Comores: les ressorts historiques et politiques de la crise avec la France

(Photo d’illustration) Le président français Emmanuel Macron et son homologue comorien, Azali Assoumani, lors d’une rencontre à l’Elysée, le 12 décembre 2017.

AP- La question migratoire brouille les relations entre la France et les Comores. Depuis le 21 mars, le président Azali refuse de laisser rentrer sur son territoire les citoyens comoriens refoulés de Mayotte, l’île sous administration française. En réponse, la France a décidé de suspendre la délivrance de visas aux ressortissants comoriens. Cette crise migratoire est vécue par l’archipel sur fonds de revendication historique : Pour Moroni, Mayotte est comorienne. Lors du référendum de 1975, les Mahorais ont souhaité rester Français. Mais le président Azali a aussi un agenda personnel dans cette crise qui dure.

« La décision de la France est non-évènement… attendu par ailleurs » : la réponse du ministre des Affaires étrangères comorien n’a pas tardé. Mohamed El-Amine Souef a rencontré à Paris le 19 avril son homologue Jean-Yves Le Drian. Ce jour-là, aucune solution à la crise n’a été trouvée.

Lors de cet entretien, le chef de la diplomatie française a estimé que Mayotte ne pouvait supporter cet afflux régulier de Comoriens sur les plans économique, social et politique. Et il a répété l’attachement de Mayotte à la France. Une polémique qui dure depuis que les Mahorais ont décidé de rester français en 1975.

Union nationale derrière le président

Sur un plan intérieur, cette mesure du président Azali de refouler les Comoriens expulsés de Mayotte satisfait toute la classe politique, même l’opposition et la société civile. Le président comorien espère ainsi profiter pour quelque temps d’une certaine union nationale avec, de nouveau brandie, la revendication historique d’une Mayotte comorienne.

Le président Azali joue une mauvaise carte politique, assure-t-on. Fin juillet, Azali Assoumani a décidé d’organiser un référendum pour changer la Constitution et changer d’abord une des grandes règles de la présidentielle : le mandat du président sera renouvelable une fois, si les Comoriens disent « oui » à ce référendum.

Pendant quelques semaines encore, Azali a besoin de faire bloc sur sa personne pour rester au pouvoir. Se fâcher un peu avec la France peut être payant sur le plan électoral.  Mais ce serait aussi plonger le pays dans une crise politique, car les partis d’opposition sont contre cette réforme. La présidentielle pourrait être organisée dès le premier trimestre 2019. Azali entend bien se représenter. Pour Paris, une instabilité et des troubles politiques aux Comores, qui viendrait s’ajouter à une crise migratoire, est inacceptable.

La guerre des visas et un dialogue de sourd

La suspension de l’octroi des visas ordinaires est à imputer au gouvernement comorien qui refuse les refoulés de Mayotte estime Jacqueline Bassa-Mazzoni, ambassadrice de France auprès de l’Union des Comores.

→ RELIRE : La France prive provisoirement les citoyens comoriens de visas ordinaires

« Nous avons pris cette mesure, de suspension des visas ordinaires, pour vraiment placer les autorités comoriennes devant leurs responsabilités. Le fait générateur c’est ces décisions du 21 mars -dont on ne comprend pas très bien d’ailleurs pour quelles raisons elles ont été prises- parce que c’est venu sans aucune concertation avec nous et ça nous a placés en grande difficulté. Nous ce qu’on demande c’est d’avancer ensemble dans le dialogue mais en tenant compte de nos intérêts respectifs », explique la représentante française.

Ce positionnement interloque Mohamed el-Amine Souef, le ministre des Affaires étrangères. « Je ne comprends pas parce que la France n’a pas à s’étonner. C’est une note qui a été prise souverainement : que je sache les Comores sont indépendantes depuis le 6 juillet 1975. A Mayotte, il y a une grogne sociale, au lieu de répondre à ces questions, la France a voulu déplacer le centre de graviter et demander à la partie comorienne de donner des réponses aux Mahorais. Ca ce n’est pas acceptable. Moi je suis serein, je suis ouvert, je suis pour l’apaisement. »

La note empêchant l’accueil des expulsés de Mayotte par Moroni est toujours en vigueur. La crispation diplomatique se poursuit donc même si officiellement le dialogue n’est pas interrompu.

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