Coronavirus: en Allemagne, l’épidémie fait peu de victimes

Un homme en combinaison protectrice lit un livre à Dresde, en Allemagne, le 23 mars 2020. © Reuters / Matthias Rietschel

AP- Si le pays est confronté comme ailleurs à une croissance exponentielle du nombre de personnes infectées, celui des morts reste étonnamment bas comparé à celui de pays voisins. Comment s’explique ce « modèle allemand » ?

« Si nous avons aussi peu de décès par rapport au nombre de personnes infectées, c’est aussi parce que nous effectuons de nombreux tests, un demi-million par semaine. » La déclaration du virologue le plus en pointe en Allemagne, Christian Drosten, ce jeudi, a frappé les esprits. Son pays est sans doute celui qui teste le plus dans le monde. Ailleurs, les chiffres sont sensiblement plus modestes ; les personnes diagnostiquées ont souvent des symptômes sérieux ou nécessitent déjà une hospitalisation.

Une prise de conscience précoce et des tests nombreux

Le nombre de ces tests a augmenté ces dernières semaines grâce à un réseau de laboratoires important. Dès le mois de janvier, l’hôpital de la Charité à Berlin, où travaille Christian Drosten, avait informé ses homologues sur la façon de produire les tests permettant de déceler le nouveau virus. Leur utilisation à grande échelle explique pour partie le taux de mortalité bien plus faible en Allemagne qu’ailleurs. Vendredi, plus de 40 000 cas étaient recensés ; 253 morts étaient à déplorer. En testant sur une plus grande échelle, également des personnes qui n’ont que des symptômes minimes ou ne font pas partie des groupes à risque, l’Allemagne dispose d’un taux de mortalité très bas d’environ 0,5% contre près de 10 fois plus en France. En Italie, ce taux est d’environ 10%. La moitié des personnes testées en Allemagne seulement souffrent de toux, un symptôme typique du Covid-19 ; quatre sur 10 ont de la fièvre. L’Allemagne n’effectue par ailleurs pas de tests post mortem, qui aggravent le taux de mortalité.

Cette prise de conscience plus précoce et les nombreux tests ont permis de gagner du temps et de préparer les hôpitaux à affronter un afflux plus important de cas graves nécessitant des soins intensifs et une assistance respiratoire. L’Allemagne est le pays en Europe qui dispose en la matière du nombre de places le plus important. Il doit être doublé et serait déjà passé de 20 000 à 30 000, d’après le président de la Fédération des médecins allemands. Des « primes » de 50 000 euros par place créée seront versées. Préventivement, des opérations non vitales ont été repoussées (le manque à gagner doit être compensé pour les hôpitaux) et du personnel est formé pour apprendre à utiliser ces appareils. L’Allemagne a aussi clairement séparé dans les hôpitaux les malades du Covid-19 et les autres, y compris lors de leur arrivée sur place, pour éviter toute contagion inutile.

Atouts et limites du fédéralisme

Le fédéralisme a des avantages dans une telle crise, avec un maillage important de laboratoires ou des réactions appropriées aux situations concrètes, comme l’isolement de quartiers ou de communes particulièrement touchés. Mais cette décentralisation a aussi montré ses limites quant aux mesures à prendre pour restreindre la liberté de mouvement de la population. On l’a vu pour décider de fermer crèches et écoles avec des mesures prises séparément par les différentes régions. Cela s’est reproduit avec la fermeture de magasins et autres restaurants, mais aussi pour les déplacements de la population. La Bavière a pris les devants avec des mesures strictes, avant qu’une conférence des différentes régions aboutisse à des lignes directrices communes, sans doute plus rassurantes pour la population que la juxtaposition de règles variables.

Le confinement comme en France ou en Italie n’a pas été retenu au profit d’une pratique moins coercitive. Les rassemblements de plus de deux personnes sont interdits (sauf pour une famille vivant sous le même toit ou pour sur les lieux de travail). Les déplacements sont réglementés mais restent souples : faire ses courses, aller chez le médecin ou au travail, passer un examen, faire du sport seul, tout cela reste possible.

Ces mesures doivent réduire les contacts sociaux et donc le nombre d’infections afin d’éviter, comme en Italie ou en Espagne, que les hôpitaux ne soient débordés face à l’affluence de patients dans un état grave. Déjà, certains s’interrogent sur les conditions et le calendrier d’un assouplissement des mesures. Angela Merkel, elle-même en quarantaine après avoir été vaccinée par un médecin qui s’est révélé ensuite infecté, a souligné qu’il était trop tôt pour spéculer sur de telles hypothèses. Jeudi, le ministre de la Santé Jens Spahn estimait que la situation actuelle était comparable « au calme avant la tempête » pour souligner que la crise n’avait pas encore, et de loin, atteint son apogée.

Vers une stratégie à la coréenne ?

Un document interne du ministère de l’Intérieur, que plusieurs médias ont rendu public vendredi, plaide pour la reprise des solutions adoptées en Corée du Sud, à savoir des tests de masse pour pouvoir à grande échelle savoir qui est infecté avant que ces personnes ne soient isolées du reste de la population. Une méthode qui permet aux personnes en bonne santé de continuer à mener une vie normale et à l’économie de tourner. Une telle option impliquerait d’ici fin avril une montée en puissance du nombre de tests effectués pour parvenir à 200 000 par jour. La société Bosch a annoncé jeudi qu’une méthode rapide, dont les résultats seraient disponibles après deux heures et demi, pourrait être livrée en avril.

Le traçage des personnes infectées grâce aux données de leurs téléphones portables pour retrouver les contacts rencontrés est aussi évoqué, mais suscite des questions éthiques quant à la protection des données privées et le respect de la vie privée. De telles mesures, si elles devaient être retenues, pourraient permettre à l’Allemagne, à condition que la crise ne prenne pas une dimension trop grave, de réduire plus tôt les restrictions actuelles.

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