Présidentielle en Côte d’Ivoire: la candidature de Ouattara acceptée, celles de Soro et Gbagbo rejetées

© Ludovic MARIN Le président ivoirien Alassane Ouattara à Abidjan, le 21 décembre 2019.

ABIDJAN, AP- Le Conseil constitutionnel de Côte d’Ivoire a validé lundi la candidature du président Alassane Ouattara à un troisième mandat controversé et a rejeté celles de l’ex-président Laurent Gbagbo et de l’ex-chef rebelle et ex-Premier ministre Guillaume Soro à la présidentielle du 31 octobre.

Seules quatre des 44 candidatures déposées à la commission électorale ont passé le « cut » du Conseil constitutionnel. M. Ouattara, qui promet une victoire « un coup KO » (au premier tour) aura donc comme adversaires son vieux rival, ancien allié et ancien président Henri Konan Bédié (1993-1999), Pascal Affi Nguessan, ancien Premier ministre sous la présidence de Laurent Gbagbo, et l’ancien député Kouadio Konan Bertin, dissident du parti de M. Bédié.

La crainte de violences meurtrières à l’approche scrutin du 31 octobre et après les élections, est forte, dix ans après la crise née de la présidentielle de 2010 qui avait fait 3.000 morts. Cette crise était née du refus du président Laurent Gbagbo de reconnaitre sa défaite électorale face à Alassane Ouattara.

L’annonce de la candidature de M. Ouattara avait dégénéré en violences ayant fait une quinzaine de morts en août.

Lundi matin, alors que la décision du Conseil constitutionnel n’était pas connue, des manifestations et marches contre la candidature de Ouattara se sont terminées par des affrontements avec les forces de l’ordre, dans plusieurs villes de Côte d’Ivoire.

A Yopougon, grand quartier populaire d’Abidjan, des manifestants ont notamment incendié un bus, a constaté un photographe de l’AFP, alors que des échauffourées ont opposé forces de l’ordre et jeunes pendant la matinée. A Bangolo (Centre-Ouest), « des manifestants » ont incendié « un camion » minier et « des véhicules ». Ils « ont été dispersés par la gendarmerie à coups de gaz lacrymogène », selon habitant sous couvert de l’anonymat.

L'ancien président ivoirien Laurent Gbagbo, avant une audience à la Cour pénale internationale, à la Haye, le 6 février 2020.© Jerry LAMPEN L’ancien président ivoirien Laurent Gbagbo, avant une audience à la Cour pénale internationale, à la Haye, le 6 février 2020.

Le Conseil Constitutionnel n’a pas suivi les requêtes de plusieurs opposants qui estimaient que M. Ouattara ne pouvait accomplir un troisième mandat, la constitution limitant le nombre de mandats à deux.

Le Conseil a souligné que le changement de constitution en 2016 n’était pas une « révision » et estimé « La question de la possibilité ou non, pour le Président de la République sortant de briguer un nouveau mandat doit s’analyser à l’aune de l’adoption d’une nouvelle Constitution ».

Ironie, pour appuyer se conclusions, le Conseil constitutionnel a même cité M. Affi Nguessan (auteur d’une des requêtes), rappelant ses anciennes déclarations critiquant la nouvelle constitution: « Rien dans la nouvelle Constitution n’empêche le Président Ouattara d’être candidat à sa propre succession à l’élection présidentielle du 31 octobre 2020 ».

Les juges du Conseil constitutionnel ivoirien, le 14 septembre 2020 à Abidjan.© SIA KAMBOU Les juges du Conseil constitutionnel ivoirien, le 14 septembre 2020 à Abidjan.

Comme la précédente, la Constitution de 2016 limite à deux les mandats présidentiels. Les partisans de M. Ouattara affirmaient que le changement de Constitution a remis le compteur à zéro, alors que l’opposition jugeait sa nouvelle candidature inconstitutionnelle.

La Cour a en revanche sans surprise rejeté les candidatures de MM. Gbagbo et Soro, qui ont tous les deux été condamnés par la justice ivoirienne.

M. Gbagbo, 75 ans, qui ne s’est encore jamais prononcé publiquement sur sa candidature, est toujours en liberté conditionnelle en Belgique, dans l’attente d’un éventuel procès en appel devant la Cour pénale internationale (CPI), qui l’a acquitté en première instance de l’accusation de crimes contre l’humanité.

– « Combat âpre » –

Mais il est sous le coup d’une condamnation en janvier 2018 à 20 ans de prison par la justice ivoirienne pour l’affaire dite du « Braquage de la BCEAO », la Banque centrale des Etats d’Afrique de l’Ouest, lors de la crise de 2010-2011.

M. Soro a quant à lui été condamné en avril à 20 ans de prison pour recel de détournement de deniers publics.

« Je conteste vigoureusement la décision injuste et infondée prise par le Conseil Constitutionnel. Je considère que c’est une décision inique, politiquement motivée, juridiquement boiteuse et qui s’inscrit dans une logique d’anéantissement de la démocratie et l’Etat de droit », a réagi M. Soro sur Twitter et Facebook.

« Le Conseil Constitutionnel vient de cautionner, et cela sans surprise, la forfaiture et le parjure de M. Ouattara (…) Dans ces circonstances, j’annonce que nous engagerons une étape nouvelle de notre combat pour la démocratie dans notre pays. Elle sera âpre mais nous la gagnerons sans aucun doute », a menacé Guillaume Soro, qui a promis de dévoiler ses intention le 17 septembre lors d’une conférence de presse en France.

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