Comment le cafouillage du plan pauvreté enfonce Macron dans le piège du « président des riches »

Comment le cafouillage du plan pauvreté enfonce Macron dans le piège du « président des riches »

AP- En donnant l’impression de reporter des annonces sociales pour cause de Coupe du Monde, le gouvernement s’est tiré une balle dans le pied. Emmanuel Macron devant le congrès de la Mutualité où il avait esquissé sa philosophie sociale.

Ce devait être une étape majeure dans l’entreprise de détricotage du costume de « président des riches » qui colle à la peau d’Emmanuel Macron. Au lieu de cela, le plan anti-pauvreté attendu avec impatience par les associations est en passe de devenir un nouveau symbole du « mépris » affiché par Emmanuel Macron à l’égard des Français les plus modestes.

A l’origine de ce retour de flamme: un simple cafouillage de calendrier sur la présentation du plan anti-pauvreté, entré en pleine collision avec la Coupe du monde de football. Il y a encore une semaine, tout semblait être prêt pour que ce plan soit dévoilé la semaine prochaine, dans la foulée du discours du président de la République devant le Parlement réuni en congrès à Versailles. Mais mercredi, la ministre de la Santé Agnès Buzyn laissait entendre que son annonce pourrait être décalée si l’Equipe de France se qualifiait pour les demi-finales, Emmanuel Macron ayant promis de se rendre en Russie pour assister à l’événement. Dans la foulée, une source élyséenne citée par France Inter confiait même que le plan était repoussé à la rentrée pour ne pas se faire voler la vedette par les accélérations de Kylian MBappé.

Il n’en fallait pas beaucoup plus pour accréditer le scénario que le président faisait passer le football et son plan de communication avant l’urgence sociale du pays.

« Pour le plan pauvreté, Macron a piscine »

En catastrophe, la communication de l’Elysée a bien tenté de rattraper le coup en rappelant (à raison) qu’aucune date n’avait été officialisée pour la présentation du plan pauvreté et que le renvoi à la rentrée répondait avant tout à d’ultimes arbitrages en cours de validation. Tout en regrettant « le parallèle malheureux » qui a « pu être sous-entendu entre les annonces liées à la stratégie pauvreté et le calendrier des matchs de l’équipe de France de football », la députée LREM Brigitte Bourguignon, figure de l’aile gauche du parti présidentiel, a même justifié ce report en insistant sur l’ampleur de la « transformation sociale » qui en découlera.

Des arguments qui n’ont pas suffi à enrayer le procès en « indignité » instruit par les opposants de gauche comme de droite, bien décidés à ne plus rien laisser passer au chef de l’Etat. « Même quand il jette des miettes de brioches sur le passage de son carrosse les pauvres doivent attendre et attendre! Pour les milliards des riches, c’est toujours dans l’urgence », a déploré le député François Ruffin (France insoumise). « Des jeux et pas de pain! Les plus modestes attendront que ça ruisselle », a renchéri son collègue socialiste Boris Vallaud tandis que le député européen RN (ex-Front national) Steeve Briois taclait un « beau footage de gueule! ».

La controverse a pris d’autant plus vite qu’Emmanuel Macron est depuis quelques semaines d’une succession de polémiques visant son train de vie élyséen, son mode de gouvernance ou encore sa communication jugée outrancière. « Pour le plan pauvreté, Macron a piscine », a grincé la députée LFI Clémentine Autain, dans une allusion à la piscine hors-sol commandée par le couple présidentiel pour ses vacances au fort de Brégançon.

Le président des Républicains, Laurent Wauquiez, a dénoncé de son côté la marque « de ce tout communication qui s’est installé » au sommet de l’État, jugeant « consternant » que le plan pauvreté soit repoussé « parce qu’il n’y a pas de créneau médiatique pour que le président de la République s’exprime ». Même sentiment chez les syndicats: faire passer « les pauvres après le Mondial, franchement, c’est une com’ catastrophique », a résumé le secrétaire général de Force ouvrière, Pascal Pavageau.

Des mesures retardées d’un an

Au-delà des opposants irréductibles à la politique d’Emmanuel Macron, le report du plan pauvreté a également semé la consternation chez les associations qui espéraient voir ses mesures les plus emblématiques, en cours d’élaboration depuis huit mois, s’appliquer dès la rentrée prochaine.

Certaines sont en effet directement liées au calendrier scolaire: parmi les plus emblématiques, la création d’un fonds pour généraliser le tarif social dans les cantines ou encore la proposition de petits-déjeuners gratuits au primaire et/ou au collège dans certains territoires défavorisés. « La misère n’attend pas et on va perdre une année », a réagi dans Le Monde Véronique Fayet, la présidente du Secours catholique

Annoncée en octobre lors d’un déplacement d’Emmanuel Macron dans une crèche, l’élaboration d’un plan de lutte contre la pauvreté – qui touche 14% de la population – avait conduit à la nomination d’un délégué interministériel à la pauvreté, Olivier Noblecourt, et au lancement d’une grande concertation. En mars, six groupes de travail avaient remis au gouvernement 110 propositions pour « lutter contre le déterminisme social ». Mais depuis, la présentation se faisait attendre, créant une impatience de plus en plus inquiète.

« On nous a dit mai, puis juin, puis juillet, maintenant septembre. On est en droit d’être déçus », s’est indigné auprès de l’AFP Eric Pliez, président du Samu social de Paris, déjà échaudé par les récentes provocations du président de la République. « Après les déclarations sur les aides sociales et le ‘pognon de dingue’, nous sommes peu confiants », reconnait-il.

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