Washington sanctionne des dirigeants de Hong Kong, nouvelle escalade du conflit avec Pékin

© Nicolas ASFOURI © 2019 AFP Les présidents américain Donald Trump et chinois Xi Jinping, lors d’une rencontre à Pékin le 9 novembre 2017

AP- Le gouvernement américain a annoncé vendredi le gel des avoirs de la cheffe de l’exécutif hongkongais, Carrie Lam. Pékin dénonce les « néfastes intentions » de Washington.

Washington a encore durci son affrontement avec Pékin. Les États-Unis ont adopté des sanctions contre onze dirigeants hongkongais, dont la cheffe de l’exécutif Carrie Lam, parallèlement à des mesures radicales contre les joyaux du numérique chinois TikTok et WeChat.

Le gouvernement américain a annoncé vendredi le gel des avoirs de Carrie Lam, des secrétaires à la Sécurité et à la Justice ou encore du chef de la police, accusés de chercher à restreindre l’autonomie du territoire et « la liberté d’expression ou de réunion » de ses habitants.

« Les États-Unis soutiennent le peuple de Hong Kong et nous utiliserons nos outils et nos autorités pour cibler ceux qui portent atteinte à son autonomie », a déclaré le secrétaire au Trésor Steven Mnuchin.

« Sauvages, disproportionnées et déraisonnables »

Un haut responsable de Hong Kong, le secrétaire au Commerce Edward Yau, a qualifié ces mesures de « sauvages, disproportionnées et déraisonnables ».

« Si les États-Unis mènent unilatéralement ce type d’action déraisonnable, cela finira par affecter les entreprises américaines », a-t-il averti.

Un peu plus tard, le bureau de représentation du gouvernement chinois à Hong Kong a lui aussi condamné les sanctions américaines, les jugeant « barbares et grossières ».

« Les néfastes intentions des politiciens américains de soutenir des personnes qui sont anti-chinoises et de semer le désordre à Hong Kong ont été révélées au grand jour », a déclaré ce bureau dans un communiqué.

Recul des libertés?

Les sanctions américaines sont une réponse à l’adoption par la Chine, en juin, d’une loi sur la sécurité nationale dans l’ancienne colonie britannique qui, selon ses détracteurs, entraîne un recul des libertés inédit depuis la rétrocession de Hong Kong à la Chine par le Royaume-Uni en 1997.

Selon Pékin, la loi permet d’assurer la stabilité, de mettre fin aux violences qui ont marqué le mouvement de contestation de 2019 à Hong Kong, ainsi que d’y réprimer le courant pro-indépendance.

Mais pour les pays occidentaux, également inquiets du report des élections à Hong Kong sous prétexte de pandémie, le texte vise à museler l’opposition hongkongaise après les manifestations monstres de l’an dernier, qui dénonçaient l’influence de Pékin dans le territoire.

Fermeture de consulat

En représailles, le président américain Donald Trump avait annoncé à la mi-juillet la fin du régime économique préférentiel accordé par les États-Unis au territoire autonome, centre financier international majeur, et avait promulgué une loi prévoyant des sanctions contre des responsables hongkongais et chinois.

Entre-temps, le climat s’est envenimé entre les deux grandes puissances. Accusant la Chine d’espionnage, Washington a fait fermer son consulat à Houston (Texas), et la Chine a pris possession du consulat des États-Unis à Chengdu, dans le sud-ouest de la Chine.

Les États-Unis ont également pris parti contre Pékin dans les différends territoriaux en mer de Chine méridionale et l’ont accusé de violer les droits de la minorité musulmane ouïghoure.

Guerre numérique

C’est toutefois dans la sphère technologique que le durcissement est le plus radical. Donald Trump a signé jeudi un décret interdisant, d’ici 45 jours, toute transaction « des personnes sous juridiction américaine » avec ByteDance, la maison mère chinoise de TikTok, une application de vidéos légères extrêmement populaire auprès des jeunes.

Le président américain a également adopté un décret similaire concernant la plateforme WeChat, qui appartient au géant chinois Tencent et est omniprésente dans la vie des Chinois (messagerie, paiements à distance, réservations…).

Le président républicain a invoqué une « urgence nationale », accusant les deux applications d’espionner leurs utilisateurs américains pour le compte de Pékin.

Les décrets ne précisent pas les conséquences pratiques. Mais l’interdiction de toute transaction avec les deux entreprises pourrait obliger Google et Apple à retirer les deux réseaux de leurs magasins d’applications, empêchant, de fait, de les utiliser aux Etats-Unis

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