GENERAL MARC FOUCAUD, ANCIEN PATRON DE L’OPERATION SERVAL SUR LE SAHEL : « Il convient rapidement d’endiguer l’action des mouvements terroristes »

GENERAL MARC FOUCAUD, ANCIEN PATRON DE L’OPERATION SERVAL SUR LE SAHEL

AP- Après avoir servie dans l’armée française pendant plusieurs années, le Général Marc Foucaud est désormais un consultant sur les questions sécuritaires dans les zones comme le Sahel. En effet, il a dirigé l’opération Serval au Mali pendant une année avant de prendre sa retraite avec le service militaire. Intervenant lors de la conférence de haut niveau sur le commerce illicite dans la zone Cedeao, il a estimé qu’il faut une volonté politique pour endiguer la situation actuelle des pays du sahel. Entretien ….

J’ai quitté le service actif depuis maintenant quatre ans. Juste après le commandement de l’opération Serval au mali où j’étais patron pendant un an.

Quelle analyse faite-vous de la situation actuelle au niveau du sahel ?

La situation du Sahel est à l’image de la situation au mali. C’est-à-dire que la situation s’est clairement dégradée depuis 2014 au moment où je quittais l’opération. Cela ne veut pas dire que c’est mon absence qui a fait que l’évolution va dans ce sens. Non. Je crois que, malheureusement, il n’y a pas eu de solutions politiques crédibles à la problématique malienne. Je pense que cette situation a quelque peu dégradé la situation dans d’autres zones du Mali et également, le nord du Burkina Faso qui est touché actuellement. Donc, cette dégradation, elle est préoccupante pour tous les pays du Sahel. Et, notamment pour le Sénégal. Je pense qu’il convient rapidement d’endiguer l’action des mouvements terroristes par une action extrêmement vigoureuse au niveau du G5 Sahel qui, pour moi est une solution crédible face à cette menace.

Souvent, les Etats ont tendance a mobilisé plus de moyens militaires que financier. Est-ce suffisant pour régler la situation dans cette partie de l’Afrique ?

Bien évidemment, les moyens militaires et sécuritaires  en général sont importants. Parce que, des gens qui ne veulent pas composer et qui ne veulent pas essayer de trouver des solutions. Maintenant, l’on s’aperçoit que les problèmes existent. Parce qu’il y a un terreau. L’Etat n’est pas forcément présent et que d’autres occupent la place à son absence. Donc, il faut simultanément une approche globale qui soit faite au niveau de l’Etat. C’est-à-dire des moyens militaire pour effectivement, attaquer, affaiblir les groupes armés. Mais également, toute une partie politique, économique, développement, formation, éducation et santé qui sont les devoirs d’un Etat. Lorsque l’Etat n’est pas présent, d’autres sont présents à sa place. Et, cela pose un problème.

La  situation d’instabilité dans le nord à favoriser le commerce illicite dans la zone. En tant qu’ancien patron de l’opération Serval, qu’est qui doit être la posture des Etats pour lutter efficacement contre ce fléau qui plomb leurs économies ?

Je pense que les états du Sahel doivent bien voir que s’ils ne ferment pas le robinet du financement du terrorisme, à savoir les trafics, je pense que ce sera extrêmement difficile de trouver une solution. Seize milliards de cigarettes sur le marché parallèle. Cela représente environ 1 milliards d’euros de profit pour les trafiquants. Uniquement pour les cigarettes. Vous prenez, le hachich, la cocaïne, les médicaments ou d’autres produits du trafic, ce sont des profits énormes. Je pense que le problème est réel, il faut s’attaquer aux racines du problème. Il n’y aura pas d’actions armées, s’il n’y a pas d’argent. S’il n’y a pas de trafic, il n’y aura pas d’argent. Donc, c’est vraiment un problème de volonté politique. Je ne suis pas africain et je ne me permets pas de donner de leçons. Je fais des recommandations. Donc, je pense que pour trouver une solution, il faut qu’il y ait des volontés. Parce qu’il y a des difficultés et qui sont nombreuse. Je ne veux pas rentrer dans les détails. Mais vous le connaissez aussi bien que moi.  Il ne faut se cacher.

Dans votre présentation sur le commerce illicite, vous avez parlé de l’Union Européenne. Quel peut être l’apport de l’UE dans la lutte contre ce phénomène qui constitue une menace pour les économies des pays de la zone ?

Je pense que l’Union Européenne est directement concernée. Puisque, les produits arrivent jusqu’en Europe. Ensuite, je pense que l’Europe dispose de moyens et des compétences qui peuvent aider les pays sahéliens à venir à bout du problème. En tout cas, essayer de diminuer cette problématique qui est vraiment majeur dans la région.

Quel rôle joue la Libye dans l’expansion de ce trafic au niveau du Sahel ?

C’est un pays où il n’y a pas d’autorités. C’est un Etat failli. Donc, bien évidemment, les groupes de tout poil profitent et imposent leurs lois. C’est favorable à tout trafic et action, je dirai illégale.

Quels sont les recommandations pour que les Etats de l’Afrique subsaharienne parviennent à combattre ce fléau qui fait perdre plusieurs milliards de francs Cfa à leurs économies ?

La solution, elle n’est pas simple. Je l’avoue. Mais, je pense qu’elle est politique. Il faut trouver une solution politique au problème malien. Que le Burkina Faso également, arrive à reprendre pied dans le nord du pays. Je crois que c’est aussi un vrai problème mais qui demande de la volonté et une vaste stratégie. Pour moi, tout est jouable. Comme vous avez pu le noter, la problématique de la volonté est fondamentale.

Propos recueillis par Adama COULIBALY

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