Municipales en Tunisie: ces indépendants qui ont percé

Mohamed Tlili Mansri, président de l’Isie, l’instante chargée des élections, annonce lors d’une conférence les résultats des élections municipales à Tunis, le 9 mai.

Tunis, AP- En Tunisie, 7 212 conseillers municipaux ont été élus dans les 350 municipalités que compte le pays. Le « grand gagnant » du scrutin, c’est l’abstention, qui s’élève à 64%. Du côté des formations politiques, les deux partis qui dominent la vie tunisienne arrivent sans surprise en tête, Ennahdha avec 29 % des voix et le parti présidentiel Nida Tounes 21% (soit respectivement 30% et 22% des sièges). Mais la surprise vient du score des listes indépendantes, qui, toutes confondues, devancent les partis politiques. Elles obtiennent 33% des sièges.

Parmi les indépendants qui ont réussi à tirer leur épingle du jeu, certains ne le sont pas vraiment. Ils ont été adoubés par des partis politiques mais se sont présentés sans étiquette, peut-être pour mieux séduire ceux qui refusaient de voter pour un parti. Leur proportion n’est pour le moment pas connue. Les alliances pour l’élection des maires devraient permettre d’y voir plus clair.

Mais il y a également les indépendants « convaincus ». Ces derniers ont réellement créé la surprise, que ce soit à l’Ariana ou la Marsa en banlieue de Tunis ou même dans certaines régions du sud du pays. Ainsi à l’Ariana, près de Tunis, la liste menée par le professeur de droit Fadhel Moussa a obtenu la majorité des voix. Elle a recueilli 15 sièges, soit plus que Nidaa Tounes et Ennahdha réunis. Dans ces circonscriptions, il sera impossible à ces deux partis d’appliquer leur stratégie d’alliance habituelle.

Ces listes sont incarnées par des figures ou des militants de la société civile ou de la mouvance démocratique. On retrouve aussi des étudiants, des jeunes entrepreneurs… Tous ceux qui ne se reconnaissent plus dans un parti et qui se sont laissés tenter par l’exercice d’une démocratie de proximité.

Des gens qui ont la volonté d’agir localement, là où les politiques au pouvoir n’ont pas réussi à changer le quotidien des Tunisiens ces dernières années et qui ont visiblement séduit en cette période de désaveu des formations politiques traditionnelles.

Un nivellement par le haut de l’action politique?

Ces listes ne représentent pas un bloc monolithique, mais ont un point commun, estime Nessryne Jelalia, directrice d’Al Bawsala, une ONG spécialisée dans l’observation de la vie politique tunisienne : toutes ont servi à sanctionner les partis au pouvoir.

Les gens savaient que certains pseudo-indépendants étaient proches de Nida Tounes ou Ennahdha. Mais dans tous les cas ils ont fait le choix de ne pas donner leur voix de façon explicite aux grands partis, explique-t-elle.

Mais attention, le vote en faveur des listes indépendantes n’est pas seulement un vote par  défaut. Ainsi dans quelques municipalités, des listes réellement indépendantes, porteuses de projets fédérateurs, ont réussi à mobiliser les électeurs. Ces listes pourraient permettre un nivellement vers le haut, et donner l’exemple tout au long de leur mandat, espère Nessryne Jelalia.

Il faut maintenant attendre l’élection des maires pour voir combien de mairies ces alternatives citoyennes arrivent à diriger. Les conseillers municipaux ont jusqu’à juillet pour élire leurs maires.

afriquepresse

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