs députés et les conseillers municipaux. Un vote sans incident majeur à l’échelle du pays – quelques incidents signalés en zone anglophone. La participation à ce double scrutin, de l’avis de plusieurs observateurs, a été assez faible.

De cette journée électorale on retiendra à coup sûr le petit tacle en guise de satisfecit, exprimé par Paul Biya à l’endroit du MRC et son président Maurice Kamto. Après avoir exercé son devoir civique, le président camerounais a en effet tancé « les petits partis politiques » qui ont appelé au boycott de ce double scrutin. En relevant pour s’en féliciter que la majorité des électeurs n’a pas suivi ce mot d’ordre du MRC.

Pourtant, à l’observation et en attendant les chiffres officiels sur le taux de participation, la réalité pourrait être beaucoup plus nuancée. À Yaoundé comme à Douala, et au terme des opérations de dépouillement, plusieurs observateurs ont relevé qu’à peine plus du tiers des électeurs s’étaient rendus aux urnes.

La journée de vote a été globalement calme dans l’ensemble du pays, émaillée cependant par quelques incidents qualifiés de mineurs par Élecam et les autorités. Il en est ainsi des bulletins de certains partis politiques qui ont manqué par endroit notamment à Douala, occasionnant des retards à l’allumage de plus de 2h dans ces bureaux de vote. Ou encore ces électeurs dont les noms étaient absents des listes affichées devant les bureaux de vote.

Les conditions de vie des Camerounais ne s’améliorent pas ; il y a la longévité du régime. On veut voir autre chose, mais je n’y crois pas du tout

Tirs en zone anglophone

Dans le nord-ouest et le sud-ouest, les deux régions troublées où se concentre la minorité anglophone du pays, les bureaux de vote étaient quasiment vides, les rues désertes : la participation semble avoir été particulièrement faible.

À Buéa, le chef-lieu de la région sud-ouest, policiers et soldats, déployés en nombre en ville, étaient presque les seuls à voter dans certains bureaux, explique cet observateur de la société civile.

Plusieurs incidents ont été signalés dans ces zones anglophones. Des tirs à Buea, Kumba, Muyuka, ainsi que dans des quartiers de Bamenda, dans la région nord-ouest. Un bureau de vote a également été incendié à une trentaine de kilomètres de là, dans la localité de Bafut.

De quoi décourager les électeurs, explique cet observateur local. « Si je vous dis qu’un bureau de vote a été brûlé à Bafut, avec tout le matériel électoral dedans. Où étaient les forces de sécurité quand le bâtiment a brûlé ? Vous croyez vraiment que quelqu’un va parcourir 5 km pour aller voter ? »

Hier soir, le gouverneur de cette région nord-ouest, Adolphe Lélé Lafrique, affirmait que le vote a pu se dérouler dans toutes les circonscriptions et sans incident majeur. Quant à la participation, a-t-il ajouté, elle a largement dépassé celle de la présidentielle.

La société civile rapporte des « bourrages d’urnes »

Même satisfecit du côté gouvernemental. Paul Atanga Nji, le ministre camerounais de l’Administration territoriale, s’est félicité après la fermeture des bureaux de vote du bon déroulement des élections. Il a salué la participation massive des électeurs et indiqué que tout s’était passé « dans le calme et la transparence dans l’ensemble du pays » : « Les élections se sont effectivement tenues, dans les dix régions, les 58 départements, les 360 arrondissements du Cameroun », a-t-il indiqué.

« S’agissant des régions du nord-ouest et du sud-ouest, les populations sont sorties massivement pour accomplir leur devoir civique », assure le ministre, insistant sur le terme « massivement ». « Il est évident que les appels au boycott lancés par les politiciens véreux et les terroristes en perte de vitesse n’ont eu aucun écho auprès des Camerounais. Les terroristes n’ont désormais pour seule issue que les réseaux sociaux pour mentir et essayer de manipuler les consciences fragiles. Les responsables des partis politiques et des électeurs doivent sereinement attendre le verdict des urnes », a-t-il conclu.

« Il y a eu des zones à forte participation, notamment dans les centres urbains, Douala, Yaoundé et quelques autres, admet Gabriel Nonetchoupo, de la Commission nationale des droits de l’homme. Mais dans les zones reculées, l’abstention est beaucoup plus prononcée, notamment dans les zones en crise, de forte insécurité, notamment le nord-ouest et le sud-ouest. Le mot d’ordre d’abstention a été respecté, d’autant que la population a peur pour sa sécurité. »

Par ailleurs, l’observateur rapporte « des bourrages d’urnes », « signalés dans certains bureaux de vote, notamment où il n’y a pas de scrutateur des partis d’opposition » après la clôture. « Dans une école publique, non loin de Yaoundé, notre observatrice qui y était a compté le nombre de votants entrés, autour de 15. Puis au moment où tout s’est bouclé, elle était surprise de constater qu’on parlait de 113 personnes ayant voté. »

Share
afriquepresse

Add your Biographical Info and they will appear here.

Leave a Reply

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *