0 8 minutes 3 mois

Via la résolution 2690, les membres permanents du Conseil de sécurité des Nations unies ont décidé de mettre fin à la mission des Casques bleus au Mali. Comment le Cadre stratégique permanent pour la paix, la sécurité et le développement a accueilli cette annonce ? Alors que les tensions sont vives entre le gouvernement et la CMA dans la mise en œuvre de l’Accord de paix, dans ce contexte de retrait de la Minusma, quel avenir pour l’Accord de paix déjà malmené par les parties signataires ? Maouloud El Maouloud Ramadane, porte-parole du Cadre stratégique permanent pour la paix, la sécurité et le développement (CSP-PSD) répond à nos questions. Entretien.

 Mali Tribune : Avez-vous été surpris de l’annonce du retrait de la Munisma ?

Maouloud El Maouloud Ramadane : On n’a pas été surpris par l’annonce de cette nouvelle qui est le retrait de la Minusma. Parce que depuis la dernière réunion du Conseil de sécurité des Nations unies du 16 juin, où les autorités maliennes avaient demandé son retrait sans délai, nous avons compris cela. Mais on sait qu’en ce qui concerne les opérations de maintien de la paix, sans le consentement de pays hôte ne peut pas rester. Donc, il faut forcément la collaboration des autorités du pays hôte. Si celles-ci ne veulent plus de leur présence, les Casques bleus sont obligés de quitter. Et lorsque les autorités avaient fait cette demande, nous avons fait un communiqué pour alerter les risques liés au départ de la Minusma sachant bien que cette mission onusienne joue un rôle crucial dans le processus de paix avec un mandat d’appui de suivi à la mise en œuvre de l’Accord. Nous sommes déjà à notre huitième année après la signature de l’Accord et il y a beaucoup de facteurs qui sont en train de l’impacter et si on augmente à cela le départ de la Minusma ça va être un danger pour le processus de paix au Mali. C’est pourquoi nous avons appelé le Conseil de sécurité de l’Onu.

Mali Tribune : Faut-il craindre le pire sans la Minusma ?

M E. R. : Cette lettre rentre dans le cadre de nos préoccupations suite au retrait de la Minusma. Raison pour laquelle le Cadre stratégique permanent pour la paix, la sécurité et le développement (CSP-PSD) a écrit cette lettre pour le Conseil de sécurité pour le tenir au courant, mais aussi de l’alerter sur les conséquences que le départ de la Minusma pourra avoir sur la situation du Mali et le Sahel en général et particulièrement sur le processus de mise en œuvre de l’Accord. C’est dans ce cadre que nous avons adressé cette lettre signée par le président Alghab Ag Intalla.

Mali Tribune : Selon vous, la Minusma est-elle une partie du problème ?

M E. R.: Cette question mérite d’être posée aux autorités maliennes qui font ces allégations à l’endroit de la Minusma. Mais il faut tout d’abord savoir que la Minusma est là à la demande des autorités maliennes et elle peut partir à la demande de celles-ci comme c’est le cas déjà. Mais nous, on ne peut pas dire cela. Nous savons que la Minusma joue un rôle très important dans tout le Mali particulièrement dans les régions du Nord et dans plusieurs domaines que ce soit dans le développement, l’emploi des jeunes, la sécurité ou la protection des droits de l’Homme. Mais dès le moment où les autorités à qui cette mission de maintien de la paix est là ne voient pas sa nécessité, je crois que ce sujet doit normalement être clos. Déjà, nous avons pris acte de cette résolution du retrait de la Minusma votée à l’unanimité.

Mali Tribune : Quel avenir pour l’Accord de paix déjà malmené par les parties signataires ?

M E. R. : L’avenir de l’Accord va dépendre de ce que les parties signataires elles-mêmes vont lui donner. Parce que ça dépend d’elles. C’est elles qui sont concernées et ça relève de leurs responsabilités en premier lieu. C’est vrai que la médiation internationale est là en tant que garante de ce processus de paix et joue un rôle d’accompagnement. Donc, si la Minusma se retire, elle va beaucoup impacter sur le processus de paix. La Minusma assure le secrétariat permanent du Comité de suivi de l’Accord de paix qui est l’organe principal de la mise en œuvre de l’Accord d’Alger et préside aussi plusieurs autres missions comme le Comité technique sécuritaire (CTS), l’observation du cessez-le-feu, Comité de suivi et l’application de certains arrangements sécuritaire. Donc obligatoirement, son départ va impacter ce processus. Mais si les parties signataires ont la volonté politique de le continuer, la Minusma n’est qu’une partie de cette équipe de la médiation qui est à sa tête l’Algérie. Il va falloir trouver un autre mécanisme pour jouer ce rôle que la Minusma jouait, c’est-à-dire responsabiliser une autre entité peut être l’Union africaine, la Cédéao ou un envoyé spécial des Nations unies pour la mise en œuvre de l’Accord. Il faut obligatoirement qu’on trouve un mécanisme pour remplacer le rôle que la Minusma jouait.

Mali Tribune : Que vous a dit l’ambassadeur russe au Mali à propos de la mise en œuvre de l’Accord ?

M E. R. : Notre rencontre avec l’ambassadeur russe n’est pas la première. Nous avons toujours l’habitude de rencontrer tous les ambassadeurs qui ont un lien direct dans la mise en œuvre du processus de paix ou qui sont les pays membres permanents du Conseil de sécurité. C’est la cinquième fois que nous rencontrons l’ambassadeur russe. Et nous avons discuté avec ce dernier des sujets d’actualité surtout le départ des Casques bleus, du processus de paix, les problèmes auxquels le pays est confronté. Il nous a rassurés que la Russie est attachée à la paix et appelle toutes les parties à la retenue et de privilégier le dialogue.

Propos recueillis par

Ousmane Mahamane