En Algérie, la censure a la peau dure

© RYAD KRAMDI Manifestation anti-censure à Algers le 15 avril 2019. (Photo by RYAD KRAMDI / AFP)

Alger, AP- Trois médias d’information en ligne sont actuellement difficiles d’accès pour les internautes algériens.

«On s’attendait à ça, ce n’est pas nouveau. C’était la même chose sous Bouteflika», avoue Khaled Aboubaker, journaliste au magazine économique Maghreb Emergent. Depuis quelques jours, trois médias indépendants algériens sont inaccessibles en ligne : Maghreb Emergent, donc, et Radio M, tous deux propriétés de l’agence Interface Médias. Ainsi que le journal électronique Interlignes, qui subit la même censure depuis dimanche, pour la seconde fois en un an. «Interlignes a déjà été victime de cette décision arbitraire en juillet 2019. Les tenants du pouvoir à l’époque voulaient nous punir pour avoir assumé notre devoir de couvrir les marches du mouvement populaire», témoigne sur son site Bouzid Ichalalene, fondateur et directeur de publication du site d’information, lancé en 2018.

En Algérie, la liberté d’expression est un thermomètre. Un indicateur fiable de la démocratisation ou du raidissement du régime. Depuis la démission d’Abdelaziz Bouteflika, le 2 avril 2019, les militants du Hirak – le mouvement de contestation pacifique – guettaient des signes d’ouverture. En vain. Des journalistes étrangers étaient toujours privés de visa, des journalistes algériens étaient toujours arrêtés sous un prétexte ou sous un autre. L’élection à la présidence de la République d’Abdelmadjid Tebboune, le 12 décembre, a ouvert une nouvelle fenêtre. N’avait-il pas appelé «le gouvernement à consolider la liberté de la presse» lors de son premier Conseil des ministres ? Las. Les espoirs ont rapidement été déçus.

Réseau virtuel privé

Dans le cas de Radio M et Maghreb Emergent, c’est un article d’opinion au vitriol, signé par le journaliste et cofondateur d’Interface Médias, Ihsane El Kadi, qui a fait réagir les autorités. Intitulé «les 100 jours de malheur d’Abdelmadjid Tebboune» et publié le 5 avril, cet article n’a pas été du goût, en particulier, du ministre de la Communication, Ammar Belhimer, un ancien journaliste : «Le ministre de la Communication a diffamé notre journal, puis s’est rétracté, puis il a trouvé autre chose. Ils assument la censure alors qu’aucune loi ne le permet. C’est l’exécutif qui se retrouve dans un cadre illégal», souligne Khaled Aboubaker.

Afin de contourner la censure, les internautes algériens doivent une fois de plus recourir à un VPN, cette technologie qui permet de créer un réseau virtuel privé pour accéder à des sites restreints. Ce fut longtemps le cas pour le premier site francophone du pays, TSA (Tout sur l’Algérie). Après plusieurs coupures, celui-ci est actuellement accessible.

Cadre juridique

Évoluant déjà dans des conditions précaires, les médias en ligne algériens n’ont même pas d’existence légale, faute de promulgation de la loi organique de 2016 censée leur apporter un cadre juridique. Leurs journalistes ne sont pas détenteur de la carte de presse, ils ne reçoivent pas de subvention, et tout financement étranger leur est strictement interdit.

La vis pourrait encore se resserrer. Un projet de loi visant à lutter contre les fake news suscite des inquiétudes : «On ne sait pas ce qu’ils entendent par fake news. Est-ce une information qui n’arrange pas l’exécutif ? Cette loi risque d’introduire le délit de presse», alerte Khaled Aboubaker. Le confinement, décrété il y a un mois, a marqué une nouvelle étape dans la répression. Le mouvement populaire ayant décidé d’une «pause» face à la menace du Covid-19, plusieurs figures du Hirak ont été incarcérées ou condamnées, à l’instar de l’homme politique d’opposition Karim Tabbou ou du journaliste indépendant Khaled Drareni. En prison depuis le 29 mars, le correspondant de Reporters sans frontières est poursuivi pour «attroupement non armé» et «atteinte à l’unité nationale».

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