Kenya: le lac Turkana placé sur la liste du patrimoine en péril

La région désertique du Lac Turkana, dans le nord du Kenya (photo d’archives).

Nairobie, AP- La liste du patrimoine mondial en péril s’est allongée jeudi 28 juin. L’Unesco vient d’y ajouter le lac Turkana. Plus grand lac désertique au monde, considéré comme le berceau de l’humanité, le lac Turkana, situé au Kenya, est menacé par un barrage hydroélectrique, Gibe III, le plus haut barrage d’Afrique construit par l’Ethiopie. Menacé aussi par des projets d’irrigation sur son principal affluent.

44 km de large, 249 km de long en suivant la vallée du Grand Rift africain, le Lac Turkana est souvent surnommé « la mer de Jade » pour ses reflets. Quelque 500 000 personnes dépendent de ce riche écosystème pour vivre. Mais peut-être plus pour très longtemps.

Paléoanthropologue kényan, Richard Leakey a réalisé plusieurs découvertes majeures sur le Lac. Il est furieux. « Le lac disparaît parce que les Ethiopiens ont construit un barrage sur un des affluents du lac afin de produire de l’électricité. Dans les faits, l’Ethiopie veut surtout irriguer des champs de canne à sucre et de coton. Les pesticides et les résidus de fertilisants vont venir se répandre dans le lac qui sera probablement à sec dans 30 ans. Ce sera alors la deuxième mer d’Aral du monde, un désert de sols toxiques qui empoisonnent l’agriculture. Un véritable désastre. »

Un rapport d’évaluation publié sur le site de l’Unesco fustige déjà une « baisse générale rapide du niveau d’eau depuis janvier 2015, quand le chargement » du barrage Gibe III a commencé. « Je crois que le gouvernement Ethiopien doit envisager une alternative à son programme, analyse le professeur Richard Leakey. S’ils ont besoin de produire de l’électricité, rien ne les empêche de faire repartir l’eau vers le lac. Mais je comprends qu’ils veulent surtout de l’irrigation. Ils prévoient même deux barrages supplémentaires en aval. Je ne crois pas que l’Unesco puisse nous aider. Il faudrait un investissement beaucoup plus important de la communauté internationale qui dise : « Vous ne pouvez pas faire ça au XXIe siècle ». »

Lors de la réunion du Comité du patrimoine qui s’est tenue jeudi à Bahreïn, le représentant du Kenya a d’ailleurs appelé à « un soutien international » pour assurer la conservation du site.

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