Pourquoi la Terre s’est mise à tourner plus vite sur elle-même

© FLICKR/CC BY 2.0 @ KEVIN GILL La Terre et le Soleil (image de synthèse).

AP- Vous ne vous en êtes pas rendu compte mais le 19 juillet 2020 était peut-être le jour le plus court de votre existence ! A cette date-là et à 27 autres occasions l’année dernière, la Terre a battu le record de vitesse de rotation journalière qu’elle avait enregistré en 2005. Une accélération à chaque fois imperceptible, de l’ordre de quelques fractions de seconde. Mais un tel raccourcissement des jours n’aurait pas été observé depuis que les horloges à quartz, dans les années 1930, ont révélé ces subtiles variations. Dans un article du Telegraph, le physicien britannique Peter Whibberley a ainsi annoncé début janvier « que la Terre tourne plus vite maintenant qu’à n’importe quel autre moment, ces cinquante dernières années ».

© Fournis par Le Parisien

Si le phénomène peut interpeller, ces changements de vitesse de rotation de la Terre ne sont pas nouveaux. Au cours des dernières décennies, notre planète a parfois eu tendance à ralentir, avant d’accélérer à nouveau, respectant plus ou moins des cycles d’environ 13 ans. « Ces variations décennales sont un phénomène que l’on explique mal, affirme Christian Bizouard, astronome au Service international de la rotation terrestre, à l’Observatoire de Paris. L’hypothèse communément admise est qu’elles seraient induites par les interactions entre le noyau fluide de la Terre et son manteau. Mais on n’a que des modèles théoriques. »

La leçon des éclipses et des coraux

D’autres écarts, de moindre ampleur (environ une milliseconde, en moyenne), se répètent tous les mois sous l’influence de la Lune. « Les marées expliquent environ 20 % des oscillations saisonnières. Le reste est principalement lié aux variations atmosphériques », poursuit Christian Bizouard. D’autres facteurs, plus marginaux, peuvent intervenir comme la fonte de la glace et de la neige !

Et puis, il y a des tendances très longues. A l’échelle du millénaire, la Terre pivoterait de moins en moins vite. Les experts du temps s’en sont rendu compte en croisant leur datation des éclipses du passé avec les récits des civilisations lointaines, des Babyloniens aux Romains, en passant par les Egyptiens, les Grecs ou les Chinois ! Les modèles actuels permettent de savoir quand précisément ces alignements avec le Soleil et la Lune se sont produits, pas les lieux où ils ont été observés. Lacune comblée grâce à la chronique ancienne de ces événements qui fascinent l’humanité depuis toujours. D’où découle cette découverte incroyable : en l’espace de 4000 ans, les jours auraient rallongé de 60 à 70 secondes ! En cumulé, c’est une douzaine d’heures que la Terre aurait ainsi laissé filer en quarante siècles !

L’étude de stries sur des fossiles de coraux a quant à elle permis de montrer qu’il y a 400 millions d’années, une journée durait 22 heures ! Comment est-ce possible ? « A très long terme, on pense que la Terre décélère en raison des frottements entre les océans et les fonds marins », souligne Christian Bizouard.

Une seconde en moins en 2026 ?

Le problème qui se pose aux humains de notre époque est qu’ils s’entêtent à voir dans les journées des périodes précises de 24 heures ! Ils organisent même leurs activités autour d’un temps universel coordonné (UTC), par rapport auquel les montres du monde se calent et se décalent, à la demi-heure près. En 1972, les autorités internationales ont décidé de synchroniser cet UTC sur le temps atomique international (TAI), élaboré à partir de centaines d’horloges atomiques ultra-précises à travers le monde : entre les deux, il pourra y avoir quelques secondes de décalage mais pas une nanoseconde de plus.

Toutefois conscients du caractère instable de la Terre, elles ont convenu que cet UTC ne pourrait pas trop s’éloigner de la durée « réelle » du jour, le temps que la planète met pour tourner sur elle-même. Or, depuis des décennies, cette toupie céleste pivote en un tout petit peu plus de 24 heures. Depuis les années 1970, il a donc fallu ajouter 27 « secondes intercalaires » au temps universel afin d’effacer ce léger retard.

Mais il y a eu 2020. La durée moyenne du jour « réel » est alors devenue inférieure à 24 heures. Si le phénomène perdure, le Service international de la rotation de la Terre, à Paris, pourrait cette fois-ci devoir ôter, pour la première fois, une seconde au temps de référence. « C’est moi qui prendrait la décision », rappelle Christian Bizouard. « J’ai fait mes calculs. Si la tendance se poursuit au rythme de -0,3 millisecondes par an, je serai amené à supprimer une seconde en 2026. »

Accusées de générer des bugs ou d’être un vestige d’un autre temps, les « secondes intercalaires » ne sont plus en odeur de sainteté et nombreux sont ceux qui militent pour leur suppression. « Ce système-là est un peu caduc », reconnaît d’ailleurs Christian Bizouard. « Il correspondait à un besoin technique dans les années 1970. Aujourd’hui, le temps atomique, plus régulier, est imbattable pour toutes sortes d’applications, civiles, militaires… » Mais ce « maître des horloges mondiales », titre que Christian Bizouard rejette poliment, tempère : « On a le temps de voir. Rien ne dit que la tendance va se poursuivre après 2021. »

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