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« Il y a dans la nature environ 500 djihadistes tunisiens »

AP- Plus de trente ans après la fondation d’Al-Qaïda et plus de neuf après la mort de son chef Oussama Ben Laden par les forces spéciales américaines à Abbottabad au Pakistan, le réseau djihadiste sème toujours la terreur. Il reprend même de la vigueur en attirant les anciens membres de l’État islamique, vaincus en Irak et en Syrie en 2017. Ainsi en septembre, Al-Qaïda appelle à attaquer Charlie Hebdo après une nouvelle publication des caricatures de Mahomet.

Ses attentats les plus violents, il les commet néanmoins au Sahel où il dispose d’environ 5 000 combattants. En face, les troupes françaises et leurs alliés de la force Barkhane peinent à endiguer sa progression, en dépit de quelques succès. Dernier exemple : l’élimination d’une cinquantaine de djihadistes le 30 octobre au Mali, à proximité de la frontière du Burkina Faso.

Le spécialiste Mathieu Guidère, auteur de L’Atlas du terrorisme islamiste (Autrement), décrypte le mode opératoire d’Al-Qaïda, les relations avec l’État islamique, le choix des cibles.

Mathieu Guidère : Depuis la découverte des documents internes d’Al-Qaïda dans la cache de Ben Laden au Pakistan, nous savons précisément comment fonctionne l’organisation. Ben Laden dirigeait de près la structure. Il rédigeait des notes, interrogeait les responsables régionaux, suggérait des alliances. Son successeur, l’Égyptien Ayman al-Zawahiri, poursuit dans la même lignée. Même s’il n’intervient pas sur l’aspect tactique des opérations, il définit la stratégie et demande des comptes à ses affiliés, notamment sur le financement et le choix des cibles. Nous sommes face à une organisation centralisée et militaire, contrairement à une idée reçue : celle d’un label que revendiqueraient des groupes locaux.

Quelle est la filiale d’Al-Qaïda la plus puissante ?

Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) est la plus active avec sans doute la filiale du Yémen, Al-Qaïda dans la péninsule arabique (Aqpa). Cela dit, la seconde n’a pas autant d’exposition médiatique en raison de la guerre au Yémen qui brouille les choses. Mais elle commet également beaucoup d’attentats.

Combien de membres comprend Al-Qaïda ?

Plus de 70 000 membres. Je dirais qu’ils sont actuellement deux fois plus nombreux que les forces de l’État islamique.

En juin, la France a annoncé l’élimination d’Abdelmalek Droukdel, le chef d’Aqmi. Quelles en sont les conséquences ?

Cela n’a pas changé grand-chose. Aqmi a transféré depuis 2012 la quasi-totalité de ses chefs et de sa logistique de l’Algérie vers le Sahel. Or Droukdel était d’origine algérienne et ses avis n’avaient plus forcément beaucoup de poids. L’homme puissant d’Aqmi au Sahel s’appelle Iyad Ag Ghali. C’est un touareg malien qui a réussi à regrouper tous les mouvements djihadistes, touaregs, arabes et peuls de la région au sein d’une structure baptisée GSIM. Il a fait du GSIM une marque qui revendique l’essentiel des attentats.

L?État islamique se spécialise dans l?ennemi lointain à la différence d?Al-Qaïda, focalisé sur l?ennemi proche.

Al-Qaïda est-il à l’origine de la plupart des attentats ?

Au Sahel, oui. Quatre-vingts pour cent des attentats contre les intérêts occidentaux sont le fait d’Al-Qaïda. Le reste est signé de l’État islamique. En revanche, sur le sol européen, c’est l’État islamique qui agit. Al-Qaïda a revendiqué l’attentat des frères Kouachi à Charlie Hebdo, mais il s’agissait d’une coopération avec l’État islamique puisqu’Amedy Coulibaly, le terroriste de l’Hyper Cacher, se réclamait, lui, de l’État islamique.

Comment expliquer la plus forte implication de l’État islamique en Europe ?

L’État islamique veut garder son caractère internationaliste et se spécialise dans l’ennemi lointain, à la différence d’Al-Qaïda focalisé sur l’ennemi proche, c’est-à-dire les gouvernements locaux et les Occidentaux présents dans les pays musulmans.

L’auteur de l’attentat de la basilique de Nice est tunisien, tout comme l’était celui qui a commis l’attaque au camion sur la promenade des Anglais en juillet 2016 à Nice. Existe-t-il une filière tunisienne ?

C’est difficile à dire. N’oublions pas qu’un autre terroriste récent était d’origine tchétchène (celui qui a décapité l’enseignant Samuel Paty à Conflans-Sainte-Honorine, NDLR). Une chose est sûre, les Tunisiens rejoignent plutôt l’État islamique, car dans la région Al-Qaïda est tenu par les Algériens. Les Tunisiens ont même été parmi les principaux pourvoyeurs de l’État islamique en Irak et en Syrie.

À la chute de l’État islamique, 1 500 combattants tunisiens sont rentrés au pays. Les deux tiers ont été emprisonnés, mais il en est resté un tiers dans la nature. Ce sont ces 500 individus qui posent problème. Les autorités tunisiennes ont exercé une telle pression sécuritaire qu’une partie a fui vers l’Italie en se mêlant aux migrants de Lampedusa. Depuis, comme il leur est difficile de s’intégrer au sein des mafias italiennes, ils convergent vers Nice où existe déjà une importante communauté tunisienne. Une fois sur place, les plus radicaux passent à l’action.

Al-Qaïda veut créer une sorte d?Union européenne des musulmans, tandis que l?État islamique veut bâtir les États-Unis islamiques.

Quels sont les rapports entre Al-Qaïda et l’État islamique ?

Ils sont très mauvais. Au temps de sa puissance, l’État islamique a aspiré bon nombre des membres d’Al-Qaïda. Depuis sa chute en 2017, beaucoup de combattants retournent dans le giron d’Al-Qaïda. Et cela crée énormément de conflits entre les deux organisations. En particulier au nord du Mali, où les deux camps s’affrontent au prix de plusieurs dizaines de morts.

Partagent-ils le même agenda ?

Absolument pas. Il y a une grande divergence idéologique. Tous deux veulent créer des États islamiques. Mais dans le cas d’Al-Qaïda, c’est un émir qui doit en prendre la tête, autrement dit un chef militaire. Dans le cas de l’État islamique, il s’agit d’un calife, un chef spirituel. Autre différence : Al-Qaïda n’a pas pour projet d’abolir les frontières. Il veut créer une sorte d’Union européenne des musulmans. En revanche, l’État islamique veut bâtir les États-Unis islamiques, c’est-à-dire une fédération. On l’a vu lorsqu’il s’est implanté à la fois sur le territoire irakien et syrien en 2014. Ces deux pays sont devenus des provinces avec à leur tête des gouverneurs (wâli).

Ce sont deux modèles différents malgré un objectif commun. D’où ces combats fréquents entre eux. L’État islamique accuse ainsi Al-Qaïda de faire le jeu des mécréants et des colonisateurs en acceptant le tracé des frontières. Alors qu’à ses yeux il s’agit des terres de l’islam.

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