REPORTAGE. Election américaine : en Pennsylvanie, le décompte des votes par correspondance tient la population en haleine

Dans le comté de Bucks, situé à une heure de Philadelphie, comme dans le reste de l’Etat, les bulletins envoyés par courrier vont déterminer le résultat de l’élection présidentielle.

AP- Dans le comté de Bucks, situé à une heure de Philadelphie, comme dans le reste de l’Etat, les bulletins envoyés par courrier vont déterminer le résultat de l’élection présidentielle.

« Aujourd’hui, le monde entier à les yeux rivés sur nous ! » Même lorsqu’on récupère une voiture de location à Philadelphie, il est tout de suite question de l’issue incertaine de l’élection présidentielle américaine. Il faut dire que la Pennsylvanie, Etat clé qui n’a toujours pas annoncé son vainqueur mercredi 4 novembre, pourrait faire basculer l’Amérique.

En début de soirée, un million de bulletins devaient encore être dépouillés pour déterminer qui, de Donald Trump ou de Joe Biden, obtiendrait les 20 grands électeurs de cet Etat de la « Rust Belt », la « ceinture de rouille », le surnom de cette région industrielle du nord-est du pays.

Les autorités pennsylvaniennes estiment que le décompte des votes pourrait se prolonger jusqu’au vendredi 6 novembre. En cause : le vote par correspondance choisi cette année par de nombreux électeurs en raison de la pandémie de Covid-19. C’est notamment le cas à Doylestown, ville pittoresque de 8 000 habitants située à une heure de « Philly ». « A la date de lundi 2 novembre [Soit la veille de l’élection], 156 000 bulletins nous avaient été retournés, indique à franceinfo Larry King, responsable des relations publiques pour le comté de Bucks, dont la bourgade est le siège. On n’a jamais vu ça : en 2016, on en avait reçu 20 000, et c’était déjà un record ! »

Un « dragon » pour accélérer le décompte

Or, en Pennsylvanie, une loi empêche le dépouillement des votes par correspondance avant l’Election Day« Nous avons bien tenté de convaincre le Congrès de l’Etat [à majorité républicaine] d’autoriser un décompte plus tôt, comme c’est le cas dans d’autres Etats, mais ils ont refusé », soupire le responsable local.

En ce lendemain de journée d’élection, une petite centaine de manifestants ont, littéralement, les yeux rivés sur le processus. Ils se sont rassemblés devant le siège du comté de Bucks mercredi en début d’après-midi, pour réclamer que « tous les votes soient comptés »« Cela tombe bien, c’est exactement ce que nous sommes en train de faire ! », sourit Larry King. Ici, Hillary Clinton a battu Donald Trump (lien en anglais) d’un maigre 0,8 point, il y a quatre ans. Cette année, Joe Biden pourrait creuser l’écart.

Debout dans le couloir du bâtiment, le communiquant aux cheveux blancs scrute l’un des trois écrans de surveillance qui permettent de suivre en direct le dépouillement dans une salle voisine. C’est dans cette « sorte de coffre-fort » que des employés se relaient en continu depuis mardi matin pour comptabiliser les votes par courrier. « Les enveloppes sont sous bonne garde pour éviter toute fraude. Les entrées et les sorties de la salle sont contrôlées, les assesseurs ont dû prêter serment et plusieurs observateurs gardent un œil sur le processus », liste Larry King.

Mais pour traiter cette masse de courrier, il a fallu innover. « En juin, pour les primaires en vue de la présidentielle, nous ouvrions tout à la main avant de scanner les bulletins, poursuit le responsable. Il nous a fallu une semaine pour tout traiter, alors que nous avions beaucoup moins de votes que ce que l’on attendait pour le 3 novembre. » Pour régler le problème, le comté de Bucks a investi dans une machine à plusieurs millions de dollars : « le dragon », comme on la surnomme ici, capable de trier les courriers par municipalité puis par district, mais aussi de décacheter les enveloppes.

Ensuite, nos employés lissent les bulletins à la main et les empilent. Puis on les passe dans dix scanners ultra rapides, capables de comptabiliser chacun des 2 000 bulletins en une heure.

Larry King

à franceinfo

Grâce à cet investissement, financé par l’aide fédérale en réponse à la crise du Covid-19, le comté espère communiquer « tous ses résultats d’ici jeudi matin ». Et ils sont attendus avec impatience. Comme dans le reste de la Pennsylvanie, certains observateurs prédisent un « mirage rouge » [Le cas de figure où Trump proclame sa victoire avant la publication des résultats finaux, le rouge étant la couleur du parti républicain] dans cette circonscription. « Nous avons d’abord décompté les votes en personne, qui étaient extrêmement nombreux cette année, et qui ont placé Donald Trump en tête dans le comté », détaille Larry King. Puis est venu le dépouillement des votes par correspondance, « qui sont largement favorables à Joe Biden ».

Un vote par correspondance décisif pour Biden

Sur les 200 000 électeurs qui ont demandé des bulletins à renvoyer par courrier, « plus de 60% étaient démocrates », souligne le responsable local. « C’est ce qui explique que ces votes favorisent plutôt l’ancien vice-président. » Suffisant pour renverser la vapeur et permettre à Joe Biden de rattraper son retard sur son adversaire ? Mercredi après-midi, Donald Trump ne comptait que 12 000 voix d’avance sur l’ancien vice-président dans le comté de Bucks. « Et il nous reste 56 000 votes par correspondance à dépouiller : s’ils sont très majoritairement démocrates, Joe Biden peut repasser en tête dans notre comté », souligne Larry King.

C’est sur ce scénario, qui a permis au démocrate de remporter des victoires décisives dans le Michigan et le Wisconsin, que comptent Liz et Anne. Ces deux Américaines sont venues manifester devant le siège du comté pour s’assurer que « les voix de tous les électeurs soient entendues ». « Les équipes de Donald Trump ont déjà lancé plusieurs actions en justice pour contester les résultats, notamment en Pennsylvanie », s’alarme Liz.

Une plainte vise déjà le comté de Bucks. « Une insulte pour tous les travailleurs qui œuvrent sans relâche depuis deux jours pour faire connaître les résultats au plus vite », s’insurge Larry King auprès de franceinfo. Alors qu’il ne manque plus que six grands électeurs à Joe Biden pour remporter l’élection présidentielle, le responsable local en est convaincu : « Même si on connaît le vainqueur avant que la Pennsylvanie ne livre ses derniers résultats, avec tous ces procès, vous n’avez pas fini d’entendre parler de nous. »

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