Dècès de Diego Maradona. Livre sacré, baptême, jours saints : la légende du football possède son propre courant religieux

Captures d’écran – Le footballeur Diego Maradona arrive à la clinique Olivos, près de Buenos Aires le 3 novembre 2020. © Federico Pestellini / Panoramic / Bestimage Screenshots – Football player Diego Maradona arrives at the Olivos Clinic, near Buenos Aires

AP- La légende du football Diego Maradona est décédée à l’âge de 60 ans, ce mercredi d’une crise cardiaque. Son décès plonge des milliers de fidèles, membres de l’église maradonienne, dans une profonde tristesse. Depuis 1998, « El Pibe de Oro » possède son courant religieux. Sa biographie fait office de livre sacré, des cérémonies, ritualisées à l’extrême, ont lieu en son honneur. Plongée dans un culte symbole de l’aura démesurée de l’un des plus grands sportifs de l’histoire.

Pour des milliers de fidèles, Dieu est mort ce mercredi 25 novembre 2020. Au sens propre du terme. La légende du football Diego Maradona s’est éteinte, à l’âge de 60 ans, victime d’une crise cardiaque. L’Argentin possédait une aura inégalable, quasi irrationnelle. La preuve ultime : la Igleisa Maradoniana, comprenez « église maradonienne », courant religieux créé en son honneur, en 1998 à Rosario, ville portuaire du nord-est argentin. « Notre religion est le football et comme toute religion, elle doit avoir un Dieu », peut-on lire sur la page Facebook éponyme, qui cumule près de 100 000 adorateurs.

Vingt-deux ans après sa création, ils sont des dizaines, voire des centaines de milliers à faire partie de ce courant religieux. Le profil des fidèles est d’un éclectisme total. Il y a les plus célèbres, comme les footballeurs Lionel Messi, Ronaldinho, Carlos Tévez, Gary Lineker ou encore le basketteur argentin de NBA Manu Ginobili. Des adorateurs argentins, il y en a beaucoup, logiquement. Mais le culte voué au « Pibe de Oro » dépasse les frontières de son pays natal. Selon les derniers recensements, l’Espagne et le Mexique comptent également de nombreux fidèles. Mais tous les pays sont représentés : de la Norvège au Mozambique ; de Singapour  à l’Afrique du Sud. Comme un symbole de l’aura planétaire de Maradona.

Mara et Dona, les noms donnés aux deux jumelles d'un des fidèles de l'église maradonienne.© AFP Mara et Dona, les noms donnés aux deux jumelles d’un des fidèles de l’église maradonienne.

Pour se faire baptiser, reproduire la célèbre « main de Dieu » face à l’Angleterre lors du Mondial 1986

Les fidèles de l'église maradonienne, en tenue.© Twitter @IGMARADONIANA Les fidèles de l’église maradonienne, en tenue.

Le 30 octobre 1998, jour du 38e anniversaire de l’idole, trois journalistes argentins fondent l’église maradonienne : Héctor Campomar, Hernan Amez et Alejandro Veron. Ce dernier a pour coutume de résumer sa foi avec la maxime suivante : « J’ai une religion rationnelle, c’est l’Église catholique et j’ai une religion dans mon cœur, c’est Diego Maradona. » Les ressemblances entre ces deux dévotions sont frappantes. Dans l’Église maradonienne, la Bible est remplacée par une des nombreuses biographies de Maradona, intitulée Yo Soy El Diego (Moi Diego). Lors des cérémonies, une copie usée trône près de l’autel.

L'une des biographies de Diego Maradona "Yo Soy El Diego" est le livre sacré de la religion maradonienne.© AFP L’une des biographies de Diego Maradona “Yo Soy El Diego” est le livre sacré de la religion maradonienne.

Les cérémonies, justement, sont codifiées à l’extrême. Des mariages maradoniens sont célébrés chaque année. Les heureux mariés arborent robes et costumes flanqués d’un numéro dix, celui de Maradona, dans le dos. Devant l’officiant, vêtu d’un foulard Maradona en guise d’étole, le couple jure de « s’aimer et de se respecter », bien sûr, mais également «  de partager des vidéos et des buts de notre Dieu ».

Le rite va encore plus loin lors du baptême. En 2008, The Guardian racontait que le début de cette cérémonie était marqué par l’entrée de six hommes en tunique blanche – portant le numéro dix dans le dos – dans l’église. A ce moment-là, les fidèles récitent le « Nuestro Diego » (voir plus bas), en chœur. Celui qui se fait bénir se présente devant l’autel, où trône un immense portrait de l’idole. Il doit enlever son haut, puis enfile un maillot orné du n°10. Vient ensuite le moment sacré. Pour entrer définitivement dans l’ordre, il doit recréer l’une des plus grandes actions de la carrière de Maradona : sa « main de Dieu » contre l’Angleterre lors de la Coupe du monde 1986. Un ballon est jeté, le geste est imité, la main touche le ballon et la foule part en délire, célébrant l’arrivée officielle de l’un de ses nouveaux membres.

Les fidèles de l'Église maradonienne se réunissent fréquemment pour célébrer Diego Maradona, leur idole.© Twitter @IGMARADONIANA Les fidèles de l’Église maradonienne se réunissent fréquemment pour célébrer Diego Maradona, leur idole.

Noël maradonien et Pâques maradoniennes

Les Dix Commandements de l'église maradonienne, fondée en l'honneur de Diego Maradona.© Twitter @IGMARADONIANA Les Dix Commandements de l’église maradonienne, fondée en l’honneur de Diego Maradona.

La communauté de fidèles se réunit deux fois par an à  date fixe, pour les jours saints. Il y a le 29 octobre, veille de la naissance de Diego, intitulé, sobrement, le « Noël maradonien ». Un arbre de Noël est décoré de blanc et de bleu ciel, et ses branches sont couvertes de portraits de Maradona. Les croyants passent la nuit ensemble et visionnent, pour la millième fois, les exploits de leur idole balle au pied. Ils invitent, parfois, des proches de Maradona, pour communier. « El Pibe de Oro », lui-même, leur adresse parfois même un petit message. A cette occasion, les larmes coulent, rapidement noyées par les effluves de bière et les burgers engloutis.

De nombreux hommages affichés en l'honneur du "Dios" Maradona, en Argentine.© AFP De nombreux hommages affichés en l’honneur du “Dios” Maradona, en Argentine.

Il y a aussi, le 22 juin, les « Pâques maradoniennes », en l’honneur du match célèbre face à l’Angleterre, en quart de finale de la Coupe du monde 1986. Ce jour-là, Maradona a réalisé deux miracles, deux buts qui résument son personnage, mi-ange, mi-démon, l’un insrit au terme d’un slalom vertigineux, l’autre de la main. Sous la voix de Victor Hugo Morales, commentateur argentin de ce match d’anthologie, les fidèles s’extasient devant cette rencontre devenue légendaire.

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L’ensemble de ces célébrations sont rythmées de chants en l’honneur de Maradona. Le plus repris est « Diego Nuestro », le « Notre Père » de l’église maradonienne. Les fidèles s’époumonent avec cette prière : « Notre Diego – Qui est sur les terrains – Que ton pied gauche soit béni – Que la magie ouvre nos yeux – Fais-nous souvenir de tes buts – Sur la terre comme au ciel – Donne nous aujourd’hui notre bonheur quotidien. »

La religion maradonienne possède même son Décalogue. Parmi ses Dix Commandements, il y a, pêle-mêle : « Aimez le football par-dessus tout » ou « Répandez les miracles de Diego dans tout l’univers » ou « Prenez Diego comme deuxième prénom et mettez-le sur votre fils. » Walter Rotundo, l’un des fidèles, n’a pu appliquer ce précepte, puisqu’il a eu des jumelles. Qu’importe… « Nous avons immédiatement su, se rappelait-il pour The Bubble. Je les ai appelés Mara et Dona ! » Il les a, ensuite, bénies, en bonne et due forme.

Ce n’est pas tout. L’église maradonienne possède son tétragramme – ensemble de quatre consonnes qui constituent le nom divin : D10S, en référence au numéro porté par l’Argentin et au mot « Dios », qui signifie Dieu, en espagnol. La démesure va même jusqu’à la création d’un calendrier qui ne compte les années que depuis la naissance de l’idole, en 1960. Dans l’église maradonienne, nous ne sommes donc actuellement pas en 2020, mais bien en… 60 !

L’ensemble des fidèles de l’église maradonienne sont meurtris, depuis ce mercredi 25 novembre 2020. Sur leur page Facebook, les messages affleurent par centaines. Un rassemblement est prévu devant l’ambassade argentine de Lima, au Pérou. Certains y partagent leur profonde tristesse. D’autres réclament que le stade de Naples soit renommé en l’honneur de Diego Maradona, leur idole, leur Dieu, qui sera, pour eux, à jamais immortel.

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