L’Ethiopie va libérer des hommes politiques emprisonnés

Le Premier ministre éthiopien Hailemariam Desalegn ici à Bruxelles le 15 juin 2016 (photo d'illustration).

Le Premier ministre éthiopien Hailemariam Desalegn ici à Bruxelles le 15 juin 2016 (photo d’illustration).

AP- C’est un coup de tonnerre dans le ciel politique éthiopien. Le Premier ministre annonce la libération d’hommes politiques et d’autres personnes emprisonnés ces dernières années. Hailemariam Dessalegn ne donne aucune précision sur les personnes concernées, ni sur leur nombre éventuel. Il a fait l’annonce ce mercredi matin lors d’une conférence de presse à Addis-Abeba. Hailemariam évoque aussi la fermeture de la plus tristement célèbre prison d’Éthiopie.

Sur les réseaux sociaux, les réactions se multiplient. Beaucoup de surprise et même de la joie chez les opposants. C’est une décision « sortie de nulle part » confie un journaliste local à RFI. Comme tout le monde, il n’a appris la tenue de cette conférence de presse qu’au dernier moment.

Le Premier ministre était entouré des présidents des partis qui composent la coalition au pouvoir à Addis-Abeba (les partis oromo, amhara, tigréen et des nations du Sud). Ces dernières semaines, l’EPRDF (Ethiopian People’s Revolutionnary Democratic Front) s’est réuni pour trouver des solutions à la crise que traverse le pays de la Corne de l’Afrique. Crise politique à l’intérieur, entre les partis de la coalition ; crise politique et sociale à l’extérieur de cette coalition avec divers conflits inter-régionaux qui minent l’Éthiopie depuis des mois.

La décision annoncée mercredi midi est prise dans l’optique de « créer une atmosphère de réconciliation nationale » selon Hailemariam Dessalegn. Des hommes politiques et d’autres détenus devraient donc être libérés. Qui ? Et combien ? On ne sait pas. Le porte-parole du gouvernement explique à RFI qu’il faut « attendre car cela prend du temps d’enquêter pour décider qui mérite le pardon ».

Des dizaines de milliers de personnes arrêtées

L’autre annonce importante du Premier ministre est la fermeture prochaine de la prison de Maekelawi (« central » en amharique), tristement célèbre pour avoir été un centre de torture pendant la période dictatoriale du DERG (1974-1991). Ce lieu, en plein centre d’Addis-Abeba, était encore utilisé pour torturer selon un rapport de Human Rights Watch en 2013. Il devrait être transformé en musée.

Depuis près de trois ans, l’Ethiopie est secouée par des vagues de protestations dans plusieurs des Etats-régions qui composent la fédération. Des dizaines de milliers de personnes ont été arrêtées.

En août, il en restait encore 8 000 derrière les barreaux selon Human Rights Watch. Ce sont certain(e)s d’entre eux qui sont concernés par la mesure annoncée par le Premier ministre ce mercredi. Reste à savoir ce que signifieront concrètement les mots prononcés par Hailemariam Dessalegn.


«Prisonniers politiques»

Le flou demeure sur les intentions réelles du gouvernement. Pour preuve, ces multiples versions de l’annonce du Premier ministre éthiopien publiées sur les réseaux sociaux, sur les comptes officiels de la primature. Dans la soirée, son bureau a fini par publier un texte en anglais coupant court aux diverses tentatives de traduction de l’amharique. Résultat : il n’utilise pas le terme de « prisonnier politique ».

Quoiqu’il en soit, les blogueurs et les sites d’information classés dans l’opposition y ont vite vu une reconnaissance officielle. Les ONG de défense des droits humains, elles, dénoncent depuis longtemps l’existence de détenus à caractère « politique » en Ethiopie. Amnesty international espère que ces annonces sont le signe d’un « nouveau chapitre pour les droits humains ». Mais l’organisation ajoute qu’il ne suffit pas de libérer quelques dissidents pacifiques. Amnesty demande aussi des enquêtes sur les cas de disparitions forcées depuis l’arrivée au pouvoir de l’actuelle coalition EPRDF, en 1991.

Pour être crédible, le gouvernement devra libérer rapidement Merere Gudina et Bekele Gerba, leaders de l’opposition oromo, emprisonnés l’année dernière. Jusqu’où s’étendra cette amnistie ? Qu’en est-il par exemple d’Andagachew Tsigue, secrétaire du Ginbot 7, mouvement politique catégorisé terroriste par les autorités. Arrêté en 2014, Andagachew Tsigue est toujours détenu au secret.

En 2011, Andualem Arage, vice-président de l’Unité pour la démocratie et la justice est condamné à la prison à vie pour terrorisme, ainsi que des journalistes. Qu’en est-il d’ailleurs de tous les blogueurs derrière les barreaux ou encore des 8000 personnes arrêtées depuis 2015 ?

Le pardon n’est pas nouveau dans la culture de l’EPRDF. En 2007, l’opposante Birtukan Mideksa par exemple est graciée après avoir passé deux ans en prison. Dès 2008 elle est incarcérée de nouveau jusqu’à une nouvelle grâce en 2010. C’est dire la versatilité du pardon chez l’EPRDF.

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