Municipales tunisiennes : Ennahda arrive en tête dans les grandes villes

Ennahda arrive en tête dans les grandes villes

Tunis, AP- Les résultats officiels des municipales tunisiennes du 6 mai donnent Ennahda vainqueur dans les grandes villes, mais ce sont les listes indépendantes qui remportent le plus grand nombre de sièges à l’échelle nationale.

Les grandes villes tunisiennes, à commencer par la capitale Tunis, sont le théâtre de pourparlers entre les différentes factions politiques arrivées en tête des élections municipales du 6 mai. Les résultats officiels, annoncés le 9 mai au soir, donnent le parti islamiste Ennahda gagnant dans la plupart des grandes villes, mais à l’échelle du pays, ce sont les listes indépendantes qui remportent le plus grand nombre de sièges, avec 2 367 élus, soit 32,9 % des sièges. Ennahda arrive deuxième, avec 28,6 % des sièges (2 135 élus) et le parti présidentiel Nidaa Tounès troisième avec 22,17 % des sièges (1 595 élus).

Le parti islamiste Ennahda est arrivé en tête à Tunis et dans de nombreuses grandes villes, un résultat qui ne lui garantit cependant pas de contrôler ces villes, à défaut de majorité. Selon les données et estimations compilées par plusieurs ONG dont Les Cahiers de la liberté, Ennahda arrive en tête dans 155 municipalités sur 350, les indépendants dans 96 municipalités et Nidaa Tounès dans 83.

Ennahda est arrivé en tête dans la capitale Tunis – avec 21 sièges sur 60 et Nidaa Tounès 17 –, à Sfax, pôle économique et deuxième ville du pays, ainsi qu’à Bizerte, Gafsa, Gabès, ou encore Kairouan – mais là encore, sans majorité.

« Ces résultats montrent une émergence réelle des listes indépendantes comme nouvel acteur qui va forcément rabattre les cartes sur la scène politique », estime Selim Kharrat, politologue et président de l’ONG Bawasala, observatoire de la politique tunisienne. « Mais on ne pourra voir si cela se concrétise qu’une fois les maires élus », car en cas de coalition entre Ennahda et Nidaa Tounes « ils pourraient être renvoyés dans l’opposition ».

Le scrutin de dimanche a été marqué par une abstention massive – 64,4 % selon les chiffres mis à jour mercredi par l’instance chargée d’organiser les élections, l’Isie.

Capacité d’Ennahda de négocier

Les négociations se déroulent entre les chefs de partis, soucieux d’éviter un bras de fer qui pourrait peser sur l’équilibre politique au niveau national, reposant depuis 2014 sur une alliance de circonstance entre Ennahda et Nidaa Tounès.

« La véritable carte politique dépendra de la capacité d’Ennahda à négocier et rallier des coalitions à l’échelon local », poursuit le politologue.

Si la candidate d’Ennahda à Tunis, Souad Abderrahim, parvenait à emporter l’adhésion d’une majorité absolue des conseillers municipaux, elle deviendrait la première femme maire de la capitale, un poste jusque là attribué par le président de la République.

Cette femme pharmacien non-voilée de 53 ans, ancienne député constituante (2011-2014), est une compagne de route des islamistes de longue date, et un atout féminin pour un parti cherchant à rassurer et faire valoir sa modération.

Mais plusieurs responsables de Nidaa Tounès ont rejeté cette perspective. L’un d’eux, Foued Bouslema, a argué des traditions « islamiques », avant d’être désavoué par la direction du parti.

Un autre cadre de Nidaa Tounès, Wissem Saïdi, a exclu une alliance avec Ennahda, assurant que son candidat, Kamel Idir, pouvait réunir la coalition nécessaire pour devenir maire de Tunis.

Kamel Idir, lui aussi pharmacien, est l’ancien président de l’une des principales équipes de foot du pays, le Club africain, et s’est lancé en politique en 2011 après avoir administré une municipalité de la périphérie de Tunis en 2004-2005. La question d’une alliance avec les islamistes divise le parti, déjà soumis à de nombreuses dissensions du fait d’une querelle de chefs.

Sorti vainqueur des législatives et présidentielle en 2014 sur une plateforme anti-islamiste, Nidaa Tounès avait ensuite scellé une alliance avec Ennahda, toujours en vigueur à ce jour. La direction du parti islamiste a indiqué à plusieurs reprises qu’elle souhaitait prolonger cette alliance à l’échelon local.

Mais pour Kamel Kharrat c’est « forcément une période de tensions qui s’ouvre, cela va donner le coup de départ à la scission entre Nidaa Tounès et Ennahda à l’approche des scrutins de 2019 [législatives et présidentielle] ». Les électeurs ont en effet sanctionné, par l’abstention et un vote non-partisan, l’alliance entre les deux partis dominants.

Signe que le renouvellement attendu de la classe politique semble se concrétiser, au moins partiellement : en vertu d’une loi sur la parité, 47 % des élus sont des femmes, dont 573 sont des têtes de listes (soit 29,5 % des têtes de listes). En outre, plus d’un tiers des élus (37 %) ont moins de 35 ans.

Les 7 212 conseillers municipaux élus dimanche dans les 350 municipalités du pays ont jusqu’à juillet pour élire leurs maires.

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