Coronavirus: la quarantaine «n’est pas efficace» et «peut propager le mal»

Une zone de quarantaine dans un terminal de ferry de Port Klang en Malaisie le 13 février 2020. REUTERS/Lim Huey Teng

AP- La propagation du virus Covid-19 touche maintenant une cinquantaine de pays et eterritoires. Elle fait craindre à l’OMS une « éventuelle pandémie ». Ce jeudi 27 février, l’Organisaiton mondiale de la santé a appelé les pays à « agir maintenant de manière agressive » pour endiguer l’épidémie.

Le coronavirus Covid-19 poursuit sa propagation. Dans le monde, des millions de personnes, notamment en Chine, en Italie ou au Japon, sont toujours placées en quarantaine. Une mesure prise pour limiter la propagation du virus qui commence à être la source de nombreuses critiques. Entretien avec Patrick Zylberman, historien de la santé, professeur émérite à l’École des hautes études en santé publique de Rennes (EHESP) et auteur du livre Tempêtes microbiennes (Éditions Gallimard).

RFI: La mise en quarantaine est-elle le meilleur système pour endiguer la propagation d’une épidémie ?

Patrick Zylberman : La quarantaine n’est pas efficace en soi. Elle a beaucoup trop de défauts. Il est impossible d’enfermer tout le monde dans un périmètre clos. C’est très difficile à ce moment-là de conserver tout le monde à l’intérieur de la quarantaine. Par ailleurs, la quarantaine a aussi des conséquences parfois très négatives qui consistent à enfermer ensemble des gens qui sont contagieux sans le savoir et des gens qui sont indemnes. Elle peut donc propager le mal au lieu de le contenir.

Dans ce cas-là, quelle solution est la plus adaptée pour lutter contre une épidémie ?

L’idéal, c’est justement de remplir les conditions indispensables pour accompagner une quarantaine qui n’est pas efficace en soi. La première des conditions, c’est de raccourcir autant que possible le temps entre l’apparition des symptômes et l‘hospitalisation. L’isolement des malades dans des chambres à pression négative, c’est différent de la quarantaine. On parle d’isolement d’individus et non pas de mettre en quarantaine des groupes. L’isolement des malades est la seule façon de lutter contre la propagation de la contamination, à condition d’avoir des équipements hospitaliers adéquats.

La deuxième condition, qui touche directement les soignants en première ligne de la lutte contre l’épidémie, mais aussi en première ligne de la contamination, c’est de renforcer les mesures de contrôle de l’infection à l’intérieur même des établissements hospitaliers. Il ne faut pas oublier que, en Chine comme en Italie, l’hôpital est en première ligne. Il n’y a pas beaucoup de médecins généralistes chez qui consulter et les gens se précipitent à l’hôpital, lequel devient un « bouillon de culture ». Le contrôle de l‘infection par des équipements individuels pour les soignants par des procédures est absolument indispensable. La quarantaine est très vite perdue de vue dans tout ça.

Vous parlez d’isolement individuel, mais la quarantaine dans la province du Hubei concerne environ 60 millions de personnes…

C’est l’un des deux points auxquels on se heurte aujourd’hui. Un, le manque d’équipements nécessaires. Et deux, le problème de la détection des cas chez les personnes peu symptomatiques ou pas symptomatiques, mais néanmoins contagieuses. Effectivement, le gros problème pour les hôpitaux, c’est l’afflux de malades alors qu’il est conseillé d’éviter les urgences pour ne pas aller infester les gens qui s’y trouvent et qui sont vulnérables en raison même de leur état de santé. Il y a effectivement un problème d’équipements.

Mais même en France, le ministre a annoncé la semaine dernière que 38 hôpitaux étaient sur le pied de guerre prêts à agir. 38 hôpitaux cela fait, paraît-il, 150 chambres à pression négative, selon les informations dont je dispose. On en est très loin, car on n’a que quelques cas sporadiques en France aujourd’hui. Mais en cas d’une véritable épidémie on dépasserait très vite les 158 cas à hospitaliser et donc le problème des équipements se poserait de manière extrêmement aiguë.

La quarantaine sur le paquebot Diamond Princess, en confinement dans le port de Yokohama, au Japon, a suscité beaucoup de critiques. Un professeur de l’université de Kobe dénonçait même une « situation totalement chaotique ». Était-ce une erreur de mettre en place la quarantaine à bord du bateau et non sur la terre ferme ?

Sur ce bateau, on voit qu’on a fait exactement tout ce qu’il ne fallait pas faire. Les autorités japonaises, pour éviter le débarquement de personnes contagieuses qui risquaient de répandre l’épidémie dans la population japonaise ont bloqué le navire, à quelques encablures du port. Elles ont interdit aux passagers de descendre et ce faisant, les autorités japonaises sont clairement responsables de l’extension de la maladie sur le bateau et donc de l’infection d’un nombre important de personnes. Il y a aussi un problème en ce qui concerne l’OMS qui n’a pas protesté contre ces méthodes alors qu’on a clairement une contradiction entre la nécessité de protéger la population contre les virus et les droits de l’homme d’autre part.


► François Renaud, chercheur au CNRS : « Pour des observatoires de la santé environnementale »

« Je ne vois pas ce qu’on peut faire de mieux pour protéger les populations quand l’épidémie est déclarée que de mettre les gens en quarantaine », estime François Renaud, chercheur au laboratoire Maladies infectieuses et vecteurs du CNRS. Toutefois, s’il défend la quarantaine comme moyen d’urgence lorsqu’une épidémie se déclare, il plaide pour un renforcement des mesures préventives.

Dans la lutte contre les épidémies, « on agit quand l’incendie est déclaré, selon François Renaud. On attend que l’épidémie commence à se propager pour agiter les drapeaux de la peur et de l’angoisse ». La lutte contre les maladies infectieuses manque d’une vision politique et nécessite une « réflexion », car ce genre d’épidémie « risque de recommencer ». « C’est un problème mondial. Il faut que le monde se pose la question de « qu’est-ce qu’on peut faire ensemble ? » Mais pas quand il y a une épidémie, c’est avant qu’il y en ait une qu’il faut y réfléchir », estime François Renaud.

Ce spécialiste en écologie de la santé et en transmission et évolution des pathogènes souhaite donc que soit créé « de véritables observatoires de la santé environnementale ». Avec la démographie actuelle, des maladies telles que le Sars-CoV-2, qui est une zoonose – une maladie qui se transmet naturellement des animaux à l’être humain – sont susceptibles de refaire leur apparition. « Aujourd’hui, analyse le chercheur, ce que je vois c’est une augmentation des populations et une détérioration des écosystèmes dans lesquelles l’homme vit. Et ces détériorations génèrent des déséquilibres dont les conséquences sont totalement imprévisibles, mais peuvent être du type de ce qu’on observe aujourd’hui. »

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